L'ordre du Saint-BspriL
3. Les privilèges des nobles ne sont plus que des ombres et des toiles d'araignées qui ne les mettent à l'abri de rien. Leurs fermiers et leurs terres payent au roi des impôts si excessifs, que tout le revenu du fonds est consumé. Sous prétexte de remédier à quelques désordres qui méritoient sans doute qu'on y eût égard, on a envoyé des Intendants dans les provinces qui exercent sur la noblesse un empire Insupportable et qui la réduisent en esclavage. Aujourd'hui il faut qu'un gentilhomme ait droit et demi pour gagner son procès contre un paysan. ( Les Soupiré de te France etclate, etc.; Amsterdam, 1689, p. I8.)
4. Mémoires de Saint-Simon, t III , p. 316. — De là l'élévation de la plume et ds
En même temps que la noblesse y abaissée sans violence, reculait sur les rangs de la classe moyenne , celle-ci s'élevait d'un élan plus prompt que jamais en capacité, en valeur sociale , en importance dans rÉtat. C'est à elle que profitaient les nouveaux encouragements donnés à l'industrie et à l'étude; elle développait dans tous les sens ses forces actives et inventives; ses entreprises plus étendues lui créaient des fortunes rapides, et son ambition d'avancer ne s'arrêtait pas devant les plus hautes carrières. Elle obtenait des succès , un crédit, une puissance dont les exemples frappèrent vivement le grand moraliste du siècle. La Bruyère a décrit, avec sa touche inimitable^ cette émulation de travail utile , en contraste avec la somnolence d'esprit et l'oisiveté de la haute noblesse *. Sous Louis XIV, presque tous les ministres sortirent de la bourgeoisie^; plusieurs des noms
la robe et ranéantlBsement de la noblesse par les degrés qu'on pourra voir aUIeon , Jusqu'au prodige qu'on volt et qu'on sent aujourd'hui, ce que ces gens de plume et de robe ont bien su soutenir, en aggravant chaque jour leur joug; en sorte que les choses sont arrivées au point que le plus grand seigneur ne peut être bon à personne, et qu'eu mille façons différentes il dépend du plus vil roturier. ( Ibid. , tXU,p.S6S.}
4. Pendant que les grands négligent de rien connottre, je ne dis pas seulement aux inlérCts des princes et aux affaires publiques, mais à leurs propres aflkires; qu'ils ignorent l'économie et la science d'un père de famille , et qu'ils se louent euxrofimes de cette ignorance; qu'ils se laissent appauvrir et maîtriser par des intendants; qu'ils se contentent d'être gourmets ou c6teaux, d'aller chez Thaïs ou chez Phryné, de parler de la meute ou de la vieille meute, de dire combien il y a de postes de Paris à Besançon ou i Philisbourg , des citoyens s'instruisent du dedans et du dehors d'un royaume, étudient le gouvernement, deviennent fins et politiques, savent le fort et le faible de tout un État, songent à se placer, se placent, s'élèvent, deviennent puissanta, soulagent le prince d'une partie des soins publics. Les grands, qui les dédaignoient , les révèrent : heureux s'ils deviennent leurs gendres. (Les Caractères de La Bruyère, ch. ix, Des grands.)
9. Sur la liste des secrétaires d'État, avant et depuis la mort de Mazarln.on relève à la première vue les noms suivants : Bouthillier, Bailleul, 8ervien,Guénégaud, Fouquet, Michel Le Tellier. Le Tellier de Louvois, Le Teilier de Barbézieux, Jean-Baptiste Colbert, Colbert deSeignelay, Colbert de Croissi, Colbert de Torci, Arnaud de Pomponne, Phélipeaux delà VriUière, Phéli peaux de Chàteauneuf, Le Pélelier, Desmarcls, Chamiilard. Les chanceliers, comme choisis anciennement parmi la magistrature, ne figurent pas sur ce catalogue, à moins qu'ils n'eussent débuté au ministère par on autre déparlement que celui de la justice.
illustres dans les armes *, et^ dans les lettres , tous les grands noms, sauf trois seulement, furent plébéiens^.
Hais si cette dernière gloire ^ la plus haute et la plus durable du règne^ celle qui le fait compter comme époque dans Thistoire de l'esprit humun, revient pour une telle part au tiers état^ une part aussi en est due à Vinfluence personnelle du roi. Non-seulement Louis XIY^ conseillé par Golbert , fixa le sort des gens de lettres « en instituant pour eux des pensions régulières; mais, de lui-même ^ il fit plus, il les honora dans ses bienfaits. H leur assigna une place à la cour^ et mit leur association libre, l'Académie française, au rang des grands corps de TÉtat'. Par sa familiarité pleine d'égards avec les principaux d*entre eux, ii anoblit en quelque sorte la littérature; et, par sa dignité naturelle , sa justesse de sens et la pureté de son goût, il exerça, sans y prétendre, une véritable action sur elle*. Quelque chose est venu de lui dans cette hardiesse réglée, dans cette parfaite mesure de force et de grâce, de raison et d'imagination, qui est le caractère des chefs-d'œuvre de la seconde moitié du xvh« siècle ^.
Le même règne qui mit le sceau à Tunité politique, et porta près* que à son entier développement l^unité administrative, a posé les fon-