RelaUon de Florimond Rapine, p
d'une telle p^enté entre le tiers état et l^ noblesse^ excitèrent chez celle-ci un orage de mécontentement. Rassemblée ^ en tumulte^ fit des reproches ^ux dépuT té$ ecclésiastiques présents à la séapce^ se plaignant que l'envoyé du tiers étfit^ yenii sous leur garantie > ^{kt apporté^ au lieu de réparations , de Qouvelles injures plus graves que les premières. Après de loxiga délits sur ce qu'il convenait de faire^ il fut résolu qu'on irait sur-le-champ porter plainte au roi^
L'audience demandée ne fut obtenue, qu'après deux iQ^rs; la noblesse en corps s'y présenta. Son ca*ateur^ ^e baron de Senecey, termina un exorde verbeux par cette définition du tiers état : « Ordre composé du « peuple des villes et des champs : ces derniers quasy « tous hommagers et justiciables des deux premiers ç; ordres^ ceux des villes ? bourgeois^ marchands artia sans y et quelques officiers^; » et il continua : a Ce a sont ceux-ci qui, méconnoissant leur condition^ sans ' « l'aveu de ceux qu'ils représentent, veulent se com- « parer à nous. J'ai honte , Sire , de vous dire les 9 termes qui de nouveau nous ont offensés; ils com- « parent votre Etat ii une famille composée de trois a frères; ils disent l'ordre ecclésiastique être Talné; « le nôtre le puîné, et eux les cadets, et qu'il advient
1. ProchS'Verbal et cahier de la noblesse es états de l'an 1615, ma. de la Bibliothèque impériale, fonds de Briesne, n99»3, toi. 61 v«. -^Relalion de Florimond Rapine, p. 236.
« souvent que les maisons ruinées par les atnés sont « relevées par les cadets. En quelle misérable condi- « tion sommes-nous tombés, si cette parole est véri* «table!... Et, non contents de se dire nos frères^ ils c s'attribuent la restauration de TÉtat; à quoi comme « la France sait assez qu'ils n'ont aucunement parti* ttcipé> aussi chacun connott qu'ils ne peuvent en ce aucune façon se comparer à nous, et seroit insup- « portable une entreprise si mal fondée. Rendez-en, « Sire, le jugement, et, par une déclaration pleine de «justice, faites-les mettre en leur devoir'. » A cet étrange discours, la foule des députés nobles qui accompagnaient l'orateur fit succéder, en se retirant, des marques d'adhésion unanime et des mots tels que ceux-ci : « Nous ne voulons pas que des fils de cortt donniers et de savetiers nous appellent frères; il y a, a de nous à eux, autant de différence qu^entre le mat- « tre et le valet ^. »
Le tiers état reçut avec un grand cahne la nouvelle de cette audience et de ces propos; il décida que son orateur serait non-seulement avoué, mms remercié; qu'on n'irait point chez le roi pour récriminer contre la noblesse, et qu'on passerait au travail des cahiers sans s'arrêter à de pareilles disputes*. Alors le clergé
4. Procès-verbal et cahier de la noblesse, ms. de la Bibliothèque impériale, fonds de Brienne, ii« 283, fol. 63 vo. 2. RelaUon de Flor. Rarine, p. 228. — 3. Ibid.
vint de nouveau s'entremettre pour la réconciliation, demandant que des avances fussent faites par le tiers état; le tiers répondit que, cette fois comme la pre« mière^ il n'y avait eu de sa part aucune intention blessante; que MM. du clergé pouvaient eux-mêmes le faire entendre à la noblesse , à laquelle il ne voulait donner aucune autre satisfaction, désirant qu'on le laissât en paix travailler à son cahier, et s'occuper d'affaires plus importantes *. Mais la brouillerie des deux ordres tenait tout en suspens; le gouvernement, sans se porter juge, redoubla d'instances pour la paix; il vint de la part du roi un commandement au tiers état de faire quelque démarche qui pût contenter la noblesse; et plusieurs jours se passèrent sans que cet ordre fût obéi.
Pendant ce temps, le mémoire contenant les demandes du tiers passa à Fexamen du conseil. La noblesse et le clergé en appuyèrent tous les articles, hors celui qui était l'objet de la dissidence, et , quant à celui-là , il fut promis par le premier ministre que le chiffre des pensions serait annuellement réduit d'un quart, et que les plus inutiles seraient supprimées*. Ce concours et cette victoire ouvrirent les voies au raccommodement. Le tiers état fit remercier les deux premiers ordres de leur coopération bienveillante; ses
'4. Belation de Flor. Rapine, p. 231.