Le9 mars
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valle, grâce à Tordre puissamment créé ou habilement maintenu par la dictature ministérielle, l'état social et moral de la France avait fait d'immenses progrès. Au sortir des guerres civiles du xti* siècle , la nation , retirée désormais du double courant de passions religieuses qui Tavait entraînée en sens contraire dans le grand débat européen , ramena sa pensée sur elle-même , et se mit à chercher sa place originale dans Tordre politique et dans l'ordre intellectuel. De là naquirent, pour le xvii* siècle , deux tendances simultanées qui consistaient : Tune, à rendre libre et personnelle Faction de la France au dehors, l'autre, à développer l'esprit français dans son individualité propre et son caractère natif.
Au siècle précédent, la renaissance des lettres avait été un mouvement d'idées commun à toute l'Europe civilisée j elle nous plongea, comme les peuples voisins, dans l'étude et Timitation de l'antiquité, elle ne nous créa point une littérature nationale; ce travail devait venir plus tard. 11 conunença dès que le pays eut marqué son rôle conune puissance européenne; notre langue se fixa en même temps que se fondait notre politique , et la réforme de Malherbe fut contemporaine des projets de Henri IV. Pendant que ces projets s'accomplissaient par Richelieu et par Mazarin, rintelligence française trouvait ses véritables voies et y naarchait à pas de géant; elle atteignait à la plus haute des méthodes philosophiques, au sublime en poésie et à la perfection de la prose; elle livrait à l'admiration des honmies trois noms d'une grandeur impérissable , Descartes , Corneille et Pascal.
A la révolution d'idées qui, en France, mit l'empreinte nationale sur la philosophie, la littérature et Tart ', se joignit une révolution de mœurs. On vit, dans la chaleur de ce nouveau mouvement de vie mtellectuelle, la haute société polie s'organiser sur un pied tout nouveau. L'esprit y compta désormais pour une distinction égale à
4. U faut Joindre le nom de Pooasin aux troii grands aomi d^à cités.
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toutes les autres, les hommes de lettres sans naissance y entrèrent, non plus comme domestiques ou protégés des princes et des grands, mais à titre pCTSQnnel. La conversation entre les deux sexes , étendue par la mode elle-même aux sujets les plus élevés et les plus graves , fonda ce pouvoir des salons, qui devait s'exercer chez nous de concert avec le pouvoir des livres *. En un mot, la bourgeoisie lettrée gagna dans le monde du loisir Tinfluence dont elle jouissait déjà dans le monde des affaires; elle fut mêlée à tout, et eut en quelque sorte des postes avancés partout.
C'est d'elle que vinrent à la fois, au xvii* siècle, Tagitation politique par la Fronde, et l'agitation religieuse par le jansénisme, tentative de raflSnement du dogme catholique , doctrine hostile en apparence à tout instinct de libeiié, et qui, par les luttes qu'elle amena entre lautorité et la conscience, fut Tun des ressorts moraux de la révolte des corps judiciaires contre le pouvoir absolu. Cette doctrine sans portée sociale, mais illustrée par les grands caractères et les grands esprits qui la soutinrent, tient une place considérable, quoique indécise, dans l'histoire du tiers état*. Liée aux efforts successifs de l'opposition parlementaire, elle servit d'aliment à l'esprit de discussion jusqu'au milieu du xviu* siècle, jusqu'au temps oii cet esprit fut transporté, avec une audace et une puissance inouïes, dans la sphère philosophique, où, au-dessus de toute tradition, il alla chercher, pour les faire descendre dans la loi, les principes étemels de raison, de justice et d'humanité.
f . Voy. l'écrit de RcBderer InUtalé •* Uémolre pour servir à rhlstoire de la sociéié polie en France»
t. Voy. rouvrage de M. Sainte-Beuve, Intitulé ; Pori Hoyai,
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183 ESSAI SUR L'HISTOIRB