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Puis il commence à chevaucher fort vers le Montserrat. Il vient à Toulouse et de là à Narbonne. Geoffroy qui tient à suivre pas à pas son pére, dit une fois arrivé à Toulouse : « Ici est le plus court chemin pour aller en Aragon, mais puisque mon père alla par là, nous irons aussi ».
À partir de Narbonne, Raimondin suit la voie Domitienne '. Il pénètre dans « le détroit de l'étang de Salces ». C'est le lieu serré entre l'étang de Leucate et la montagne. I passe sous le château et couche à Perpignan. Le lendemain, par le Boulou et le Perthus, il vient à Figuières où il dîne ; il prend gîte à Gerone, puis à Barcelone. Il est trois jours à parcourir la ville qui lui semble très belle. Le quatrième jour il arrive au Montserrat.
Au pied de la montagne est l'abbaye avec le logis des pèlerins et le village de Colbato que Jean d'Arras, défigurant le nom à la façon dont les Français traitent les noms étrangers, appelle Quillebaston. On loge les chevaux et on donne à Raiïimondin une belle chambre pour lui et ses gens.
Raimondin visite l’église. Devenu ermite, il y élira sa sépulture dans la chapelle des lampes, devant le maîtreautel. Il monte aux ermitages. Il y en a sept qui sont tous contre la montagne les uns au-dessus des autres. Il regarde en l'air les grandes roches toutes droites et s'émerveille qu'on ait osé prendre habitation en un tel lieu. Il gravit les degrés. Quand il avait monté environ vingt pas, il lui en fallait remonter tout autant de l'autre côté et ainsi virer de vingt pas en vingt pas. De cette manicre, il vint au troisième ermitage qui avait quatrevingts pas de haut et plus.
Il vit qu’en cet ermitage il n'y avait plus d’ermite, car depuis peu de temps il était trépassé. Or il est de coutume que si dedans un certain terme il ne vient personne qui veuille être ermite et demeurer dans l'ermitage qui est vide, le plus proche d’en bas y vienne habiter, et l'ermite
1. Motixier, Histoire graphique de l'ancienne province de Languedoc (Toulouse, 1904), p. 706 et carte.
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de dessous prend la place de celui-ci et ainsi le lieu qui reste le plus près de terre reste sans ermite, tant qu'il ne vient pas quelque bonne personne mue par dévotion pour s'y mettre. Et la cause de cette permutation est que Île premier tire en haut les vivres pour eux sept et en prend réfection pour la journée et celui qui est le plus près audessus tire les vivres en haut de la même manière. Raimondin ne fut que jusqu’au cinquième ermitage qui est la chapelle Saint-Michel. Il regarda en bas et il lui sembla que l'église et l'abbaye n'étaient que petites cellules. Il leva les yeux, vit les deux autres ermitages, mais la roche était si haute qu'il n'entreprit pas le voyage.
Pour aller en Chypre les fils de Mélusine s'embarquent à Ja Rochelle. Geoffroy y débarque à son retour de Syrie. Toutes les communications des Lusignan avec l'Orient se font par la Rochelle. Les ports de la Méditerranée, ceux où les croisés prennent la mer, Aigues-Mortes, Marseille, Venise conviendraient pour la rapidité et la sûreté du voyage. Mais la Rochelle appartient aux Lusignan ; c'est leur port. |
Urian et Guion « s'en vont rafratchir » dans l'ile de Rhodes, où le grand maître des chevaliers de Saint-Jean les a conviés à descendre. Ils s'arrêtent ensuite un moment à l'île de Colos, qui est probablement la petite ile située devant Gorighos en Cilicie, le Cruq dans Mélusine. Ils arrivent au cap Saint-André, c’est la pointe nord-est de lle de Chypre. Ils y prennent terre dans un petit port sous une montagne nommée la Montagne Noire. Sur la montagne il y a une abbaye et un fort.
Du cap Saint-André, les Poitevins se rendent, les uns par terre, les autres par mer à Limassol, le Limaçon des Français. Le port est sûr. Un hävre le précède. Un clos l'entoure, et l'entrée est flanquée de deux tours et fermée par une chaîne. De là, les chrétiens, suivant la route de terre, parviennent à Famagouste. C'est la capitale du royaume. Le roi y a son château et l'archevêque son siège.
Le vent pousse la flotte de Guion vers la côte du royaume de Petite Arménie. La maîtresse ville du royaume est le Cruq, avec un port défendu par un fort et par un «baïlet », c'est-à-dire par un rang de palissades fichées en terre. Pour aborder, les Poitevins entrent dans de petits vaisseaux. Arrivés à terre, ils montent à cheval et s'en vont vers la ville et le fort où le roi les attend et d'où sa fille Florie, aux fenêtres d'une haute tour, les suivra des yeux lorsqu'ils remonteront sur la mer et s'en iront « cinglant à pleines voiles tirant; et tant qu'elle put les voir, elle n'en partit ». Jean d'Arras ne donne du Cruq qu'une vue rapide mais ce qu'il dit s accorde avec la description de Guillaume de Machaut dans la Prise d'Alexandrie.
Les frères de Lusignan et les chevaliers de Rhodes attaquent les Sarrasins en Syrie. Urian, puis Geoftroy entrent en mer au port de Limassol. Quatre jours à peine se passent et Urian est en vue du port de Jaffa où les Sarrasins ont réuni leur flotte.
Après la destruction de leurs navires, les Sarrasins se retirent dans la prairie sous Damas. Ils invitent les chrétiens à venir les combattre. Une telle invitation ne se refuse pas. Chemin faisant, Geoffroy surprend Beyrouth. Les Sarrasins s’enfuient, les uns vers ia porte de Tripoli, les autres vers Damas. Geoffroy admire sa conquête, la ville forte à merveille, le château qui sied sur la mer, le bon port et le beau clos garni de grosses tours pour mettre la flotte. |
Les trèves de cent ans et un jour conclues avec les Sarrasins, les chrétiens vont à Jérusalem qui pour lors n'était pas encore relevée de la destruction que Vespasien, l'empereur de Rome, et Titus, son fils, avaient faite, lorsqu'ils vinrent venger la mort de Jésus-Christ après le crucifiement, et Vespasien donna trente juifs pour un denier en mémoire de ce qu'ils avaient acheté le précieux corps de Jésus-Christ pour trente deniers. Geoffroy demeure trois jours au Sépulcre en dévotion, ses frères, le maître de Rhodes et quantité de chrétiens y viennent aussi.