‹ Essai sur lh́istoire de la formation et des progrès du Tiers État: suivi deChapitre 31 sur 125 · BelaUon de Florimond Rapine, p. SS · texte numérisé non relu

BelaUon de Florimond Rapine, p. SS

i. Procès-verbal ei cahier de la noblesse es étais de Van 1615, ins. de la Bibliothèque impériale, fonds de Brienne, n* S83, fol. 61 t*. —Relation de Florimond Rapine, p. 296.

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4a ESSAI SUR L'HISTOIRE

a nous. J'ai honte , Sire , de vous dire les termes qui de nouveau « nous ont offensés; ils comparent votre État à une famille compo- « sée de trois frères; ils disent Tordre ecclésiastique être Taîné ; le « nôtre le puîné , et eux les cadets , et qu*il advient souvent que les a maisons ruinées par les atnés sont relevées par les cadets. En « quelle misérable condition sommes-nous tombés, si cette parole a est véritable!... Et, non contents de se dire nos frères^ ils s*attri- <t buent la restauration de l'État; à quoi comme la France sait assez, a qu'ils n'ont aucunement participé^ aussi chacun connolt qu'ils ne « peuvent en aucune façon se comparer à nous , et seroit insuppora table une entreprise si mal fondée. Rendez-en', Sire, le jugement^ « et, par une déclaration pleine de justice, faites-les mettre en leur a devoir*. » A cet étrange discours , la fcnile des députés nobles qui accompagnaient Torateur fit succéder, en se retirant, des marques d'adhésion unanime et des mots tels que ceux-ci : a Nous ne vouer Ions pas que des fils de cordonniers et de savetiers nous appellent a frères; il y a, de nous à eux, autant de différence qu'entre le maia tre et le valet ^. »

Le tiers état reçut avec un grand calme la nouvelle de cette audience et de ces propos ; il décida que son orateur serait non-seulement avoué, mais remercié ; qu'on n'irait point chez le roi pour récriminer contre la noblesse, et qu'on passerait au travail des cahiers sans s'arrêter à de pareilles disputes'. Alors le clergé vint de nouveau s'entremettre pour la réconciliation, demandant que des avances fussent faites par le tiers état; le tiers répondit que, cette fois conune la première, il n'y avait eu de sa part aucune intention blessante; que MM. du clergé pouvaient eux-mêmes le faire entendre à la noblesse , à laquelle il ne voulait donner aucune autre satisfao

1. Procès- verbal et i^ahier de la noblesse , ms. de la Bibliothèque imi^ériale, fonds de Brieime, d" 9S3, fol. 63 vo.

t. RelaUon de Flor. Rapine, p. S28.

t. Ibid

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lion, désirant qu'on le laissât en paix travailler à son cahier, et s'occuper d'affaires plus importantes ^ Mais la broiiillerie des deux ordres tenait tout en suspens; le gouvernement, sans se porter juge, redoubla d'instances pour la paix; il vint de la part du roi un commandement au tiers état de faire quelque démarche qui put contenter la noblesse ; et plusieurs jours se passèrent sans que cet ordre fût obéi.

Pendant ce temps, le mémoire contenant les demandes du tiers passa à Fexamen du conseil. La noblesse et le clergé en appuyèrent tous les articles , hors celui qui était Tobjet de la dissidence, et» quant à celui-là , il fut promis par le premier ministre que le cliiffre des pensions serait annuellement réduit d'un quart, et que les plus inutiles seraient supprimées*. Ce concours et cette victoire ouvrirent les voies au raccommodement. Le tiers état fit remercier les deux premiers ordres de leur coopérai ion bienveillante; ses envoyés auprès de la noblesse ne désavouèrent que l'intention d'offense , et on leur répondit convenablement '. Ainsi fut terminé ce différend , d'où ne pouvait sortir aucun résultat politique , mais qui est remarquable, parce que le tiers état y eut le beau rôle, celui du désintéressement et de la dignité , et que là se montra au grand jour, en face de Forgueil nobiliaire, un orgueil plébéien nourri au sein de rétude et des professions qui s'exercent par le travail intellectuel.

Une querelle bien plus grave , et sans aucun mélange d'intérêts privés, survint presque aussitôt, et divisa de même les trois ordres, mettant d'un côté le tiers état, et de l'autre le clergé et la noblesse. Elle eut pour sujet le principe de l'indépendance de la couronne vis-à-vis de l'Église , principe qu'avaient proclamé trois cent douze ans auparavant les représentants de la bour-

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