‹ Essai sur Mélusine, roman du XIVe siècleChapitre 80 sur 130 · Fol. 145, r°, > col · texte numérisé non relu

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sont accusés d’avoir pris part à la révolte de Claude de Sion et de ses deux frères contre Raimondin leur seigneur. Geoffroy vient de prendre Sion et de faire pendre les coupables. Il a maintenant devant lui les complices présumés qui cherchent à se disculper. « Faites-leur jurer sur les Saints Evangiles », lui disent ses conseillers, « que si nous eussions mis le siège devant Sion, ils eussent aidé Claude contre vous, et s'ils jurent que oui, ils sont vos ennemis, et s'ils jurent que non, vous ne devez leur en vouloir »*. En donnant cet avis, ils ne doutent pas que ces hommes observeront, au péril de leur vie, la religion du serment.

Aux divers traits que l’on vient de voir, on reconnait encore dans Mélusine la société du xin° siècle. Mais c'est peut-être une chose nouvelle que la bourgeoisie figure dans un roman de chevalerie. Les communes du Poitou mènent grand deuil à la mort du comte de Poitiers. Lorsque le roi Urian et la reine Hermine visitent leur royaume, les bourgeois des grosses villes viennent à leur rencontre hors des murs à grandes processions el grands sons d'instruments”. Quantité de bourgeois et de bourgeoises d'Aragon assistent aux obsèques de Raimondin*.

Jean d'Arras connaît les puissantes municipalités des marches du Rhin. La « communauté » de Luxembourg jure avec les barons et les nobles que, puisque leur damoiselle ne veut pas prendre le roi d'Alsace pour mari, on lui montrera qu'il a tort envers la pucelle et envers eux. Et tantôt on fait garnir les forts et le pays”.

Antoine et Renaud, allant en Bohëême, campent devant Aix-la-Chapelle. Les bourgeois leur font de très riches présents. Antoine leur offre ses services". Arrivés devant Cologne, où est le pont du Rhin, les frères de Lusignan se heurtent au refus des citoyens de les laisser passer. On

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négocie. Les bourgeois assemblent le conseil et les anciens. On finit par s'entendre. Le duc de Luxembourg loge dans la cité avec ses plus hauts barons. Il donne à souper aux dames et aux damoiselles de la ville, aux bourgeois et à piusieurs gentilshommes qui demeurent à Cologne. Le repas est suivi d’une fête. Au départ, il n'est dame ni damoiselle à qui le duc ne fasse remettre un beau joyau. Il en est fait autant à plusieurs bourgeois et spécialement aux gentilshommes.

En partant, le duc remercie les citoyens de l'honneur qu'ils lui ont fait. « Noble duc », répondent-ils tous d'une voix, « la cité et nous tous sommes à vos ordres plus qu'à nul autre seigneur que nous ayons pour voisin. Ne nous épargnez en aucune chose que nous puissions faire. Nous sommes tout prêts et maintenant et les autres fois. »

Le lendemain, le duc sortait de la messe et fuisait trompetter pour lever le camp. Déjà l'avant-garde et le bagage s'étaient mis en chemin lorsque vinrent quatre chevaliers de la cité. Ils étaient montés et armés comme saint Georges, hormis qu'ils n'avaient point le bassinet en tête. Une grande compagnie de gens d'armes les suivait.

Les chevaliers descendent devant le logis da duc. Ils saluent Antoine et lui disent : « Très puissant duc, la noble et bonne cité de Cologne se recommande en votre bonne grâce, et, cher sire, pour le grand honneur et la grande noblesse que ceux de la cité ont vus en vous, ils désirent être vos bons amis. Ils vous envoient quatre cents hommes d'armes et cent arbalétriers payés pour huit mois pour aller avec vous partout où il vous plaira. » — « Grand merci, beaux seigneurs », dit le duc. « II me souviendra de votre courtoisie en temps et lieu. » — « Sire », dit l'un des chevaliers, & il n'y a nul de nous quatre qui ne sache tous les chemins d'ici en Prusse, en Esclavonie, et en Cracovie. Si besoin est, nous vous guiderons par tous les défilés, passages et rivières. » — « Ceci

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n'empire pas notre affaire », répondit le duc. « Je n'y renonce pas quand il sera temps. » Et il retint les gens de Cologne pour étre de sa bannière.

Au retour de la guerre, les quatre chevaliers prennent les devants afin de préparer le passage du duc de Luxembourg à Cologne. Les grands bourgeois et les maîtres de la cité leur demandent des nouvelles de leur voyage. Les chevaliers disent la puissance des frères de Lusignan et comment Renaud est roi de Bohème. Ceux de Cologne se trouvent bien heureux d'avoir acquis l'amour de tels princes. Les notables vont à la rencontre d'Antoine, lui font fête et le prient de loger dans la ville. Antoine reçoit de nouveau à souper les dames, les bourgeois et les gentilshommes *. Les adieux sont tels qu'on les échange entre égaux et amis. |

La place que la bourgeoisie occupe dans le roman n'est pas grande. Mais la bourgeoisie s'y montre parée des mêmes qualités et sous des dehors aussi avantageux que la noblesse. Les grandes villes à cette époque étaient devenues membres de la féodalité.

L'esprit féodal et chevaleresque n'est pas non plus tout à fait le même que celui des siècles précédents. La simplicité, l'austérité, la rudesse d’autrelois s’eflacent devant l'exagération et le factice. On dirait du romantisme. Mais ne touche-t-on pas à l'époque du gothique flamboyant”? La noblesse se fait mondaine. Elle est raffinée dans ses sentiments, prétentieuse dans ses discours, recherchée dans ses façons.

Hauts seigneurs et grandes dames se passionnent pour la magnificence et les cérémonies somptueuses.

Aux noces de Mélusine, ce ne sont que merveilles et richesses. Nul de ceux qui les ont vues ne les saurait oublier. Mélusine recoit la comtesse de Poitiers dans un pavillon de drap battu d'or, garni de perles et de pierres précieuses. La comtesse est éblouie à la vue des joyaux

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