I. Le 4 décembre
S. Les victoires de Rocroi, de Nordiingen et de Lens.
S. Signé à Munster le S4 octobre 4648.
4. Voiture, dans Tune do ses lettres, se place, pour juger Richelieu encore vivanl, au point de vue do la postérité : « Lorsque, dans deux cents ans, ceux qui viendront
« après nous liront en notre histoire que le cardinal de Richelieu s'ils ont quel-
« que goutte de sang françois dans les veines et quelque amour pour la gloire de leur « pays, pourront-ils lire ces choses sans s'affecUonner à lui; et, à votre avis , Taime- « ront-ils ou Testimeront-ils moins à cause que de son temps , les rentes sur l'hôtel « de vUIe se seront payées un peu plus tard , ou que l'on aura mis quelques nou- « veaux officiers dans la chambre des comptes? Toutes les grandes choses coûtent « beaucoup. » (Lettre lxxiv, édit. de 1701, p. i79.)
furent moins frappées de Favenir préparé pour elles^ moins sensibles à l'excellence du but, qu*indignées de la violence des moyens et choquées par l'excès de l'arbitraire.
Cette réaction du tiers état contre la dictature ministérielle^ c'est* à-dire contre ce qu'il y avait eu de plus hardiment novateur dans Faction du pouvoir royal, fut le principe et Taliment des guerres civiles de la Fronde. J'aborde ici l'un des événements les plus curieux et en même temps les mieux connus du xvii* siècle, un épi-* sodé vivement touché dans des mémoires lus de tout le monde, et, de nos jours, étudié à fond par des écrivains distingués^; je n'en ferai point de récit même sommaire, le plan de cet essai consiste à passer vite sur les points où l'histoire parle, et à m'arrêter sur ceux où elle se tait. Dans les quatre années qu'embrasse le mouvement de la Fronde, il y a deux époques distinctes : Tune présente, extérieurement du moins, les caractères qui sont propres aux révolutions constitutionnelles des temps modernes ; Tautre ne fait que reproduire la physionomie des troubles du règne de Louis XIII et quelques traits effacés des troubles de la Ligue. La première seule rentre complètement et doit tenir une place importante dans l'histoire du tiers état; c'est à elle que je bornerai mes remarques.
On sait dans quelles circonstances, au mois de juin 1648, les quatre cours souveraines , c'est-à-dire le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides et le grand conseil se liguèrent pour résister ensemble au pouvoir royal exercé, sous Louis XIY mineur, par sa mère et par le cardinal Mazarin. On sait que cette coalition des compagnies judiciaires, faite, au nom de leur intérêt privé, pour le maintien gratuit du droit annuel ^, se tourna bientôt vers la dé-
1. M. de Saint-Aulaire, Histoire de la Fronde; et M. Bazin , Bisioire de France ious le miniêibre du cardinal Mazarin.
S. Ce droit, condlUoa de Thérédité dCB charges , n'était établi que pour neuf ans. A son expiration, en 4648 , l'édit par lequel il fut renouvelé pour le terme ordinafre imposa aux olAciers des compagnies la retenue de quatre années de leurs gages. Voy. plus haut, chap. tu, p. 133 cl suiv.
fense des intérêts publics et la réfoime de TËtat. Le signal d*opposition donné par la haute magisbrature rallia autour d^elle tout ce qui avût souffert ou souffrait encore du régime dictatorial imposé à la France par Richelieu, et conservé après lui sans sa force d'âme et son génie '. Non-seulement les intérêts blessés, mais les opinions, les consciences, les passions se soulevèrent, une foule d'éléments divers, débris du passé ou germes d'avenir, contribuèrent à cette fermentation des esprits. Les justes griefs du peuple accablé d'impôtâ et les rancunes de la noblesse amoindrie dans ses privilèges ; les traditions de liberté, soit des états généraux, soit des provinces ou des villes, et l'idée d'une liberté supérieure née des études classiques et du progrès de l'intelligence moderne; un besoin plus ou moins vague de garanties légales et de constitution régulière, enfin le travail des imaginations échauffées par Texemple que donnait alors l'Angleterre, voilà de quels mobiles réunis vint aux événements de la première Fronde' leur caractère de puissance et de nouveauté; voilà, en un mot, ce qui fit sortir un conounencement de révolution du conflit tant de fois élevé entre la cour et les titulaires d'offices de judicature*
Quant à l'acte célèbre que délibérèrent soixante députés des cours souveraines, et qui fut conmie une charte de droits imposée à la royauté sous forme d'arrêt du parlement*, on ne saurait, de quel-
I. Depuis la mort du roi Louis XIII d'heureuse mémoire, quoique les princes, grands seigneurs et officiers , à cause des ressouvenanoes des énormes ii^usUces et maux Intolérables qui leur ont été laits et à tout le royaume, par ceux qui s'étaient emparés de la puissance absolue près du roi sous le nouveau nom de premier ministre d'Etat, eussent protesté hautement de ne plus soufh'ir qu'un particulier s'élevât ainsi sur les épaules des rois et à l'oppression du monde, néanmoins, par le trop de bonté qu'ils ont eu , il est avenu qu'un étranger, nommé Jule Mazarin , s'est installé dans ce souverain minislëro. ( La Requête des trois états présentée à MM. du parlement, en 4648 [pamphlet du tempsl Mémoires d'Omer Talon , collecU Michaud , 3« série , t VI, p. Me. )