Cahier du Uen état art 593, JS94 et
9. Les concessions faites lÀ-dessas par la noblesse furent ce qui lui gagna ralllanee du clergé dans sa querelle avec |e Uers état
Le cahier du tiers état de i 61 5 est un vaste programme de réformes dont les unes furent exécutées par les grands ministres du xvii^ siècle, et dont les autres se sont fait attendre jusqu'à 1789; le cahier de la noblesse, dans sa partie ess6ntien0, n'est qu'une requête en faveur de tout cq qui périssait pu était destiné à périr par le progrès du temps et de la raison. Ce sont des phoses d^à dites pour la plu* pari aux précédents états généraux, mm accompagnées, cette fois, d'un emportement de hajne jalouse contre les officiers royaux, et, en général, contre U classe supérieure du tiers état *• La noblesse ne se borne pas à défendre ce qui lui restait de privilèges et de pouvoir, elle veut rompre les traditions administratives de la royauté française, replacer l'homme d'épée sur le banc du juge*, et supplanter le tiers état dans les cours souveraines et dans tous les postes honorables. Non-seulement elle revendique les emplois de la guerre et de la cour, mais elle demande que les parlements se remplissent de gentilshommes, et qu'il y ait pour elle des places
4. Sa Hsjesté n'aura, s'il lui plaist. aucun égard à tous les arUcles qui lui seront préMDtés dans les cahiers du tiers état« au pr^udioe des jusUces des genUlshomipeft**» attendu que ladite chambre s'étant troiivée composée pour la plus grande partie fie lieutenants généraux et orAciers aux bailliages, leur principal dessein n'a été que d'accroître leur autorité et augmenter leur profit au pr^udice de ce que la noblesse a si dignement mérité. — Que Votre Majesté, considérant la désolation du pai^vre
peuple des champs, duquel la misère est la ruine du clergé et de la noblesse ,
ordonne qu'à l'avenir il ne soit permis aux gens du tiers état de pouvoir faire imposer ancunt deniers pour quelque cause que ce soit , excepté ceux de Votre Majesté, •ans le consentement du clergé et de la noblesse demeurant dans l'étendue du ressort où telle levée aurolt à se faire. — Que tous droits et privilèges prétendus par les habi* lanls des villes de chasser aux terres de Votre Majesté et des seigneuries voisines de leur ville soient révoqués et cassés , et défente & toutes personnes roturières et non nobles de porter harquebuses ni pistolets, ni avoir chiens à chasser, ni autres qui n'ayent les jarrets coupés.— Que, pour régler le grand désordre qui est aidourd'bui parmi le tiers état qui usurpe la qualité et les habits des demoiselles, Votre Majesté est très-humblement suppliée que dorénavant il leur soit défendu d'en user ainsi , à
peine de mille écus d'amende. * Prescrire à chacun état tel habit que par Tac-
eoutrement on puisse faire disUnction de la qu<ilité des personnes, et que le velours et satin soit défendu, si oe n'est aux gentilshommes. (Cahier de la noblesse de 4615, fol. S8S, 954, n», i69 et 956.)
9. Voyez, dans le cahier de la noblesse, l'article relaUf à Féiat de$ haHU$ ei séné^ chaux, fol. 934.
451 ESSAI SUR L'HISTOIRB
résenées à tous les degrés de la hiérarchie civile^ depuis les hautes charges de l'État jusqu'aux fonctions municipales ^ En outre, afin de s'ouvrir à elle-même les soui*ces de richesse où la bourgeoisie seule puisait^ elle demande de pouvoir faire le grand traBc sans déroger. C'était dans les idées une sorte de progrès, mais le tiers état, par esprit de monopole, réclame contre cette requête; il veut que le commerce reste interdit aux gentilshommes, et le soit formellement à tous les privilégiés '. Ainsi Ton opposait privilège à privilège, et, au lieu de la liberté d'une part et de l'autre, on voulait la compensation pour chacun.
Cette rivalité passionnée, qui donne tant d'intérêt à l'histoire des états généraux de 1614, fut pour eux une cause d'impuissance. La coalition des deux premiers ordres contre le troisième, et les ressentiments qui en furent la suite, empêchèrent ou énervèrent toute résolution commune, et rendirent nulle l'action de l'assemblée sur la marche et l'esprit du gouvernement. Du reste, quand bien même la cour du jeune roi aurait eu quelque amour du bien public. Tincompatibilité de voeux entre les ordres l'eût contrainte à rester inerte , car le choix d'une direction précise était trop difScile et . trop hasardeux pour elle. Il eût fallu, pouf th*er la lumière de ce
4. Que tous lei pi-évOU des maréchaui, Tice-baillifl et Tioe-sénéchaux soient gentilshommes d'extraction , et quMI soit enjoint à ceux qui ne seront de cette qualité de ^*en défaire dans trois mois, à faute de quoi la charge sera déclarée vacante et Impétrahie. — Que les grandes maîtrises et maîtrises particulières des eaux et forêts ne soient données qu'à gentilshommes d'extraction. — Que le premier consul ou major des villes et bastilles sera pris du corps de U noblesse, à peine de nullité de TélecUon qui pourroit être faite au contraire. —Que les deux trésoriers de France qui demeureront selon la suppression qui en est demandée, l'un soit gentilhomme de race, et ne puisse être d'autre qualité. — Que nul ne puisse être pourvu d'état de baltil ou sénéchal qui ne soit de robe courte genUthomme de nom et d'armes. — Remplissant vos cours souveraines de gentilshommes de race comme elles éloient anciennement, et pour le moins que le Uers des oftlces leur soit affecté. — ..... Et d'autant qu'en vain on demanderoil qu'il plût à Votre Majesté accorder la préférence aux noble» pour les charges des compagnies souveraines de votre royaume... —Qu'en tout corps do justice ou de finance le tiers des juges et ofQciers soient genUlshommes. ( Cahier de la noblesse, ibid., fol. S29,93i, S33, 234, 378 et 329.)
