I. — LE ROMAN DE MÉLUSINE
Si fubula, nobilis illa est.
(Devise de la maison de Sassenage).
Le roman de Mélusine vit le jour à la cour de France, au temps de Charles VI, en pleine guerre «le Cent ans. 11 parut sous le patronage de la maison royale de France et de la maison impériale de Luxembourg-Bohême étroitement unies depuis près d'un demi-siècle autour du souvenir de Jean l'Aveugle, roi de Bohème, comte de Luxembourg, ancien gouverneur de l'Aquitaine et de la Gascogne pour le roi Philippe de Valois, son allié dans la guerre contre les Anglais, tombé à Crécy en tête des rangs
français.
La sœur et la fille du roi de Bohème furent reines de
* Toutes les indications de folivs qui ne sont pas precédées d'un titre se rapportent à l’édition du texte original de Mélusine, d’après le iuanuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal.
La bibliographie de Mélusine se trouve dans Desaivek, Le Mythe de la Mère Lusine (Mémoires de la Société de statistique, sciences, lettres et arts des Deux-Sèvres, à série, XX, an. 1882, Niort) et dans HOorRICHTkR, Die AEltesten Franzôsischen Bearbeitungen der Melusinensage (Romanistische Arbeiten. Halle. 1938). Nous indiquons ici seulement les ouvrages que nous citons le plus fréquemment et par abréviation.
Br. — Mélusine par Jean d'Arras. Nouvelle édition. conforme à celle de 1178, revue et corrigée avec une préface par M. Ch. Brunet. Bibliothèque elzévirienne. Paris. 1854.
M. E. — Melusine. Compiled (1382-1%4 A. D.) by Jean d'Arras, englisht
de Dire
France. Marie épousa Charles le Bel ; Bonne, comtesse de Luxembourg, Jean le Bon. Du mariage de Jean le Bon naquirent Marie de France, femme du prince lorrain Robert, duc de Bar, et Jean, duc de Berry. Ce furent le parrain et la marraine de Mélusine. La duchesse de Bar supplia son frère de « lui faire avoir la noble histoire » de la fée de Lusignan. Deux petits-fils de Jean l'A veugle s'intéressérent à l'œuvre de Jean d'Arras. Le marquis de Moravie, Josse de Luxembourg, plus tard roi des Romains, voulut que son cousin germain le duc de Berry lui «envoyât l'histoire ». Par l'entremise de ses puissants protecteurs, Jean d'Arras eut encore le concours du comte de Salisbury, Guillaume de Montagu, et du roi d'Aragon,
about 15no A. D. Edited from a unique manuscript in the library of the British Museum by A. K. Donald. Part 1. Text, notes and glossary. London. Publisht for the Early english text Society. 1895.
Mellusine. Poëme relatif à cette fée poitevine composée dans le quatorzieme siècle par Couldrette, publié pour la première fois d'aprés les manuscrits de la Bibliothèque impériale par Francisque Michel. Niort, Robin et L. Favre 1834.
Partenay = The Romans of Partenar or of Lusignen : otherwise known us the Tale of Melusine : Translated from the French of La Coudrette (about 1500-1520 À. D.). Edited from a unique manuscript in the library of Trinity College, Cambridge, with an introduction, notes and glossarial index by the Rev. Walter W. Skcat, m. a. London. Published for the Early english text Society. 168.
Favre — Histoire de Mélusine. princesse de Lusignan et de ses fils, suivie de l'histoire de Geofroy d la grand'dent, 6° fils de Mélusine, prince de Lusignan. par Nodot Avec une introduction sur l’origine des légendes concernant la Mélusine par L. Favre. Niort, Paris. 1856. Dans son introduction Favre reproduit le Mémoire sur la Mellusine du Poitou par Dom Mazet.
Froissart — Histoire et Chronique memorable de messire Jehan Froissart. Reveu et corrige sus divers exemplaires et suivant les bons auteurs, par Denis auvage de Fontenailles en Brie, historiographe du Tres.hrestien roy Henry deuxiesime de ce nom. Quatre volumes. À Paris. Pour Roberi Granjon. MDLXXIILT. Et les éditions Kerwyn de Lettenhove et Siméon Luce.
Histoire de Cypre = Description de toute l'isle de Cypre et des roys, princes et seigneurs, tant Payens què Chrestiens. qui ont commandé en icelle : Contenant l’entiere Histoire de tout ce qui s'y est passé depuis le Deluge eniuersel, l'an 142 et du monde 1718, iusques en l'an de l'incarnacion et natiuit de Jesus Christ mil cinq cens soixante et douze. Par le R. Pere F. Estienne de lusignan de la Royale maison de Cypre, Lecteur en Theologie, aux Freres Prescheurs, de present à Paris. Composee premierement en Italien, et imprimee à Bologne la Grasse, et maintenant augmentee et traduite en François. À Paris, chez Guillaume Chaudiere, rùe S. Jacques, à l'enseigne du Temps et de l'Homme sauvage. 1580. Avec privilege du Roy.
Re
Jean Ier, gendre de Robert et de Marie de Bar. L'auteur écrivait pour la plus haute aristocratie de l'Europe, mais son livre devait, pendant des siècles, charmer grands seigneurs, gentilshommes, bourgeois et gens du commun.
