Voy. le Testament politique du cardinal de Richelieu
5. Loraque Votre Majesté se résolut de me donner en même temps et l'entrée de ses conseils et grande 'part en sa confiance pour la direction de ses affaires, je puis dire avec vérité que les huguenots partagpoient l'État avec elle; que les grands se conduisoient comme s'ils n'eussent pas été ses sujets, et les plus puissants gouverneurs
Sa vie de tous les jours fiit une lutte acharnée contre les grands 9 la famille royale , les cours souveraines , tout ce qu'il y avait de hautes existences et de corps constitués dans le pays. Pour tout réduire au même niveau de soumission et d'ordre , il éleva la royauté au-dessus des liens de famille et du lien des précédents; il risola dans sa sphère comme une pure idée, ridée vivante du salut public et de l'intérêt national*. Des hauteurs de ce principe , il fit descendre dans l'exercice de Tautorité suprême une logique impassible et des rigueurs impitoyables. Il fut sans merci comme il était sans crainte y et mit sous ses pieds le respect des formes et des traditions judiciaires. II fit prononcer des sentences de mort par des conunis-
des provinces comme s'ils eussent été souverains en leurs charges
Je puis encore dire que les alliances étrangères éloient méprisées; les intérêts particuliers préférez aux publics; en un mot. la dignité de la majesté royale éloit tellement ravallée et si différente de ce qu'elle devoit être, par le défaut de ceux qui avoient lors la principale conduite de nos affaires, qu'il étoit presque impossible de la rcconnoître. (Testament politique de Richelieu, 1'» partie, p. s, Amsier^ dam, 1788.)
1. Les intérêts publics doivent être Tunique fin du prince et de ses conseillers. (Ibid., 9p parlie, p. 333.) — Croire que, pour être Ois ou fi'ère du roi ou prince du sang, on puisse impunément troubler le royaume, c'est se tromper. Il est plus raisonnable d'assurer le
royaume et la royauté que d'avoir égard à leurs qualités Les flis,
frères et autres parents des rois sont sujets aux lois comme les autrès, et principalement quand il est question du crime de lèse-majesté. (Mé:n. du cardinal de Richelieu, coIlecU Michaud, 3« Férié, t. VIIÏ.p.407.)
saires de son choix ^ frappa, Jusque sur les marches du trône , les ennemis de la chose publique, ennemis en même temps de sa fortune y et confondit ces haines personnelles avec la vindicte de l'État. Nul ne peut dire s'il y eut ou non du mensonge dans la sécurité de conscience qu'il fit voh* à ses derniers moments * ; Dieu seul a connu le fond de sa pensée. Nous qui avons recueilli le fruit lointain de ses veilles et de son dévouement patriotique, nous ne pouvons que nous incliner devant cet homme de révolution par qui ont été préparées les voies de la société nouvelle. Mais quelque chose de triste demeure attaché à sa gloire; il a tout sacrifié au succès de son entreprise; il a étouffé en lui-même et refoulé dans de nobles âmes les principes étemels de la morale et de Fhumanité ». A la vue des grandes choses qu'il a faites, on Taduâre
4. Le curé lui demandant s'il ne pardonnoit pointa ses ennemis, il répondit qu'il n'en avoit point que ceux de l'État. (Mém. de Montglat, coliect. Michaud, 3' série, t. V, p. 1330 — * Voy. aussi mém. de Montclial, Rotterdam, 4718 , p. 268.
5. Le cardinal de Richelieu a fait des crimes de ce qui faisoit dans le siècle passé les vertus des Miron, des Darlay, des IHarillac, des Pibrac et des Paye. Ces martyrs de l'Estat, qui, par leurs bonnes et saintes maximes, ont plus dissipé de factions que l'or d'Espagne et d'Angleterre n'en a faict naislre, ont esté les défenseurs de la doctrine pour la conservation de laquelle le cardinal de Richelieu confina M. le président Barillon à Amboise, et c'est lui qui a commencé à punir les magistrats pour avoir advancé des vérités pour lesquelles leur serment les oblige d'exposer leur propre vie. (Mém. du card. de Retz, coliect Michaud et Poujoulat, p. KO.)
avec gratitude, on voudrait, on ne saurait Taîmer.
Les novateurs les plus intrépides sentent qu'ils ont besoin de l'opinion ; avant d'exécuter ses plans politiques, Richelieu voulut les soumettre à l'épreuve d'un débat solennel , pour qu'ils lui revinssent confirmés par une sorte d'adhésion nationale. Il ne pouvait songer aux états généraux; membre de ceux de 4614, il lés avait vus à Pœuvre, et, d'ailleurs, son génie absolu répugnait à ces grandes réunions; l'appui moral qu'il désirait, il le chercha dans une assemblée de notables. Il convoqua au mois de novembre 1626 cinquante-cinq personnes de son choix : douze membres du clergé, quatorze de la noblesse, et vingt-sept des cours souveraines, avec un trésorier de France et le prévôt des marchands de Paris. Gaston, frère du roi, fut président, et les maréchaux de la Force et de Bassompierre vice-présidents de l'assemblée; mais les nobles qui y siégèrent, conseillers d'État pour la plupart, appartenaient à l'administration plutôt qu'à la cour; il ne s'y trouva ni un duc et pair, ni un gouverneur de province*.