5. Voy. le cahipr du tiers état, art 161, et le cahier de la noblesse, fol. 833.
cbaos d*idéeS| un roi digne de ce nom^ ou un grand ministre. Loin de chercher sincèrement une meilleure voie, la cour de Louis XIII n'eut à cœur que de profiter de la mésintelligence des états pour le maintien des ahus et la continuation du désordre. De crainte qu'il ne survint une circonstance qui fit sentir à rassemblée la nécessité du bon accord, elle pressa de tout son pouvoir la remise des cahiers, promettant d'y répondre avant que le congé de départ fftt donné aux députés. Ceux-ci -demandèrent qu'on leur reconnût le droit de rester réunis en corps d'états jusqu'à ce qu'ils eussent reçu la réponse du roi à leurs cahiers. C'était poser la question, encore indécise après trois siècles, du pouvoir des états généraux; la cour répondit d'une façon évasive, et, le â3 février 16i5, quatre mois après l'ouverture des états, les cahiers des trois ordres furent présentés au roi , en séance solennelle , dans la grande salle de l'hôtel de Bourbon*.
Le lendemain, les députés du tiers état se rendhrent au couvent des Augustins, lieu ordinaire de leurs séances; ils trouvèrent la salle démeublée de bancs et de tapisseries, et leur président annonça que le roi et le chancelier lui avaient fait défense de tenu* désormais aucune assemblée. Plus étonnés qu'ils n'auraient dû l'être , ils se répandirent en plaintes et en invectives contre le ministre et la cour; ils s'accusaient eux-mêmes d'indolence et de faiblesse dans l'exécution de leur mandat; ils se reprochaient d'avoir été quatre mois comme assoupis , au lieu de tenir tête au pouvoir et d'agir résolument contre ceux qui pillaient et ruinaient le royaume. Un témoin et acteur de cette scène l'a décrite avec des expressions pleines de tristesse et de colère patriotique : « L'un, dit-il, se « frappe la poitrine , avouant sa lâcheté , et voudrait chèrement a racheter un voyage si infructueux, si pernicieux à l'État et dom- « mageable au royaume d'un jeune prince duquel il craint la cen*
1. Voy. la rclution de Flor. tt.ii>ine, 111* pari., Des états généraux, ilc, t XVII, p. 75 et Buiv.
« sure, quand l'âge lui aura donné une parfaite connaissance des a désordres que les états n'ont pas retranchés, mais accrus^ fomentés tf et approuvés. L'autre minute son retour, abhorre le séjour de a Paris, désire sa maison, voir sa femme et ses amis, pour noyer « dans la douceur de si tendres gages la mémoire de la douleur que
a sa liberté mourante lui cause Quof, disionsHious, quelle
q boute, quelle confosioo à toute la France, de voir ceux qui la a représentent eia si peu d^estime et si ravilis, qu'pn ignore s'ils d sont Français, tant s'en feu| qu'on les reconnaisse pour députés ! . . . (i Souimes-nous autres que ceux qui entrèrent hier dans la salle de « Bourbon * 9 » Cette question, qui était la question même de la souveraineté nationale, revint pour une autre assemblée cent soixante* quatorse ans plus tard , et alors une voix répondit : « Nous sommes fv a^jourd'hui ce que nous étions hier, délibérons '. b
Mais rien n'était mûr en i 61 5 pour les choses que fit le tiers état de 1780 ; les députés, à qui toute délibération était interdite , restèrent sous le poids de leur découragement. Chaque jour, suivant le récit de Tun d'entre eux', ils allaient battre le pavé du cloître des Augustins , pour se voir et apprendre ce qu'on voulait feire d'eux. Us se demandaient l'un à l'autre des nouvelles de la cour. Ce qu'ils souhaitaient d'elle , c'était d'être congédiés ; et touç en cherchaient le moyen, pressés qu'ils étaient de quitter une ville on ils se trouvaient, dit le même récit, errants et oisifs, sans affaires, ni publiques, ni privées^. Le sentiment de leur devoir les tira de cette langueur. Ds songèrent que le conseil du roi étant à l'œuvre pour la préparation des réponses à faire aux cahiers, s'il arrivait que quelque décision y fût prise au détriment du peuple, on ne manquerait pas de rejeter le mal sur leur impatience de partir, et que d'ailleurs la noblesse et le clergé profiteraient de leur absence pour obtenir, à