‹ Essai sur lh́istoire de la formation et des progrès du Tiers État: suivi de deux fragments du (volume 2)Chapitre 46 sur 124 · Ibid., t !•', p. 409, 430 et passim · texte numérisé non relu

Ibid., t !•', p. 409, 430 et passim

que celui où un prince du sang parut devant les magistrats municipaux y et leur dit qu'ayant embrassé leur parti et celui du parlement^ il venait habiter auprès d'eux pour s'occuper avec eux des affaires communes*, où de grands seigneurs prêtèrent serment comme généraux des troupes de la Fronde, et où des femmes brillantes de noblesse et de beauté slnstallèrent à Thôtel de ville conmie otages de la foi de leurs maris; mais ce jour-là Fentreprise plébéienne contre le pouvoir absolu perdit son caractère de dignité et de nouveauté; elle commença d'être une imitation de ce qui s'était vu sous la régence de Marie de Médicis. Ce que la révolte avait de sincère dans son esprit et de grave dans ses allures disparut quand les courtisans factieux, leurs mœurs. et leurs intérêts y entrèrent.

La paix conclue à Saint-Germain , le 30 mars 1649, entre la cour et le parlement ^, termina ce qu'on peut nommer la période logique de la Fronde, c'est-à-dire celle où le mouvement d'opinion et Faction révolutionnaire partirent d*un principe, le besoin de lois fixes , pour marcher vers un but d'intérêt social, l'établissement de garanties contre l'arbitraire. L'acte final de cette paix sanctionna de nouveau la grande concession déjà faite ^ l'intervention du parlement de Paris dans les affaires générales, surtout dans les questions d'impôt. Ainsi le régime absolu cessa pour faire place à un régime de contrôle judiciaire ; mais, loin que ce changement, qui énervait tout le système administratif, fît naître un meilleur ordre et pacifiât la France , il n'en résulta que l'anarchie. Ce fut la destinée du parlement aux deux derniers siècles d'exciter chez la nation des désirs de liberté légale et d'être incapable de les satisfaire par rien d'efficace ou de sérieux. Dans la première année de la Fronde, son rôle

I. Le prince de Conti, Registres de THÔlel de Ville de Paris, p. 1 18.

9. Voy. le traité signé à Ruel le 11 mars, et redit pour le rétablissement de la tranquillité publique, enregistré le l«r avril. Rec. des anc. lois ftançaises, f . XVII, p. 461 et 464.

eut une certaine grandeur, mais la suite le montra déchu de sa position dominante y ne dirigeant plus , se gouvernant à peine lui* même , tour à tour violent et timide, complice malgré lui de l'ambition des grands alliée aux passions de la multitude. Trois ans de guerre civile pour de pures questions de personnes , un péle-méle de complots aristocratiques et d'émeutes populaires, de frénésie et de frivolité , les scandales d'une galanterie sans pudeur joints à ceux de la révolte par égoisme et d'un appel fait à l'étranger , des noms glorieux tout d'un coup souillés par le crime de trahison envers la France *, enfin un massacre comploté contre la haute bourgeoisie par des démagogues à la solde des princes^ : telles sont les scènes qui^ du mois d'avril i649 au mois de septembre 1652, remplissent et complètent l'histoire de la Fronde. Folles ou rebutantes, elles sont tristes à lire et encore plus à raconter.

Après un ébranlement qui, pour sa durée, avait eu peu de profondeur, la société française se raffermit sur ses nouvelles bases, l'unité et l'indépendance absolue du pouvoir. Le principe de la monarchie sans limites fut proclamé plus rudement que jamais au milieu d'un silence généraP, et l'œuvre de Richelieu, conservée par un minisire moins grand que lui , put , des mains de ce dernier, passer intacte aux mains d'un roi. Le jour oii Louis XIV déclara en conseil qu'il voulait gouverner par lui-même *, on comptait cinquante et un ans depuis la mort de Henri IV, et, dans cet inter-

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