‹ Essai sur Parménide d'EléeChapitre 2 sur 48 · LA WAISSANCE DE PARHENIDE; SON VOYAGE A ATHÈ- NES; SES DISCIPLES · texte numérisé non relu

LA WAISSANCE DE PARHENIDE; SON VOYAGE A ATHÈ- NES; SES DISCIPLES

Tous ceux qui ont parlé de Parménide s’accordent à dire qu’il naquit à Élée , dans la Grande- Grèce, d’une famille riche et honorée. Son père se nommait Pyrète*.

Mais la date de sa naissance a été souvent controversée. Les deux principales autontés sur lesquelles elle repose semblent se contredire; et les chronologistes ont cru devoir renverser, les uns le témoignage de Diogène par celui de Platon , les autres l’affirmation de Platon par celle de Diogène.

Au rapport de Diogène 2 , Parménide vers la olympiade, c’est-à-dire de 504 à 500 av, J.-C. ; et Diogène , historien médiocre des doctrines et des systèmes, est, en chronologie, une autorité véritable. Mais Diogène ne parle que du moment où Parménide commença d’acquérir une certaine renommée ; son témoignage , quant à la naissance même de ce philosophe , laisse donc une certaine place aux conjectures.

De son côté , Platon parle jusqu’à trois fois , dans

I liiog. Laër., IX, 21.

s IX , 23 , UxuaÇi x«T« TBv tvttTïiv *«( i;»)X 09 "njv Oivu!ri«5«.

rABMâniDE ü'ihiK.

ses dialogues , de l’époque de Pannénide. Le passage le plus considérable et le plus significatif se trouve au début du Parménide * . « Un jour, dit-il , » Zénon et Parménide arrivèrent à Athènes pour » les grandes Panathénées. Parménide, déjà vieux » et blanchi par les ans ( il avait près de soixante- » cinq ans ) , était beau encore et de l’aspect le plus » noble. Zénon approchait de la quarantaine : c’é- » tait un homme bien fait et d’une figure agréable. » Ils demeurèrent ensemble chez Pythodore , en » dehors des murs , dans le Céramique; et c’est là » que Socrate vint, suivi de beaucoup d’autres per- « sonnes, entendre lire les écrits de Zénon ; car » c’était la première fois que celui-ci et Parménide » les avaient apportés avec eux à Athènes. Socrate » était alors fort jeune. »

Les autres passages viennent fortifier celui-là. Dans le Théététe '^ , Platon fait dire à Socrate : « Parménide me paraît tout à la fois respectable et » redoutable; je l’ai fréquenté, moi fort jeune, lui » étant fort vieux. » Enfin , dans le Sophiste^, So-

r Trad. de M. Cousin, Xll, 5. — H. E. p. 127, a, b. Les pages de l’édition de Henri Estienne (Paris, 1578 ) que Je cite, sont indiquées en mai^e dans presque toutes les éditions postérieures, et notamment dans celle de M. Bekker.

tibid., XI, 164 — H. E. , p. 217, c.

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IirTBODVCTIOH BT BIOGRAPHIE.

crate demande à l’étranger d’Élée s’il a coutume de présenter et de développer lui-même ses arguments, ou bien s’il préfère la méthode des interrogations, « méthode , dit Socratç, dont j’ai vu » Parménide tirer les plus beaux discours du monde,

» à une époque où j’étais bien jeune encore , et lui > » très-avancé en âge. » Quelques pages plus loin * , il ajoute : « Or , voici , mon cher enfant , ce que le » grand Parménide nous enseignait jadis , quand » nous étions à ton âge , et au commencement et à » la fin de ses leçons en prose et en vers. » L’insistance que met Platon à revenir dans ces trois passages, sur les relations qui avaient existé entre son maître et Parménide, et surtout la précision avec laquelle il détermine l’âge de Parménide et l’âge de Zénon , lorsqu’ils rencontrèrent pour la première fois le jeune Socrate, tout prouve que ses assertions sont conformes à la vérité historique et ne sont pas de simples jeux d’imagination. Sans doute le grand artiste sacrifie souvent à ses données dramatiques les faits de la chronologie et de l’histoire. Mais il est impossible de lui supposer ici la même fantaisie , à moins d’admettre d’une manière absolue que, dans tous les écrits de Platon, il n’y a pas un seul renseignement auquel on puisse avoir confiance.

* Ihid., p. 222. — H. E., p. 237, a.

PARWI^-IDE D’iLÉE.

Or, si l’on compare le témoignage de Diogène et celui de Platon , il paraît difficile de les admettre tous les deux en même temps ; car les paroles de Diogène , en faisant remonter très-loin la naissance de Parménide, impliqueraient pour ce philosophe une rare longévité; puisque, suivant le récit de Platon , Parménide aurait vécu assez pour avoir pu discuter avec Socrate. En effet, Socrate naquit la quatrième année de la 77® olympiade, l’an 469 ou 470 av. J.-C. ; si donc on suppose Socrate âgé seulement de seize ans , lorsqu’il discutait avec Parménide âgé de soixante-cinq , la rencontre de ces deux philosophes se trouvera placée en 454 , et la naissance de Parménide soixante-cinq ans auparavant, c’est-à-dire en 519 av. J.-C.

