‹ Essai sur Mélusine, roman du XIVe siècleChapitre 22 sur 130 · ue Un rte SR RE : 4 re ù * . “lie f. titi must · texte numérisé non relu

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de Huldbrand, il y a un puits. C’est aussi le puits des apparitions. Mélusine y revient comme le fantôme du roman d'Ondine, et la Mort les suit.

« Les murs de la ville étaient étoffés de fortes tours à mächicoulis et à terrasses. Îls étaient eux-mêmes à mâchicoulis et dans la muraille passaient des allées couvertes pour défendre les archers et par dehors et par dedans. Les fossés étaient profonds et faits de pierre de taille. Mélusine avait fuit faire de bonnes braies ; bâtir entre le bourg et le château une grosse tour de tuiles sarrasinoïises, maçonnée à fort ciment. Les murs de la tour avaient bien de seize à vingt pieds d'épaisseur. La dame la fit si haute qu’elle surmonte le bourg de plus de la hauteur d’une lance et les guetteurs qui étaient dedans apercevaient de tous côtés qui venait vers le fort et la ville. Elle établit des gardes qui sonnaient de la trompe quand ils voyaient quelqu'un approcher. Elle nomma cette tour la Tour Trompe ».

Le château et la ville formaient ensemble la forteresse de Lusignan. Il s’y trouvait une tour nommée la Tour Poitevine. Le roman ne dit pas si c'était dans le château ou dans la ville, C’est, à proprement parler, la tour de Mélusine, peut-être celle qui plus tard porta son nom.

Lorsque Mélusine s'envole de la fenêtre du château de Mervent, « elle vient fondre de façon si soudaine sur la Tour Poitevine, dans une si furieuse tempête, que la forteresse paraît choir en abîme et que toutes les pierres du maçonnage se remuent l’une contre l’autre, et sur l'heure on la perd de vue ».

Raimondin est bien malade. Il n'a plus que trois jours à vivre. Mélusine, en forme de serpente, fait trois fois le tour de la forteresse. Elle se met sur la Tour Poitevine, où elle est longtemps, soupirant et gémissant. « On aurait dit la voix d’une dame, et aussi l'était-ce bien. » Ses fils Geoffroy et Thierry ont grande pitié, ils savent que c’est leur mère. Quand elle les voit pleurer, elle montre une plus grande douleur, elle s'incline et jette un cri si

horrible qu'il semble que la forteresse s'écroule. Puis il paraît à tous ceux qui sont là qu’elle pleure bien tendrement. Elle prend son vol, s’en va le droit chemin d'Aragon et cette même journée apparaît au Montserrat.

Raimondin a négligé la pénitence que le pape lui a donnée pour le parjure qu'il a fait à sa femme. Cinq ou six ans après que Mélusine est partie, commence de venir, le dernier jour d'août, une grande main qui prend le pommeau de la Tour Poitevine et l'arrache si fort qu'elle abat une grande partie de la couverture ; et depuis lors, tous les ans, elle en fait autant, et il faut chaque fois dépenser vingt ou trente livres pour le pommeau de la tour.

Sur le conseil d'un inconnu, on porte chaque année, le jour où vient la main, au dernier étage de la tour, sur la pièce de bois qui soutient le comble où le pommeau est assis, une bourse en cuir de cerf contenant trente pièces d'argent dont chacune vaut quatre deniers, et depuis jamais le pommeau ne bougea. Mais Geoffroy n'entend pas que son héritage soit serf, alors que le comte de Poitiers l'a donné à son père si franchement qu'il ne doit rien à nul homme. A deux reprises, il combat le chevalier fantôme qui vient réclamer son tribut, et la première fois c'est sur le haut de la tour. Tout le comble tremble au moment de l'apparition.

La forteresse de Lusignan renferme une chapelle et une église. Un prodige de Mélusine accompli pendant que Raimondin assistait aux obsèques du comte de Poitiers a fait sortir de terre, au-dessus de la Fontaine de Soif, «une maison de pierre en forme de chapelle, belle, gracieuse et bien ordonnée ». C'est la chapelle de Notre- Dame, le monument des fiançailles de Raimondin et de Mélusine. L'église est Notre-Dame de Lusignan, témoi- . gnage de reconnaissance de Mélusine pour lheureux établissement de ses fils en Chypre et en Arménie. On y fera l'obsèque de Raimondin et son cœur y sera enseveli.

: Sous les murs de Lusignan est la grande prairie. Le

ne

ruisseau qui court du côté de Poitiers la traverse. Là se font les fêtes et se rassemblent les gens de guerre. On y dresse les pavillons des noces de Mélusine. On y donne les fêtes du mariage de son fils Eudes avec la fille du comte de la Marche, On y joûte pour la chevalerie d'Urian et de Guion et en l'honneur d'Antoine et de Renaud partant pour délivrer le Luxembourg. C'est encore là que Geoffroy livre le dernier “combat au spectre de la Tour Poitevine.

Le roman indique bien d’autres monuments du Poiton et de l’Aunis.

