‹ Essai sur lh́istoire de la formation et des progrès du Tiers État: suivi de deux fragments du (volume 2)Chapitre 26 sur 124 · LE8 ETATS GÉNÉRAUX DE 1G · texte numérisé non relu

LE8 ETATS GÉNÉRAUX DE 1G

SouxAiRE ; Hérédité des offices. —Elle est un moyen de force pour le tiers étal. —Etats généraux de 1614. — Ombrages nmtuels et dissensions des ordres. — La noblesse et le clergé unis contre le tiers état. — Discours de Savaron et de de Mesmes , orateurs du tiers. — Discours du baron de Senecey, orateur de la noblesse. — Proposition du tiers état sur Tindépendance de la couronne. — Demandes qu'il exprime dans son cahier. — Cahier de la noblesse. — Rivalité haineuse des deux ordres. —Clôture des états.

u ^c^r; l'I ARMi les mesures fiscales qu'une impérieuse nécessité ;^Mjr^ suggéra au gouvernement de Henri IV, il en est une qui K^^^^Û ®u* P<>ur le présent et dans la suite de graves consél^^^âM qucïïces ; c'est le droit annuel mis sur tous les offices de judicature et de finance, et vulgairement nommé la pnu/etfe*. Au moyen de cet impôt, les magistrats des cours souveraines et les officiers royaux de tout grade obtinrent la jouissance de leurs charges en propriété héréditaire. Le premier résultat de cette innovation fut d'élever à des taux inconnus jusqu'alors la valeur vénale des offices; le second fut d'attirer sur les fonctionnaires civils un nouveau degré de considération , celui qui s'attache aux avantages de l'hérédité. Moins de dix ans après, on voyait des passions et des intérêts de classes soulevés et mis aux prises par les effets de ce simple expédient financier. Le haut prix des charges en écartait la noblesse ,

1. Du nom du traitant Paulet, qui en prit la ferme; ce droit était d'un soixantième do laflnanee à laqueUe on évaluait l'ofOce. Voyei plus haut, chap. ti, p. 129, noie s.

m ESSAI SUR L'HISTOIRE

dont une partie était pauvre , et dont Fautre était grevée de substitotions, et cela arrivait au moment même où , plus éclairés, les nobles comprenaient la faute que leurs aïeux avaient faite en s'éloignant des offices par aversion pour Tétude , et en les abandonnant au tiers état. De là, entre les deux ordres, de nouvelles causes d'om* brage et de rivalité, Tun s'irritant de voir l'autre grandir d'une façon imprévue dans des positions qu'il regrettait d'avoir autrefois déd^gnées; celui-ci commençant à puiser, dans le droit héréditaire qui élevait des familles de robe à côté des familles d'épée , Tesprit d'indépendance et de fierté , la haute opinion de soi-même, qui étaient auparavant le propre des gentilshommes.

Quelque remarquable qu'eût été dans le cours du xvi* siècle le progrès des classes bourgeoises, il avait pu s'opérer sans querelle d'amour-propre ou d'intérêt entre la noblesse et la roture -, la grande lutte religieuse dominait et atténuait toutes les rivalités sociales. Aucun procédé malveillant des deux ordres l'un envers l'autre ne parut aux états généraux de 1576 et de 1588. Mais après l'apaisement des passions soulevées par la dualité de croyance et de culte , d'autres passions assoupies au fond des cœurs se réveiUèrent ; et ainsi, parla force des choses, le premier quart du xvn* siècle se trouva marqué pour recueillir et mettre au jour, avec les griefe récents, toute l'antipathie amassée de longue main entre le second ordre et le troisième. Cette collision éclata en 1614, au sein des états convoqués, à la majorité de Louis XIII, pour chercher un remède à ce qu'avaient produit de dilapidations et d'anarchie les quatre ans de régence écoulés depuis le dernier règne *.

Ce fut le 14 octobre que l'assemblée se réunit en trois chambres distinctes au couvent des Augustins de Paris ; elle comptait quatre cent soixante-quatre députés , dont cent quarante du clergé , cent

I. Voy. le Bapport de mon frère Améâée Thierry Bur le concours du prix d'hi^toiro, décerné cnl8U par TAcadémio des iclences moralei et poliliqucB, Uém. darAcad , t V, p. eâS.

trente-deux de la noblesse j et cent quatre-vingt-douze du tiers état. Parmi ces derniers, les membres du corps judiciaire et les autres officiers royaui dominaient par le nombre et par Tinfluence*. Dès la séance d'ouverture , on put voir entre les deun ordres laïques des signes de Jalousie et d'bostilitéi le tiers état s'émut pour la première fois des différences du cérémonial à son égard'; l'orateur de la noblesse s'écria dans sa barangue : « Elle reprendra sa première « splendeur cette noblesse tant abaissée maintenant par quelques- « uns de Tordre inférieur sous prétexte de quelques charges ; ils « verront tantôt la différence qu'il y a d'eux à nous* ». La même affectation de morgue d'une part, la même susceptibilité de Tautre, accompagnèrent presque toutes les conmiunications de la chambre DoMe avec la chambre bourgeoise.

Quand il s'agit d'établir un ordre pour les travaux y le clergé et la noblesse s'accordèrent ensemble , mais le tiers état , par défiance de ce qui venait d'eux y s'isola et fit tomber leur plan^ quoique bon. Peu après 9 la noblesse tenta une agression contre la haute bourgeoisie; elle résolut de demander au roi la surséance , et par suite la suppression du droit annuel dont le bail allait flnir^ et elle obtint pour cette requête Tassentiment du clergé. La proposition des deux ordres fut adressée au tiers état, qu'elle mit dans l'alternative , ou de se joindre à eux et de livrer ainsi les premiers de ses membres à la jalousie de leurs rivaux^ ou^ s'il refusait son adhésion ^ d'encourir le blâme de défendre par égoisme un privilège qui blessait la raison publique , et ajoutait un nouvel abus à la vénalité des chargea.

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