Mais Diogène déclare que Parménide Jlorissatt dans la 69® olympiade, de 504 à 500 av. J.-C. ; et à cette époque, il n’aurait eu que seize ou dix-neuf ans : comment donc admettre une célébrité si précoce ? Et si l’on suppose que dans la 69® olympiade Parménide ait eu quarante ans ( c’est l’âge où , d’ordinaire , la réputation acquiert sa plénitude ) , on arrive à lui donner cent cinq ans lorequ’il rencontra Socrate , c’est-à-dire à le faire tellement vieux , que le récit de cette conversation philosophique n’est plus admissible.

Ajoutons enfin que la ville d’Élée ne fut fondée par une colonie de Phocéens que dans la 61®/ ^ > olympiade, tandis que Diogène affirme que Par-

I!«TODl!CTiO!l ET IIOCBAPHIE. If

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ménide Jlorissait dès la 69® ; et que si on fait naître Parménide trop tard , en supprimant le témoignage de Diogène , on rend impossible toute espèce de relations personnelles entre lui et Xénophane , dont il est regardé généralement coihme le disciple.

Comment donc concilier les deux témoignages de Platon et de Diogène qui semblent ici se contredire; ou bien faut- il rejeter l’iin en faveur de l’autre ?

Athénée* et Macrobe* prennent parti pour Diogène contre Platon. Mais l’un et l’autre se bornent à faire - remarquer que Parménide était tellement antérieur à Socrate, que l’enfance de Socrate apu se rencontrer à peine avec l’extrême vieillesse de Parménide, et qu’il est peu probable qu’ils aient disputé entre eux sur des questions très-délicates et très-subtiles de métaphysique. Or, cette observation d’ Athénée et de Macrobe prouve seulement que tous les dgus entendaient la phrase de Diogène dans le sens qui fait remonter la naissance de Parménide le plus loin possible, et qu’ainsi la difficulté qui nous arrête a été aperçue il y a longtemps. Mais comme ils n’énoncent ni l’un“, ni' l’antre, aucune autorité contraire, leur remarque

< XI, lis, éd. Schweig.

S Salurn. ,1,1. »

rAKMBHIDE D’élés.

n’ajoute rien au témoignage de Diogène et n’in> firme pas celui de Platon.

Les modernes ont cherché en général des interprétations favorables à Platon et voudraient ne tenir aucun compte du témoignage de Diogène.

Ainsi Scaliger* et Fülleborn* proposent de remplacer tixoaràv par (6dopiqxs<rr4y , ce qui donnerait la 79‘ au lieu de la 69* olympiade qu’indique Diogène. Mais ils n’ont pas vu que ce changement bouleverse toute la chronologie de Zénon , telle qu’elle se trouve établie dans Diogène; à moins d’admettre que le maître et le disciple fussent du même âge, ce qui est contraire au témoignage formel de Platon, que le changement proposé a cependant pour but de fortifier et d’éclaircir.

M. Cousin^ pense qu’il faut placer la naissance de Parménide entre la 61* et la 62* olympiade (de 535 à 531 av. J.-C.) Or, dans cette hypothèse, Parménide aurait atteint ses soixante-cinq ans non plus à l’époque de la jeunesse de Socrate, mais précisément à celle de sa naissance : ce qui ôterait tout fondement au récit de Platon.

1 Ap. Karsten, p. 6., n. 11.

* Beitr., VI, p. 12 ; voy. aussi la préface de Schleiermacher à sa traduction de Platon , et Heindorf ad Parmenid . , c. 2 , p. 190.

i y. \es Frag.de P kilos, ancienne, article Zénon, 2' édit. p. 85.

IHTBODVCTIOH ET BIOCIÀPBIE.

A son tour, le dernier éditeur des Fragments de Parménide, M. Karsten, présente ^ une solution qui ne détruit ni le témoignage de Diogène , ni celui de Platon. Il remarque que Diogène ne parle pas de la naissance de Parménide, mais seulement de l’époque où il Jlorissait', et que le mot qui

est dans Diogène, signifie la fleur de l’âge, la jeunesse , tout aussi bien que le moment de la célébrité. La phrase de Diogène, ainsi interprétée, ' nous apprendrait que Parménide était un adoles- I cent dans la 69“ olympiade , ce qui permettrait au maître de Zénon d’avoir pu, dans sa vieillesse, rencontrer Socrate fout jeune homme. Karsten en infère que Parménide fut connu de la 69“ à la 80“ olympiade, de 504 à 460 av. J.-C. ; de manière qti’il a pu vivre tout à la fois avec Xénophane , qui est de la 62“ olympiade (540), et avec Zénon, son disciple, que Diogène rapporte à la 79“ (464).

