Voy. les Lettres sur VHÏstolre de France, Iptlre xit
3. Voyez l'Hisloire de la commune de Vézelay, Lettres sur raUtotre de France, Icltres XXII, xxiii ei xxit.
variété de fonnes^ plus ou moins libres, plus ou moins parfaites^ les premières manifestations de son caractère. Là se développent et se conservent isolément des institutions qui doivent un jour cesser d'être locales , et entrer dans le droit politique ou le droit civil du pays. Par les chartes de communes , les chartes de coutumes et les statuts municipaux, la loi écrite reprend son empire; Fadministration, dont la pratique s'était perdue, renaît dans les villes, et ses expériences de tous genres, qui se répètent chaque jour dans une foule de lieux différents , servent d'exemple et de leçon à l'État. La bourgeoisie, nation nouvelle dont les mœurs sont régalité civile et Tindépendance dans le travail, s'élève entre la noblesse et le servage, et détruit pour jamais la dualité sociale des premiers temps féodaux. Ses instincts novateurs , son activité , les capitaux qu'elle accumule, sont une force qui réagit de mille manières contre la puissance des possesseurs du sol, et, comme aux origines de toute civilisation, le mouvement recommence par la vie urbaine.
L'action des villes sur les campagnes est Tun des grands faits» sociaux du xn* et du xui^ siècles; la liberté municipale, à tous ses degrés, découla des unes sur les autres, soit par Tinfluence de l'exemple et la contagion des idées, soit par l'effet d'un patronage politique ou d'une agrégation territoriale. Non-seulement les bourgs populeux aspirèrent aux franchises et aux privilèges des villes fermées, mais, dans quelques lieux du nord, on vit la nouvelle constitution urbaine, la commune jurée, s'appliquer, tant bien que mal, à de simples villages ou à des associations d'habitants de plusieurs villages*. Les principes de droit naturel qui, joints aux souvenirs de l'ancienne liberté civile, avaient inspiré aux classes bourgeoises leur grande révolution, descendirent dans les classes
I. Yoyex les LeUres de PhUippe>Auguste, donnéei boim les dates de 44 M, Il SB, 4 186, 4 196, 4905 , 4246 et 4SS4. (Recutiil des Ordoim. des rois de France , t. XI , p. 834, S37, S45, 377,891, 306 et 345.)
agricoles, et y redoublèrent, par le tourment d'esprit, les gènes du servage et Taversion de la dépendance domaniale. N'ayant guère eu jusque-là d'autre perspective que celle d'être déchargés des services les plus onéreux, homme par homme, famille par famille, le^ paysans s'élevèrent à des idées et à des volontés d'un autre ordre; ils en vinrent à demander leur affranchissement par seigneuries et par territoires, et à se liguer pour l'obtenir. Ce cri d'appel au sentiment de l'égalité originelle : Nous sommes hommes comme eux*y se fit entendre dans les hameaux et retentit à Toreille des seigneurs, qu'il éclairait en les menaçant. Des traits de fureur aveugle et de touchante modération signalèrent cette nouvelle crise dans l'état du peuple des campagnes; une foule de serfs, désertant leurs tenures, se livraient par bandes à la vie errante et au pillage; d'autres, calmes et résolus, négociaient leur liberté, offrant de donner pour elle , disent les chartes , le prix qu'on voudrait y mettre^. La crainte de résistances périlleuses, l'esprit de justice et rintérét, amenèrent les maîtres du sol à transiger, par des traités d'argent, sur leurs droits de tout genre et leur pouvoir inmiémorial.