À la salle de Poitiers, la veuve du comte Aimery, qui ne sait pas encore son malheur, attend, dans l'angoisse, le retour de son mari et voit venir les forestiers et les veneurs apportant le corps du défunt, « menants grands pleurs et grands cris ». Dans l'église Notre-Dame, Raiïimondin, l'homicide inconnu et désolé, assiste aux funérailles de son oncle, pendant qüe sur la place devant l'église les bonnes gens « en chaude colère » d'avoir perdu leur seigneur, brûlent le sanglier qu'ils accusent de sa mort. Dans l’église Saint-Hilaire, les barons de la ‘comté de Poitou, réunis autour du jeune comte qui les reçoit en habit de chanoine, comme leur abbé, lui font hommage pour leurs fiefs, et aimondin, au milieu d'eux, reçoit la charte qui fera de fui un très puissant seigneur en ne lui accordant autour de la Fontaine de Soif qu'autant de. place qu'un cuir de cerf se peut étendre.

Le lendemain, les vassaux vont entendre la messe à l'abbaye du Moustier Neuf. Raimondin y prie Dieu de l'aider à finir ce qu'il a entrepris. C'est au Moustier que son fils Horrible, qui aurait détruit tout ce que Mélusine avait édifié s'il eût vécu, et fait tant de maux que la mort de vingt mille hommes n'aurait pas été si grand dommage, reçoit la sépulture. On l’a empèché de nuire en l'étouffant dans la fumée de foin mouillé. En sortant du Moustier Neuf, Raimondin voit venir du côté du château l'homme qui lui apporte le cuir de cerf merveilleux. Coupé en

minces lanières, s’allongeant complaisamment, il tracera les limites de la vaste seigneurie de Lusignan.

Quittons Poitiers et cheminons jusqu’à la mer. Après avoir dépassé Lusignan on arrive à Niort. Les deux maîtresses tours jumelles y sont très belles à voir, dit Jean d'Arras. Ce sont les grosses tours carrées que l’on appelle le Donjon. On trouve ensuite sur la route l'abbaye de Maillezais, « ancienne, très grande et grosse, de cent moines sans les convers ». A la Rochelle, le maître port de l'Ouest, les deux tours de la garde de la mer ferment le port. Aujourd'hui l’une est la Tour de la Chaîne, l’autre la Tour Saint-Nicolas. La Porte Guiennoise est surmontée d'un hideux trophée, témoignage de la victoire de Geoffroy à la Grand Dent sur le géant de Guérande. On y voit piquée sur une lance la tête du « ribaud » qui tenait en pâtis le pays depuis la Bretagne jusqu'à la Rochelle. Mélusine, « bien joyeuse » de l'avoir reçue en hommage de son fils, l’y a fait porter pour réjouir à leur tour ses sujets assurés désormais qu'ils sont délivrés de la plus grande misère où jamais gens aient été.

Sur le bord de l'Océan, à trois lieues de la Rochelle, est une grosse tour que Julius César a bâtie, l'ancien Castrum Julit des Romains. On l’appelait Tour Aigle, dit Jean d'Arras, parce que César portait l'aigle en sa bannière comme empereur. C'est Châtel Aïiglon, la grande ville légendaire de l’Aunis au temps de Charles Martel, à présent Châteluillon.

À l'occasion du voyage de Raimondin en Bretagne, Jean d'Arras dit qu’il y a deux Bretagnes, la Brute ou Bretonnante, c'est le pays où l’on parle le celtique, et la Gallesse, où l’on parle français. Le roi des Bretons règne sur les deux pays. Il réside à Vannes, à Nantes ou au château de Sucinio, sa maison de chasse.

Raimondin, allant à la recherche de son oncle Alain et du roi des Bretons, arrive dans la Brute Bretagne à Guéménéguingant. maintenant Guéméné-sur-Scorff, que

l'on appelait ainsi du nom de Guégant, son fondateur. Il trouve le roi à Nantes, se rend ensuite au Pont-le-Léon, qui peut être Saint-Pol-de-Léon et par la forêt de Guérande reprend le chemin du Poitou.

Après son départ, les fils d'Alain vont demander au roi une place pour bâtir le prieuré de la Trinité que Raimondin leur a enjoint de fonder. De Guéménéguingant ils viennent à Vannes où ils apprennent que le roi est allé à Sucinio. Ils montent à cheval. arrivent au Port, c'est-à-dire surlarive du Morbihan, le traversent, entrent dans la forêt et chevauchent jusqu’au château. On leur dit que le roi est au parc. Ils l'aperçoivent sous un grand chêne au bord d'un étang. Il attendait le cerf que les chiens chassaient.

Les frères se retirèrent pour ne pas troubler le plaisir du roi. Le roi le vit bien et leur en sut gré. Le cerf vient se jeter dans l'étang, il est pris par la force des chiens et tiré hors de l’eau. La curée fut faite et le droit donné aux chiens. Les frères se montrèrent alors au roi et lui dirent ce que leur cousin leur avait ordonné de faire.