Mais il faut avouer que si la conclusion de Karsten ne détruit rien et concilie tout , en revanche elle ne précise nullement la date de la naissance de Parménide. Or, il nous semble que l’interprétation donnée par Kareten au mot de la phrase ^e Diogène , fournit les moyens de lever l’opposition apparente qui existe entre le texte de Diogène et celui de Platon. En effet, si une conversation a

FAkHÉHlOE d'ÉlÉE.

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eu lieu entre Socrate et Parménide, comme l’affirme le récit de Platon, Parménide a dû être fort jeune dans la 69® olympiade ; car on ne peut guère supposer vraisemblablement moins de seize ans à Socrate, lorsqu’il discutait avec Parménide. Ainsi, cette discussion aurait eu lieu , d’après notre hypothèse , J / en 454 av, J-C. ; la naissance de Parménide remonterait à l’an 519 ‘ ; et il aurait eu seize ou dixneuf ans dans la 69* olympiade, époque où il Jlorissait suivant Diogène. Mais pourquoi le mot w/tatc ne s’appliquerait-il pas à cet âge ; et pourquoi en restreindre la signification ? Pourquoi n’admettraiton même pas que Parménide aurait eu déjà ime certaine célébrité à l’âge de dix-neuf à vingt ans? Né d’une famille riche et puissante , dans une ville nouvellement fondée , et par conséquent peu considérable, serait-il impossible ou invraisemblable que ses facultés brillantes eussent été mises de bonne heure en relief, et qu’on eût parlé de lui , au moins parmi ses concitoyens, à un âge où les autres hommes sont encore dans l’obscurité ? Quant à ses relations avec Socrate , pourquoi celui-ci , qui dès son plus jeune âge était avide de s’instruire , n’aurait-il pu, rencontrant Parménide chargé de gloire et d’années, l’interroger sur son système? Sans doute , Platon , dans le Parnicnide , comme dans

1 Clinlon , Fastes hdlin., adopte aussi celte date.

IKTKODVCTIOK ET BIOCHAFHIE,

tous ses dialogues , va singulièrement au delà des discours qu’avait pu tenir le jeune Socrate. Mais dans ce que nous venons de supposer, il n’y a rien d'invraisemblable ni de contradictoire; et nous concilions de la sorte les deux seuls témoignages certains que nous ayons, pour établir la date de la naissance de Farménide. Enfin, et il importe de le noter, la chronologie de Farménide; telle que nous la présentons , s’accorde avec celle de Zénon , telle qu’elle résulte des témoignages de Platon et de Diogène. Car, d’après notre calcul, Zénon, auquel Platon donne vingt-cinq ans de moins qu’à . Paeméuide, serait né six olympiades plus tard que •lui,' c’est-à-<lire dans la 71® (495); et Diogène de Laërce * dit que Zénon fleurit dans la 79® , c’està-dire trente -deux ans plus tard, en 463. On voit donc qu’il n’est nullement nécessaire de supprimer ou de violenter les textes de Platon et de Diogène pour les concilier, et que la difficulté chronologique dont la naissance de Farménide a été l’objet , disparait à la condition de rendre au texte de Diogène toute l’étendue de sa signification.

Les détails de la vie de Farménide nous sont à peu près inconnus, comme il en est arrivé pour la plupart des philosophes grecs antérieurs à Socrate. Cependant quelques faits importants sont

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' pakménide d’élée.

parvenus jusqu’à nous. D’abord tous les écrivains déclarent * qu’il fut disciple de Xénophaue. Le seul Théophraste , dans son abrégé cité par Diogène*, le fait disciple d’Anaximandre : ce qui est impossible, attendu qu’Anaximaiidre mourut dans la 58^ olympiade, bien avant la naissance de Parménide. D’un autre côté , s’il faut en croire Diogène®, Parménide, quoique disciple de Xénophane , ne se serait pas lié avec lui , mais aurait donné sa confiance et son amitié à deux Pythagoriciens, Aminias et Dioclietès. Sotion, cité aussi par Diogène, dit que Parménide vécut avec Aminias, et qu’après la mort de Diochetès, il lui érigea un monument. Cette liaison de Parménide avec deux Pythagoriciens est importante à constater, surtout si on la rapproche des expressions de quelques écrivains très-postérieurs il est vrai , tels que Strabon *, qui vont jusqu’à donner le titre de Pythagoriciens à Parménide et à Zénon. L’influence des Pythagoriciens semble même avoir été assez puissante sur Parménide; car la richesse et l’illustration de sa famille lui auraient permis de

1 Diog. Laërt. , IX, 21; Arist , Met., I, 5;-cf. Eusèbe, Prœp. ev. I. p. 23 c ; Simplicius , in Phys. 1 , 2.

* Loc. cit.

5 Ibid.

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