Filles de la fée Presine et du roi d’Ecosse Elinas, Mélusine et ses sœurs, Mélior et Palestine, sont elles-mêmes des fées. Elinas a trahi sa femme étourdiment. Ses filles l'enferment dans une montagne merveilleuse du Northumberland d'où jamais il ne sortira. L'épouse, privée de « celui où elle prenait toute sa plaisance, paie ses filles
comme le mérite leur mauvais office ».
Mélior s’en ira dans un château de la Grande Arménie
où elle gardera un épervier jusqu'à la fin du monde. « Tous chevaliers de noble sang » pourront aller veiller l'épervier par trois jours et trois nuits sans dormir, la surveille, la veille et le vingt-cinquième jour de juin qui
1. On ne trouve ni la Mélusine de Jean d'Arras ni celle de Couldrette dans les inventaires des livres de Charles VI. Jean de Berry aurait possédé l’œuvre de Couldrette, si l’on en croit l’Incentaire et prisée des livres de Jean, duc de Berry, frère du roi Charles quint, en 1516 : « Un livre appellé Melusine selon les vraies croniques furnies par Jean duc de Berry, écrit en françois, rymée » (Mellusine, introd., p. 11). Mais M. Léopold Delisle ne reproduit pas cet article dans son édition des inventaires de la librairie de Jean de Berry. L'auteur de l'inventaire a dû confondre le livre de Couldrette avec celui de Jean d'Arras. C’est à Jean d'Arras que le duc de Berry a fourui des chroniques. S'il en a fourni pour composer une Mélusine en vers, cette Mélusine est autre que celle de Couldrette. Jean de Berry est inconnu à Couldrette. Ses documents lui viennent de Guillaume de Parthenay. Ou bien encore le rédacteur de l’inventaire veut-il dire que l'histoire de Mélusine qu'il a sous les yeux est simplement le livre de Jean d’Arras mis en vers ® — Les seigneurs de Créqui possédaient deux riches exemplaires de l'ouvrage de Jean d'Arras (Annales de Bourgogne, 1. I, Dijon, 1929, Mélanges, p. 355). Le manuscrit 1484, Ancien fonds français, de la Bibliothèque nationale x pu appartenir à une « Madamoyselle de Tournon » dont on lit le nom écrit en lettres gothiques au bas du folio 5, r°. Le manuscrit 218-4, Français, Nouvelles acquisitions, est aux armes de Pierre d’Amboise et d'Anne de Bueil. Le manuscrit de l'Arsenal est surchargé de graffitis gothiques ; plusieurs sont assez vulgaires, mais on trouve les noms sui-
vants, tracés, dirait-on, de mains d'enfants : Madclene Katherine de
Champs... Marigni... Katherine de Chateauneuf... Barbe et Jehan et Felippe des... Le manuscrit de Couldrette édité par Francisque Michel porte les armes de Clèves et de la Mark. L'exemplaire de Couldrette de la Bibliothèque d'Amiens appartenait a Jean Treuncart d'Amiens et à sa femme Anne de Vismes à la fiu du xvi* siècle.
est le jour de monseigneur saint Jean. Si la fortune leur est assez amie pour qu'ils puissent faire leur devoir, tu leur apparaîtras le quatrième jour. Ils pourront te demander un don des choses terrestres, tel qu'ils le voudront, sans point te demander ton amour en état de mariage ou autre conjonction naturelle. Et ceux qui seront assez hardis pour te le demander et ne voudront s’en départir seront infortunés jusqu'à la neuvième génération.
« Et toi, Palestine, tu seras enfermée en la montagne de Canigou en Aragon, avec le trésor de ton père, jusqu’à ce qu'un chevalier de notre lignage y viendra, qui aura le trésor. et en aidera à conquérir la Terre de Promission et te délivrera. »
Mélusine est la plus coupable. Elle a été la mauvaise conseillère. Elle sera châtiée d’une façon cruelle et humiliante. « Toi, Mélusine, c'est par toi que cette dure prison a été donnée à ton père. Tu en seras la première punie. Je te donne le don que tu seras tous les samedis serpente du nombril jusqu'en bas. Mais si tu trouves un homme qui te veuille prendre comme épouse et qu'il te promette que jamais le samedi il ne te verra ni ne dira ton secret à personne, tu vivras le cours de ta vie comme femme naturelle et mourras naturellement. Et si, par aventure ton mari te décelait, saches que tu retourneras au tourment où tu étais auparavant. Tu y seras jusqu'à ce que le Très Haut Juge tiendra son jugement et tu apparaîtras trois jours avant que la forteresse que tu feras et que tu nommeras de ton nom devra changer de seigneur, et aussi quand un homme de ta lignée devra mourir. Et nonobstant ta punition, il viendra de toi très noble lignage qui fera de grandes et hautes prouesses. »
Mélusine devient la femme de Raimondin, fils du comte de Forez et neveu du comte de Poitiers. Leurs amours commencent dans la grande forêt de Colombiers en Poitou, pleine d'étranges aventures. Là, environ la minuit, audessous d'un fier rocher, sur la fontaine fée, Mélusine attend Raimondin. Le comte de Poitiers vient de périr
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