‹ Essai sur lh́istoire de la formation et des progrès du Tiers État: suivi de deux fragments duChapitre 27 sur 64 · Depuis la mort de Henri IV · texte numérisé non relu

Depuis la mort de Henri IV

DU TÎËRS ÉTAT. 499

droit annuel, et d'ordonnei? qu^ les offices ne soient plus ténaux , 3° de Surseoir au paiement de toutes les pen-* siond accordées sur le trésor ou sut* le domaine. La noblesse, pour qui les pensions dé cour étaient un sup»* plénient de patrimoine, fut ainsi frappée par reprôsail» les ; mais , loin de se montrer généreuse comme se» adversaires, elle demanda que les propositions fu&sent disjointes, qu'on s'occupât uniquement du droit an** nuel f et qu'on remît à la discussion des cahiers Pàffàire des pensions et celle des tailles. Le clergé fit la même demande, entourée de ménagements et de paroles captieuses qui n'eurent pas plus de succès auprès du tiers état que la franchise égoïste des gentilshommes*. Ayant délibéré de nouveau, la chambre du tiers décida qu'elle ne séparerait point ses propositions Tune de Vautre, et elle fit porter ce refus par Tun de ses mem^ 1»res les plus considérables, Jean Savaron, lieutenant général de la sénéchaussée d'Auvergne.

' Cet homme d'un grand savoir et d'un caractère éne^ gique parla deux fois devant le clergé, et termina ainsi

4. Quelque belles paroles qu'il pût prononcer (rarchevSque d'Aix), Il ne put-il jamais faire départir notre compagnie de sa résolution , de demander conjointement lesdites propositions, parce qu'on voyoit clairement qu'il y avoit de l'arliQce , et que le clergé et la noblesse s*entendoient à la ruine des officiers et à la cohtinuaUon de la charge et oppression du pauvre peuple, et ne voulolent point qu'on demandât le retranchement de leurs pensions, tant ils falsoient marcher lettrt intérêts avant tout. (Relation de Flor. Rapine, p. iSl )

son second discours : « Quand vous vous buttez à Texa tinction du droit annuel , ne donnez vous pas à con- « nottre que votre intention n'est autre que d'attaquer aies officiers qui possèdent les charges dans le a royaume , puisque vous supprimez ce que vous dece vriez demander avec plus d'instance, à savoir l'abolî- « tion des pensions qui tirent bien d'autres conséquence ces que le droit annuel ? Vous voulez ôter des coffres « du roi seize cent mille livres qui lui reviennent par « chacun an de la pàulette , et voulez surcharger de a cinq millions l'état que le roi paye tous les ans pour a acheter à deniers comptants la fidélité de ses sujets. « Quel bien , quelle utilité peut produire au royaume a Tabolition de la pàulette , si vous supportez la vénaa lité des offices qui cause seule le dérèglement en la a justice?.... C'est Messieurs, cette maudite racine qu'il « faut arracher, c'est ce monstre qu'il faut combattre (f que la vénalité des offices qui éloigne et recule des a charges les personnes de mérite et de savoir, procuc( rant l'avancement de ceux qui , sans vertu bien souc( vent, se produisent sur le théâtre et le tribunal de la « justice par la profusion d'un prix déréglé qui fait « perdre l'espérance même d'y pouvoir atteindre à ceux « que Dieu a institués en une honnête médiocrité. Par c( ainsi. Messieurs, nous vous supplions humblement « de ne nous refuser en si saintes demandes l'union de a votre ordre; c'est pour le peuple. que nous travail-

a Ions, c*est pour le bien du roi que nous nous portons, « c'est contre nos propres intérêts que nous combat- « tons*. »

Devant la noblesse, Savaron s'exprima d*un ton haut et fier, et, sous ses arguments, il y eut de l'ironie et des menaces. Il dit que ce n^était point le droit annuel qui fermait aux gentilshommes Taccès des charges, mais leur peu d'aptitude pour elles , et la vénalité des offices; que ce qu'ils devaient demander plutôt que l'abolition de ce droit c'était celle de la vénalité ; que , du reste, la surséance de la paulette, là réduction des tailles et la suppression des pensions ne pouvaient être disjointes; que l'abus des pensions était devenu tel que le roi ne trouvait plus de serviteurs qu'en faisant des pensionnaires, ce qui allait à ruiner le trésor, à fouler et opprimer le peuple^; et il ajouta en finissant : « Rentrez , Messieurs, dans le mérite de vos prédéces- Q seurSf et les portes vous seront ouvertes aux honneurs a et aux charges. L'histoire nous apprend que les Roa mains nûrent tant d'impositions sur les Français', a que ces derniers enfin secouèrent le joug de leur <x obéissance , et par là jetèrent les premiers fonde- « monts de la monarchie. Le peuple est si chargé de

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