Devant cette réunion d'élite, dont les hommes du tiers état formaient plus de la moitié, Richelieu développa lui-môme tout le plan de sa politique intérieure *.
1. La séance d'ouverture eut lieu le 2 décembre, dans la grande Balle des Tuileries.
3. Voyez son discours et celui du garde des sceaux MariUac, dans
L'initiative des propositions partit du gouvernement, non de rassemblée; une même pensée pénétra tout, les demandes comme les réponses , et, dans le travail d'où résulta le cahier des votes, on ne saurait distinguer ce qui fiit la part du ministre et ce qui fut celle des notables. Des principes d'administration conformes au génie social et à l'avenir de la France furent posés d'un conmiun accord : l'assiette de l'impôt doit être 'telle que les classes qui produisent et qui souffrent n'en soient pas grevées ; — c'est dans l'industrie et le commerce qu'est le ressort de la prospérité nationale, on doit faire en sorte que cette carrière soit de plus en plus considérable et tenue à honneur : — il faut que la puissance de l'État ait pour base une armée permanente où les grades soient accessibles à tous, et qui répande l'esprit militaire dans les classes non nobles de la nation. Quant aux mesures promises ou réclamées, les principales eurent pour objet l'abaissement des dépenses de l'Ëtat au niveau des recettes, et la réduction des dépenses improductives au profit des dépenses productives ; l'augmentation des forces maritimes en vue du trafic lointain; l'établissement de grandes compagnies de commerce et la reprise à l'intérieur des grands projets de canalisation; la sécurité des gens de travail garantie contre l'indiscipline des
le procci'verbal de rassemblée de 16S6. Des était généraux ^ etc., l. XVni, p. a07 et suiv.
gens de guerre par la sévérité de la police et la régularité de la solde; enfin, la démolition ^ dans toutes les provinces, des forteresses et châteaux inutiles à la défense du royaume * .
L'assemblée des notables se sépara le 24 février 4627, et aussitôt une commission fut nommée pour rédiger en un même corps de lois les réformes nouvellement promises et celles qui devaient répondre aux cahiers des états de 1614. En même tempsla plus matérielle, et non la moins populaire de ces réformes, la démolition des forteresses, cantonnements de la noblesse factieuse et de la soldatesque des guerres civiles, commença de s'exécuter. A chaque époque décisive du progrès vers l'unité nationale , ce genre de destruction avait eu lieu par Tautorité des rois. Charles V, Louis XI et Henri IV s'attaquèrent aux donjons pour mater l'esprit féodal; en cela comme en tout, Richelieu fit faire un pas immense à l'œuvre de ses devanciers. Les mesures à prendre pour ce qu'on pourrait nommer Taplanissement politique du sol français furent confiées par lui h la diligence des provinces et des municipalités, et, d'un bout à Tautre du royaume, les masses plébéiennes se levèrent pour abattre de leurs mains les murs crénelés.
1. Voyez dans les necherches de Forbonnais, t. I, p. 905, les extraits quMl donne des résolutions de l'assemblée; voyez aussi la déclaration du roi du 1«' mars 1627; Des étals généraux, etc., t. XVllI.p. 29aetsuiv.
repaires de tyrannie ou de brigandage, que, de génération en génération , les enfants apprenaient à mai> dire. Selon la vive expression d'un historien distingué, a les villes coururent aux citadelles, les campagnes aux châteaux, chacun à sa haine ^l> Mais Tordre qui souvent marque la profondeur des sentiments populaires présida à cette grande exécution que le pays faisait sur lui-même ; aucune dévastation inutile ne fut commise , on combla les fossés, on rasa les forts, les bastions, tout ce qui était un moyen de résistance militaire; on laissa debout ce qui ne pouvait être qu'un monument du passé.
Pendant ce temps , la commission de réforme législative poursuivait son travail sous la présidence du garde des sceaux, Marillac. Il en résulta l'ordonnance de janvier 4629, égale en mérite et supériem'e en étendue aux grandes ordonnances du xvi« siècle. Ce nouveau code n'avait pas moins de quatre cent soixante et un articles. Il touche à toutes les parties de la législation • droit civil, droit criminel, police générale, affaires ecclésiastiques, instruction publique, justice, finances, commerce, armée , marine. Inspiré à la fois par le vœu national et par la pensée de Richelieu, il est empreint de cette pensée, quoique le grand ministre ait dédaigné d'y prétendre aucune part, et que l'opposition du parle-