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Un homme noble doit étre désintéressé. Après la mort de son père, Geoffroy gouverne la terre de Lusignan de telle manière que pendant dix ans ses receveurs ne lui rendent aucun compte et il le voulait ainsi. Quand on lui disait : « Monseigneur, oyez vos comptes, vous saurez comment vous vivez. » — « Quels comptes voulez-vous me faire ouir », répondait-il, « quand vous et moi nous sommes tous aisés, que mes forteresses sont bien entretenues, toutes mes affaires en bon point, et que vous me baillez argent lorsque je vous en demande”? Pensez-vous que j'aie cure de faire une maison d'or? Celles de pierre que monseigneur mon père et madame ma mère m'ont laissées me suffisent bien »'.
« Soyez larges aux bons », dit Mélusine. « Si Dieu vous accorde du bien, faites-en part à vos compagnons »*. Les libéralités de ses fils sont aussi nombreuses que leurs victoires. Ce leur est un point d'honneur de ne retenir du butin que les choses qui leur sont nécessaires pour continuer la guerre. Remportent-ils une victoire navale. Ils donnent aux chevaliers de Rhodes les bois des navires pris à l'ennemi, mais ils gardent l'artillerie. Le roi d’Alsace est vaincu et prisonnier. Antoine lui dit : « Je vous quitte et délivre toutes les gens que nous et nos gens avons, et toutes vos tentes et pavillons, mais l'avoir qui est réparti entre mes compagnons, je ne pourrais vous le rendre. » Chacun se tient pour bien payé. Les hommes d'Urian après la bataille du cap Saint-André sont tous « rendus riches », ce dont ils le louent fort. Mais il ne reste pas à leur maitre la valeur d'un denier*.