« Par ma foi », dit le roi, « la requête est raisonnable et tout maintenant je vous mènerai dans le lieu où je veux que soit le prieuré ». Ils sortirent de la garenne et vinrent le long du mur, au bout du clos. « Beaux svigneurs », dit le roi, « faites ici le prieuré et prenez tant de place que vous voudrez. Je vous abandonne la forêt pour y prendre le bois à charpenter, et quand les moines y seront établis, je leur donne le bois pour brûler. à eux et à leurs adhérents et habitants. Je leur abandonne la pécherie dans la mer qui est à un quart de lieue. Je leur accorde de tendre filets dans la forêt, aux oiseaux el à toute sauvagine pour leur vivre. Je leur donne toutes les terres arables qui sont d'ici jusqu’à une demie lieue d'alentour ». Et de cela le roi leur fit bonnes chartes.

Les frères remerciérent le roi. Ils font veuir les ouvriers, achèvent en peu de temps l'église et le prieuré, y mettent huit moines blancs qui portent en leur habit de dessous une croix azurée, et leur font de bonnes rentes

se

pour qu'ils vivent à l'aise. On reconnait dans cette fondation le prieuré des Trinitaires de Sarzeau.

Les méfaits du roi d'Alsace dans le Luxembourg. des Sarrasins de Cracovie en Bohëme et des Autrichiens en Alsace amènent deux fois plusieurs fils de Mélusine en Allemagne. Dix journées de chevauchée leur font atteindre la Champagne. Ils la traversent, logent une nuit sur l'Aisne et après plusieurs étapes, viennent un soir établir leur logis dans une bonne prairie au bord de la Meuse, au dessous d’une forteresse appelée Dun-le-Chastel ou Chastel-de-Dunes, parce qu'elle est assise sur la falaise en haut de la rivière. On la nomme aujourd’hui Dun-sur- Meuse. De là il n'y a plus que deux étapes ou douze lieues jusqu'à Luxembourg. Le dernier logis avant que d'y arriver est au-delà de Virton.

Entrer en Luxembourg, c'est entrer en Allemagne. «Aux contrées d'Allemagne, entre Lorraine et Ardenne», dit Jean d'Arras. « est la comté de Luxembourg ». L'Autriche, la Bavière, la Bohême sont des marches d'Allemagne. « Je veux aller voir mes deux frères en Allemagne », dit Geoffroy à la Grand Dent, « le roi Renaud de Bohéme et le duc Antoine de Luxembourg ».

L'Allemagne n'a pas bonne renommée. « Je n'irai pas en Allemagne dégarni de gens d'armes », ajoute Geoffroy. On rencontre les pillards « à foison » dès que l'on sort du Luxembourg. Ils infestent la Leffe et tout le pays jusqu'à la Basse Marche de Hollande. « Les Linfards », dit Froissart, « sont les plus grands robeurs du monde. ». Ces détrousseurs de grands chemins sont les seigneurs des châteaux entre lesquels il faut passer. Terribles pour les voyageurs et les trafnards des armées, ils ne craignent pas les grands seigneurs. L'expédition de Bohême est décidée. Le roi d'Alsace y prendra part avec Antoine et Renaud de Lusignan. « Pendant que vous irez mander vos hoimmes ». déclare au roi le duc Antoine, « je manderai mes gens qui sont à la guerre avec un mien chevalier

dans la Leffe où on lui a fait tort ». C'est un haut fait de Lothaire, le second fils d'Antoine, que d'avoir de vive force débarrassé le pays des Linfars et par d'habiles ouvrages empêché le retour des brigandages. Il a fondé Ivois, l'abbaye de Saint-Vit, le pont de Mézières sur la Meuse et plusieurs forteresses, ouvert ainsi l'accès du pays, opposé à ces redoutables larrons l'Eglise, les bourgeois et d'autres châtelains qui sont les hommes du prince de Luxembourg.

Au moment de pénétrer dans cette périlleuse contrée, Antoine s’est chargé de faire l'arrière garde. Il fait passer un avis de château en château : « Si vous êtes si hardis que de prendre rien sur moi ni sur mes gens, je ferai de vous telle justice que les autres s'en corrigeront ». De celte manière il traversa tranquillement toute la Leffe, car malheur à celui qui aurait osé faire tort à l’armée d'une chose qui eût seulement valu une maille.

Une nuit, l'armée logea devant Aix-la-Chapelle. Elle

franchit sur le pont de Cologne le Rhin qui est « une rivière merveilleusement grosse », pleine de saumons qui ne le sont pas moins. Des saumons du Rhin sont l'un des beaux présents que les citoyens de Cologne offrent aux frères de Lusignan :.

Depuis Cologne, Jean d'Arras ne compte plus les étapes. « Ils errèrent tant par leurs journées », dit-il, «qu'ils sont venus en Bavière auprès d'une grosse cité appelée Munic », enfin ils logent sur « une grosse rivière », l'Elbe, à demie lieue de Prague.

Le chemin que Raimondin prend pour aller à Rome le conduit à travers les monts de Mont Jeu, qui sont le Grand Saint-Bernard, et la Lombardie. Il arrive un soir à Rome au Pré Noiron, l’ancien champ du Vatican. Le lendemain il est à Saint-Pierre, auprès du pape, et met bien huit jours à visiter les Saints Lieux, «car il y avait à faire ».

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