‹ Essai sur lh́istoire de la formation et des progrès du Tiers État: suivi de deux fragments du (volume 2)Chapitre 43 sur 124 · I. OrdoDD. de I6S9, art 4SS · texte numérisé non relu

I. OrdoDD. de I6S9, art 4SS

t. Ibid., art. 419.

leté. Maniant une foulé d'afiaires grandes et petites en même temps et avec la même ardeur, partout présent de sa personne ou de sa pensée y il eut à un degré unique l'universalité et la liberté d'esprit. Prince deTéglise romaine, il voulut que le clergé fût national ; vainqueur des calvinistes , il ne frappa que la rébellion , et respecta les droits de la conscience*] enfant delà noblesse et imbu de son orgueil , il agit comme s'il eût reçu mission de préparer le règne du tiers état. La fin dernière de sa politique intérieure fut ce qui faisait grandir et tendait à déclasser la bourgeoisie, ce fut le progrès du commerce et le progrès des lettres , le travail , soit de Tesprit , soit de la main. Richelieu ne reconnaissait au^-dessous du trône qu'une dignité égale à la sienne , celle de l'écrivain et du penseur^ il voulait qu'un homme du nom de Chapelain ou de Gombauld lui parlât couvert. Mais , tandis que par de grandes mesures commerciales et une grande institution littéraire^, il multipliait pour la roture, en dehors des offices, les places d'honneur dans TÉtat, il comprimait sous le niveau d'un pouvoir sans bornes les vieilles libertés des villes et des provinces. États particuliers , constitutions municipales, tout ce qu'avaient stipulé comme droits les pays agrégés à la couronne, tout ce qu'avait créé la bourgeoisie dans son âge héroïque, fut refoulé par lui plus bas que jamais. 11 y eut là des souffirances plébéiennes, souffrances malheureusement nécessaires , mais que cette nécessité ne rendait pas moins vives, et qui accompagnèrent de crise en crise l'enfantement de la centralisation moderne.

Quant à la politique extérieure du grand ministre, cette partie de son œuvre , non moins admirable que l'autre, a de plus le singulier

I. Aux lennes da bmité d'AlalB, U Jain 1(09 , redit de Nantes fut oonflrmé et juré

Bolennellement par le roi.

S. Voy. les lettres patentes de janTier 16S5 pour rétablissement de l'Académie flrançalse ; les lettres de création de la eharge de surintendant de la marine et de la navigation , octobre 1626; les lettres de Juillet et novembre 1634 , et Pédit de mars 164i, pour la formation et le soutien d'une compagnie des Indes occidentales. Bec. dcf ane, loli franc., t. XVI, p. 418, 4M, M», 415 et 540.

mérite de n*avoir rien perdu par le cours du temps et les révoluticHifi de rEurope, d'être pour nous, après deux siècles, aussi vivante, aussi nationale qu'au premier jour. C'est la politique même qui, depuis la chute de Tempire et la résurrection de la France constitua tionnelle, n*a cessé de former, pour ainsi dire, une part de la conscience du pays. Le maintien des nationalités indépendantes, Faffranchissement des nationalités opprimées , le respect des liens naturels que forme la communauté de race et de langue, la paix )et Tamitié pour les faibles, la guerre contre les oppresseurs de la liberté et de la civilisation générales, tous ces devoirs que s'impose notre libéralisme démocratique furent implicitement compris dans le plan de conduite au dehors dicté à un roi par un honune d'État dont l'idéal au dedans était le pouvoir absolu *•

Sur la question des droits de la France à un agrandissement qui lui donne ses frontières définitives, question souvent posée depuis trois siècles et aujourd'hui encore pendante, Henri IV disait : a Je c veux bien que la langue espagnole demeure à l'Espagnol, Talie- « mande à l'Allemand, mais toute la française doit être à moi '. » Un contemporain de Richelieu, 'peut-étre l'un de ses confidents, lui fait dire : a Le but de mon ministère a été celui-ci : rétablir les « limites naturelles de la Gaule, identifier la Gaule avec la France, « et partout où fut l'ancienne Gaule constituer la nouvelle '. » De

4. l\ eil earieux de voir dam qaels termes de dérouement à la etute de rémand|M* tloD européenne lui-mSme parle de ion interrentiott dans les aflkirea de l'Italie , de rAllemagne et des Pays-Bas. A chaque événement militaire ou diplomatique. Il s'agit d'ailhmchir un prince ou un peuple de Toppreffion des BtpagncU , de la tfrannig d$ la maison d^ Autriche , de la terreur causée par VavidUé insatUtëie de oette maison flmeRje du repos de la ehréUenté , d'arrêter ses unirpailoiM, de lui foira renS^e ee qu'elle a Msurpé en Suisse ou en Italie, de garantir toute NtaUe de son iitfuste oppres- **on, de veiller au salut de toute l'italie^ de saurer et d'assurer contre l'Autriche les érolla dea princes de l'Empire. (Testament poUUque du cardinal de liehelieu, l» pai^ tie, ehap. K p. 9, 10, 44, iS, 48, 14, M et flS.)

t. Histoire du règne de Henri le Grand, par Mathieu, t. Il, p. 444.

t. HIe ministeril md scopus, resUtuere Galliœ limites, quos natnra prsfixlt.. con* Ainders Galliam cum Francla, et ubicumque fuit anUqua Gailla, Ibi reataurare novam. {Testamentum poUticum, ap. Fetri Lahbe Blogia sacra, etc., éd. 4706, p. su et

ces deux pnncipes, combinés ensemble et se modérant Tun l'autre, sortira, quand les temps seront venus, la fixation dernière du sol français, possédé par nous, à titre légitime et perpétuel^ au nom du double droit de la nature et de Thistoire.

La conception d'un nouveau système politique de l'Europe fondé sur l'équilibre des forces rivales, et où la France exerçât, non à son profit mais pour le maintien de Findépendance commune, Tascendant ravi à l'Espagne, cette conception de Henri le Grand, évanouie à sa mort comme un rêve, fut exécutée par Richelieu à force de négociations et de victoires. Quand le ministre de Louis Xni mourut épuisé de veilles patriotiques *, Fouvrage était presque à sa fin ; une habile persévérance, jointe à d'éclatants faits d'armes^, amena, en moins de cinq ans, Facta fondamental de la réorganisation européenne, le glorieux traité de Westphalie'. Cette partie de l'œuvre du grand homme d'Ëtat, sa politique extérieure, voilà ce qui de son temps fut le nûeux compris, ce qui parut aux esprits élevés beau sans mélange^ ; pour le reste, il y eut doute ou répugnance. Ck)nune après le règne de Louis XI, Fopinion publique réagit contre Faction révolutionnaire du pouvoir. Les classes même à qui devaient profiter le nivellement des existences nobiliaires et Fordre imposé à tous

gufv.) — La pièce qui renrermc ces moU remarquables, et qui parut moins d'un an après la mort du cardinal , est une amplification incrustée, selon toute apparence, de paroles teituellaneut recueillies de sa bouche. Richelieu aimait à s'épancher avec ses amis; il dictait beaucoup à ceux qui l'entouraient, et, comme on l'a vu pour Kapo« léon , des personnes curieuses prenaient note de ses entretiens.

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