Rclalion de Fiorlmond Rapine, p. lUS
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4iO ESSAI SUR LHISTOIRE
a coflBres seize cent mille livres que vos officiers vous payent tous les a ans^ et Ton ne parle point que vous supprimiez l'excès des pen- « sions , qui sont tellement effrénées, qu'il y a de grands et puissants a royaumes qui n'ont pas tant de revenu que celui que vous donnez
a à vos sujets pour acheter leur fidélité Quelle pitié qu'il faille
a que Votre Majesté fournisse, par chacun an, cinq millions six <c cent soixante mille livres à quoi se monte Tétat des pensions qui « sortent de vos coflresl Si cette sonune étoit employée au soulage- <c ment de vos peuples, n'auroient-ils pas de quoi bénir vps royales a vertus ? Et, cependant. Ton ne parle rien moins que de cela. Ton <c en remet la modération aux cahiers, et veut-on à présent que « Votre Majesté surseoye les quittances de la paulette. Le tiers état « accorde l'un^ et demande très-instanmient l'autre \ o
Cette harangue fut un nouveau sujet d'irritation pour la noblesse, qui en éprouva un tel dépit, qu'elle rés. lut de se plaindre au roi. Elle pria le clergé de se joindre à elle; mais celui-ci, se portant médiateur, envoya l'un de ses membres vers l'assemblée du tiers état lui exposer les griefs de la noblesse, et l'inviter, pour le bien de la paix^ à faire quelque satisfaction. Quand le député eut parlé, Savaron se leva et dit fièrement : Que ni de fait, ni de volonté, ni de paroles^ il n'avait offensé messieurs de la noblesse; que, du reste, avant de servir le roi comme officier de justice, il avait porté les armes, de sorte qu'il avait moyen de répondre à tout le monde en l'une et en l'autre profession*. Afin d'éviter une rupture qui eût rendu impossible tout le travail des états, le tiers, acceptant la médiation qui lui était offerte, consentit à faire porter à la noblesse des paroles d'accommodement ; et, pour que toute cause d'aigreur ou de défiance fût écartée , il choisit un nouvel orateur, le lieutenant civil de Mesmes De Mesmes eut pour mission de déclarer que ni le tiers état en général^ ni aucun de ses membres en
I. RelaUon de Florimond Rapine, p. 499 et suiv. S. RelaUoD de Florimond Rapine, p. S07.
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DU TIERS ÉTAT. Ul
particulier, n'avait eu envers Tordre de la noblesse aucune intention offensante. Il prit un langage à la fois digne et pacifique; mais le terrain était si brûlant, qu'au lieu d'apaiser la querelle, son discours Tenvenima. Il dit que les trois ordres étaient trois frères y enfants de leur mère commune la France; que le clergé était Tatné, la noblesse le puîné , et le tiers état le cadet ; que le tiers état avait toujours reconnu la noblesse comme élevée de quelque degré audessus de lui y mais qu'aussi la noblesse devait reconnaître le tiers état comme son frère, et ne pas le mépriser au point de ne le compter pour rien; qu'il se trouvait souvent dans les familles que les aînés ruinaient les maisons, et que les cadets les relevaient*. Non-seulement ces dernières paroles, mais la comparaison des trois ordres avec trois frères, et l'idée d'une telle parenté entre le tiers état et la noblesse , excitèrent chez celle-ci un orage de mécontentement. L'assemblée , en tumulte, fit des reproches aux députés ecclésiastiques présents à la séance, se plaignant que l'envoyé du tiers état, venu sous leur garantie , eût apporté, au lieu de réparations , de nouvelles injures plus graves que les premières. Après de longs débats sur ce qu'il convenait de faire, il fut résolu qu'on bait sur-le-champ porter plainte au roi^.
L'audience demandée ne fut obtenue qu'après deux jours; la noblesse en corps s'y présenta. Son orateur, le baron de Senecey, termina un exorde verbeux par cette définition du tiers état : a Ordre a composé du peuple des villes et des champs : ces derniers quasy « tous honmiagers et justiciables des deux premiers ordi'es; ceux « des villes , bourgeois, marchands artisans , et quelques officiers ; » et il continua : a Ce sont ceux-ci qui, méconnoissant leur condition, • sans l'aveu de ceux qu'ils représentent, veulent se comparer à