SCALIGER, FULLEBORN, ET DE MM. BRANDIS, COUSIN, ET KARSTEN
Le nom de Parménide est assurément un des noms les plus célèbres dans l’histoire de la philosophie ancienne; et il est en même temps bien peu de philosophes dont la doctrine soit moins connue. Soit par hasard , soit à cause de l’obscurité qui enveloppa de bonne heure les anciens systèmes , et en particulier celui de Parménide, nous ne voyons pas que la critique moderne ait montré beaucoup d’empressement à diriger sur cette doctrine et ses recherches et l’érudition dont elle dispose.
PABMÉNIDE o’ÉLéE.
C’est au seizième siècle que les Fragments de Parménide virent le jour pour la première fois. Henri Estienne en publia * une partie dans sa Poesù philosophica. Scaliger, quelque temps auparavant," avait rècuélli avec soin des vers de Parménide et d’Empédocle; mais cette collection, qui aurait sans doute peu laissé à faire aux éditeurs modernes, n’a jamais été publiée; elle est restée enfouie dans la bibliothèque de Leyde parmi d’autres manuscrits de Scaliger. Près de deux siècles se passèrent ensuite avant que Fülleborn , qui avait mis au service de l’histoire de la philosophie ancienne une rare activité d’esprit que la mort devait si vite éteindre , donnât le premier une édition à peu près complète des Fragments de Parménide, sous ce titre : Fragmente des ParmenideSy gesammelt, übersetzt und erlaüteH^ , travail qu’il reproduisit dans ses Bejtrage zur Gescli. der Philos.
Une autre édition des Fragments de Parménide fut publiée sous ce titre : Empedoclis et Parmenidis fragmenta ex codice taurinensis bibliothecæ, .restituta et illustrata ah Amadeo Pejron. Sùnul agitur de gepuino grœco textu commentarii simpUcii in Aristotelem de cœlo et mundo. Lipsiæ , 1810 , inr8°.
iF,nl573.
2 Ziillichuii, 1795, in-8".
INTBODVCTION ET BIOGBAPRIE. , 3
Dans ce mémoire, Peyron annonce qu’il a découvert à la bibliothèque de Turin un manuscrit du commentaire de Simplicius sur le de Cœto, tellement supérieur aux autres, que cet ouvrage, d’inutile qu’il était, devient une source précieuse. Fülleborn s’était servi presque exclusivement du commentaire sur la Physique. Peyron , à l’aide du manuscrit de Turin , donna les corrections de vingtet-un vers de Parménide qui étaient cités dans le commentaire sur le de Cœlo.
Mais ce n’étaient là que les Fragments , et non la restitution du système de Parménide. Cette restitution fut tentée pour la première fois par M. Brandis, dans son mémoire intitulé : Comnienlationuni Eleaticarum, pars prima * . Dans cet ouvrage, l’illustre académicien de Berlin a réuni les textes qui nous restent de Xénophane , de Parménide et de Mélissus; il y a ajouté des notes perpétuelles où se retrouvent l’érudition abondante et l’exactitude philologique de l’éditeur de la Métaphysique d’Aristote , et il a couronné ce travail par une esquisse rapide de la doctrine de chacun de ces philosophes, qui composent avec Zenon toute l’école d’Élée. M. Brandis devait continuer cette première publication , et avait annoncé un second mémoire, sur le même sujet , qui
i Altonsp, 1813, in-12.
riBHÉHIDE d'ÉLÉB.
n’a point encore paru, et dans lequel sans doute il aurait donné les développements qui manquent au premier.
Après M. Brandis, M. Simon Kàrsten a publié* une édition aussi complète que possible des Fragments de Parménide. Sous le rapport philologique, M. Brandis avait peu laissé à glaner à son succeseur j et ce qu’il était possible de faire celui-ci l’a fait , en épurant d’une manière qui semble devoir rester définitive le texte des Fragments. A ce texte il a ajouté un commentaire très-considérable, où le sens de chaque mot est examiné et éclairci à l’aide de citations extrêmement nombreuses. Enfin, M. Karsten a voulu faire de ces Fragments autre chose qu’une lettre morte, en essayant une restitution de la doctrine philosophique, dont ils ne sont que les restes mutilés et comme la poussière. Mais dans cette dernière partie de son travail, le nouvel éditeur n’a pas été, à notre sens, aussi heureux que dans la première. Son interprétation de la pensée de Parménide semble souvent indécise, et après avoir commenté , presque toujours sans les éclaircir avec netteté , les points de la doctrine qu’il expose, il laisse son explication
i PhUosopliorum grœcorum vetcrum prtesertim qui ante Plaionem floruerunt Operum reliquiœ. I. Pars altéra, Pannenides. Ainstclodanu , 1835 , in-8°.
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s’embarrasser dans les détails , et ne cherche guère le fil conducteur qui pourrait rattacher les idées de Parménide les unes aux autres, et en montrer l’enchaînement. On dirait que M. Rarsten redoute de mettre tout-à-fait en lumière le vrai caractère de l’Eléatisme, dont la vigoureuse hardiesse l’étonne et l’effraie. En second lieu, dans les citations sur lesquelles il s’appuie, il semble placer sur la même ligne les auteurs de toutes les époques, et accorder la même confiance aux témoignages de ceux qui sont le moins connus , qu’aux assertions d’Aristote et de Platon. Enfin , si M. Rarsten est le premier qui ait cherché ce que devint l'Éléatisrae après Parménide , et quelles critiques en firent les philosophes postérieurs à Socrate, on regrette qu’il ait été sur ce point peu complet et peu satisfaisant. 11 faut toutefois rendre justice à la partie cosmologique que M. Rarsten a élucidée avec beaucoup de soin et de succès. Ce travail, quel que soit d’ailleurs son incontestable mérite, ne paraît donc pas suffire pour faire cqraplètement connaître la valeur et l’importance du système de Parménide.
Ce sont là les seules recherches spéciales dont Parménide ait été l’objet. Brucker * ne voit guère dans son système qu’une ébauche du Spinosisme.
crit. philos., tom. I, p. H60. I.ips. 1742. In-û*.
FiRMÉlUDE üYlÉE.
Tennemann etRitter ne s’en sont occupés que dans la proportion qui était permise aux auteurs d’une histoire générale de la philosophie. Or, pendant ' que les publications de MM. Brandis et Karsten , sur l’école d’Elée, épuisaient le côté philologique de ces recherches , les travaux de M. Cousin, sur Xénophane et Zénon ^ , avaient marqué le vrai caractère et révélé toute la portée de l’Éléatisme. J’ai donc cru qu’un essai de reconstruction de la ‘ doctrine de Parménide, en devenant plus facile, pouvait offrir encore quelque intérêt, et qu’il paraîtrait peut-être utile d’exposer et d’apprécier un système qui , au moment où le génie des arts et des conquêtes répandait ses splendeurs sur Athènes, attaqua en face la vieille école Ionienne, étonna le> vulgaire comme une audacieuse énigme jetée en ' défi aux croyances du sens commun , et dont les éléments, bientôt dispersés dans le choc des discussions , allèrent les uns se dissoudre et mourir dans les subtilités de la sophistique, les autres se transformer et se vivifier dans la dialectique platonicienne.
* Voy. les Fragm, de Philos, ancienne , 2® édit, in-8", 18A0, p. 1 et suir. •
INTRODTICTIOK ET SIOGRAPBIE.