‹ Essai sur lh́istoire de la formation et des progrès du Tiers État: suivi de deux fragments duChapitre 41 sur 64 · Le 6 mai · texte numérisé non relu

Le 6 mai

a. Voy. redit donné à Blois, au mois de mai 1616, n^c. des anc. lois françaises, t. XYI, p. 83.

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«ut d*exécaté que les clauses secrètes qui accordaient aux chefs de la révolte des places de sûreté, des honneurs et ttx miUions è partager entre eux. Ainsi satisfaits, les mécontents se réconcilièrent avec leurs ennemis de la cour, et les choses reprirent le même train de désordre et d'anarchie qu'auparavant* Le pouvov divisé et annulé par les cabales qui se le disputaient; une sorte de complot pour ramener la France en «rrière au delà du règne de Henri IV; des tentatives qui faisaient dire aux uns avec une joie folle , aux autres avec une profonde affliction , que le temps des rois était passé et que celui des grands était venu % la menace toujours présente d'une dissolution administrative et d'un démembrement du royaume par les intrigues des ambitieux unies à celles de l'étranger : voilà le spectacle qu'oSUt , au milieu de ses variations, le gouvernement de Louis XIII ^ jusqu'au jour où un homme d'État marqué dans les destinées. de la France pour reprendre et achever l'œuvre politique de Henri le Grand, après s'être glissé au pouvoir à l'ombre d'un patronage, s'empara de la direction des affaires de haute lutte, par le droit du génie ^.

Le cardinal de Richelieu fut moins un ministre, dans le sens exact de ce mot, qu'un fondé de pouvoir

I. Mémoires de Sully, colleet. MIchaud, S« série, t. 11. p. 388. S.' 16i4.

DU TIERS ÉTAT. 2i3

universel de la royauté. Sa prépondérance au conseil suspendit Texercicô de la puissance héréditaire , sans que la monarchie cess&t d'exister^ et il semble que cela ait eu lieu pour que le progrès social^ arrêté violemment depuis le dernier règne, reprit sa marche par rimpulsion d'une sorte de dictateur dont Tesprit fût libre des influences qu'exerce sur les personnes royales l'intérêt de famille et de dynastie. Par un étrange concours de circonstances, il se trouva que le prince faible, dont la destinée devait ôire de prêter son nom au règne du grand ministre, avait dans son caractère, ses instincts, ses qualités bonnes ou mauvaises, tout ee qui peut répondre aux conditions d'un pareil rôle. Louis XllI , âme sans ressort mais non sans intelligence, ne pouvait se passer d'un mattre^ après en avoir accepté et quitté plusieurs , il prit et garda celui qu'il reconnut capable de mener la France au but que lui-même entrevoyait, et oti il aspirait vaguement dans ses rêveries mélancoliques. On dirait qu'obsédé par la pensée des grandes choses qu'avait faites et voulues son père , il se sentît sous le poids d'immenses devoirs qu'il ne pouvait remplir que par le sacrifice de sa liberté d'homme et de roi. Souffrant parfois de ce joug, il était tenté de s'en affranchû* , et aussitôt il venait le reprendre , vaincu par la conscience qu'il avait du bien public et par son admiration pour le génie dont les plans /magnifiques promettaient l'ordre et la pros-.

périté au dedans^ la force et la gloire au dehors \ Dans ses tentatives dlnuovation y Richelieu, simple ministre, dépassa de beaucoup en hardiesse le grand roi qui Tavait précédé. 11 entreprit d'accélérer si fort le mouvement vers l'unité et l'égalité civiles, et de le porter si loin que, désormais, il fîit impossible de rétrograder. Après le règne de Philippe le Bel, la royauté avait reculé dans sa tâche révolutionnaire et fléchi sous une réaction de l'aristocratie féodale; après Charles V, il s'était fait de même un retour en arrière; l'œuvre de Louis XI avait été près de s'abîmer dans les troubles du xvi* siècle, et celle de Henri IV se trouvait compromise par quinze ans de désordre et de faiblesse. Pour qu'elle ne pérît pas, il fallait trois choses : que la haute noblesse fût définitivement contrainte à l'obéissance au roi et à la loi, que le protestantisme cessât d'être un parti armé dans l'État, que la France pût choisir ses alliés librement dans son intérêt et dans celui de l'indépendance européenne. C'est à ce triple objet que le ministre-roi employa sa puissance d'esprit, son infatigable activité, des passions ardentes et une force d'âme héroïque \

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