‹ Essai sur quelques autoplastiesChapitre 4 sur 5 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Comme nous avons examiné des opérations nécessitées par les mêmes affections r le même traitement doit s’appliquer aussi à ces mêmes opérations, puisque les accidents varient peu.

Avant toute tentative , l’opérateur doit s’être convaincu qu’aucun traitement ne peut guérir ou améliorer l’affection. Dès qu’une opération est nécessaire , l’économie entière doit être soumise à l’observation du chirurgien, pour y chercher si quelque organe essentiel ne s’y opposerait par son état morbide. Il faut voir si le système glandulaire est sain , et combattre , avant tout , la source de l’altération ; car si elle est due à une affection scrofuleuse, vénérienne, dartreuse, il est hors de doute qu’il ne convienne de modifier la constitution par les moyens appropriés. Cela est évident quand

on voit la réunion s’opérer avec tant de promptitude, lorsqu’on a restauré soit à cause d’une lésion traumatique, soit à cause d’une terminaison gangréneuse. Les tissus sont sains, la pureté du sang est parfaite, la lymphe plastique n’a pas à craindre l’inocuité d’un virus destructeur.

Si l’on opère en prenant le lambeau sur la joue, il faut faire la dissection de manière à ne pas intéresser la canal de sténon , car il s’ensuivrait une fistule salivaire , inconvénient bien désagréable.

Le lambeau doit être plus étendu que la déperdition de substance ne l’exige , car la cicatrisation opère toujours une rétraction dans les tissus. Cette nécessité a lieu surtout pour le lambeau de la lèvre. S’il est juste, il arrive qu’il se retire au moment où tous les points de la surface se modifient , pour se mettre en harmonie avec la nouvelle partie qu’il va couvrir ; et lorsqu’on croit avoir tout fait, on voit la lèvre ne point se tenir en contact avec la supérieure , et laisser les dents à nu.

Il faut avoir soin de percer légèrement la muqueuse et le tissu spongieux qui la garnit ; en sorte que s’il se fait un épanchement entre la muqueuse et le lambeau , il se trouve une voie de transmission vers le rebord alvéolaire. Une pression ménagée suffit pour porter en dehors la matière épanchée qui, en séjournant , deviendrait funeste à la réunion.

Le parallélisme doit être gardé, autrement il arriverait que le lambeau formerait des godets.

Quand le lambeau est placé , qu’il est situé par des points de suture , on place quelques bandelettes agglutinatives , pour aider la suture et diminuer l’effet des tiraillements , s’il y en avait. La suture entortillée me paraît la plus avantageuse : elle nivelle mieux les bords ; elle oppose une plus forte résistance. Cependant comme la mortification des deux angles supérieurs est trop souvent due aux tractions ou aux mouvemens d’un opéré peu docile, on doit préférer la suture entrecoupée; sa résistance, moins forte, expose peu à ce danger. On met dessus un léger plumasseau , qu’on maintient à l’aide d’un bandage contentif. 11 faut ensuite faire prendre au malade une position qui mette les muscles dans le relâchement et rapproche le lambeau de son pédicule. Assis sur son lit, il doit avoir la tête inclinée sur la poitrine; et pour lui faire garder une immobilité fatigante , on lui soutiendra les reins à l’aide d'un pupitre garni de coussins. S’il s’agit delà restauration d’un côté du nez , la tête devra être inclinée de ce même côté. Si le malade exécutait des mouvements contraires, on perdrait le fruit qu’on attendait de la suture : les points déchireraient le lambeau. Un bandage tiendra la tête dans la position convenable. Cependant il faudra prendregarde quelle ne favorise une congestion du côté de la tête.

Après une opération pareille, longue et minutieuse, il y a toujours plus ou moins de douleur.

Comme dans toutes les opérations, elle doit fixer l’attention du chirurgien , car elle donne lieu à tous les accidents qui surviennent. Il convient de distinguer celle qui vient après l’opération de celle qui est l'effet de la réaction : la première est la mère de 1’iuflammation ; la seconde en est la fille. Si dans l’une on doit employer les antiphlogistiques, dans l’autre on doit donner des antispasmodiques. Il est donc rationnel de donner à l’opéré une potion avec quelques gouttes de laudanum. Puis, quand la réaction s’opère, que le pouls se relève , que la température du corps est plus haute, que la face se colore , alors il faut saigner largement. Si la fluxion locale est vive, et qu’ou soit forcé de faire une application de sangsues, ce doit être lin peu loin , car rien ne provoque plus l’érysipèle que la piqûre des sangsues. La face n’y est déjà que trop exposée.

Dans le commencement, on pourrait mettre en usage les applications froides , mais elles doivent être constantes et prolongées jusqu’à ce qu’il n’y ait plus à craindre. La diète doit être absolue: quelques bouillons et quelques tisanes doivent faire son alimentation et sa boisson. On donnera quelques lavemens , quelques bains de pieds simples. S’il se forme un abcès derrière le lambeau , on donne issue au pus au moyen d’une petite incision, et on exerce ensuite une légère compression. Ce que demande l’opérateur , c’est la réunion immédiate;

mais s’il n’a pas soin de lier les plus petits vaisseaux, un épanchement se fera en dedans du lambeau, qui agira comme corps étranger et empêchera cette adhésion. Les vaisseaux capillaires artériels acquièrent un plus grand calibre lorsqu’ils se trouvent dans une lésion pathologique. Il devient nécessaire d’aller à leur recherche pour en faire la ligature; et dès lors il est nécessaire de détacher le lambeau, inconvénient qui n’est pas sans danger. Il est donc important, le précepte que nous donne le professeur Serre dans ses cliniques , de lier les plus petits vaisseaux.

Le malade doit garder le silence et une immobilité parfaite jusqu’à une coaptation forte qui ne se fait pas long-temps attendre , se garantir de l’air frais , afin d’éviter le moindre catarrhe. S’il tousse, s’il éternue, toutes ces secousses peuvent occasionner des ébranlements qui nuiraient à l’adhésion s’ils n’opéraient pas la déchirure des bords où sont placées les aiguilles. Il peut arriver bien d’autres complications malheureuses pour la réussite : il est urgent alors de les combattre , afin d’éloiguer cette cause qui nous ferait perdre le fruit de l’opération.

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