L'ESPACE ET LE TEMPS ABSOLUS
avance, ou si c'est l’autre qui retarde. Mais la Relativité restreinte et la Relativité générale m'apprennent que jamais le mouvement ne fait avancer une horloge. Je sais done, d’après l’amplitude du retard, la valeur du mouvement. absolu. La théorie de la Relativité joue iei le rôle des hypothèses physiques, qui seules, dans la théorie classique, nous permettent d'interpréter le mouvement relatif comme absolu; si je vois deux masses, l’une énorme, l’autre minuscule, prendre un mouvement accéléré relatif, je dirai qu'il y à un mouvement absolu de la petite vers la grosse, et non inversement, parce que jadmets la loi de Newton et les équations de la mécanique.
Aïnsi l’espace absolu nous apparaît non plus comme un réquisit général, un thème de pensée et de figuration, mais comme une donnée géométrique. La chose est un peu étrange, car, dans ces conditions, si la Relativité générale respecte l’esprit quadridimensionnel, tensoriel, variationnel, de la Relativité restreinte, eile nous mène à en rejeter radicalement l’interprétation dogmatique, en lui fournissant un cas limite qui paraît décisif, elle nous amène à rétablir l’espace et le temps absolus, et par là même à considérer que la contraction de Lorentz, le ralentissement des horloges sont choses réelles, et à mettre au premier plan les équations de Maxwell et leur invariance.
Mais il faut avouer qu’une certaine incertitude demeure qui $’accorde avec notre répugnance à l’égard du mouvement absolu. En effet, l’expérience seule pourrait nous dire si les horloges se comportent comme il est prévu, ou plutôt entrevu. Mais de telles épreuves sont purement théoriques et hors de toute détermination physique. Ne suffit-il pas, cependant, de les imaginer pour tirer des conclusions rigoureuses! Il ne le semble pas; en effet, elles supposent des éléments encore complexes, qui laissent toujours une échappatoire. Dans l’exemple cité, nous supposons un système immobile dans le champ de gravitation, il n’est donc pas libre, puisqu'il ne tombe pas; c’est donc que s'exerce sur lui une force de liaison, dont le mécanisme et les effets géométriques sont inconnus. Normalement, il ne nous viendrait pas à l’esprit que la présence d’une force pût altérer l’espace et le temps, mais, si nous admettons qu’il en est ainsi pour la gravitation, l'hypothèse cesse d’être absurde dans le cas général. I] se peut en particulier que la force de liaison ajoute à l’action déforïmante du champ une action exactement équivalente à celle de la Relativité restreinte pour le mobile tournant.
Il y a bien un cas où les forces de liaisons peuvent être éliminées c’est celui où les deux systèmes se déplacent en sens inverse, avec des vitesses opposées. Mais, par raison de symétrie, les retards des horloges doivent être égaux à chaque croisement.
Cette hypothèse peut s'appliquer au cas du disque tournant, En effet, les points du disque mobile doivent être maintenus par une force de cohésion, qui se manifeste comme force centripète, et qui peut agir géométriquement. En valeur absolue, les résultats de ceite hypothèse s’accordent parfaitement avec la contraction de relativité restreinte, si l’on
C2 c’est le signe qui est ambigu. Nous retrouvons exactement les mêmes difficultés que rencontrent ceux qui veulent rattacher le ds? de Schwarzschild à la force de Newton par l’intermédiaire de la Relativité restreinte,
suppose un coefficient d’altération de type \/: —29 Malheureusement,
Que conclure de tout ceci? D’abord que la théorie de la Relativité générale ne se suffit pas à elle-même, qu’elle ne forme pas un tout achevé; ensuite qu’elle semble, en gros, incliner vers un retour à l’espace et au temps absolus et universels (non euclidiens). La possibilité de caractériser des accélérations, voire des mouvements, par leurs conséquences géométriques absolues paraît correspondre à l’existence d’une sorte de milieu spatio-temporel, capable d'informer le divers physique en dehors de tout mécanisme représentable.
6. — Que nous enseigne, que nous suggère la Relativité générale touchant la substance de l’espace et du temps?
Nous avons déjà dit ce qu’il fallait penser de la nature riemannienne de l’espace-temps. Il est possible que Dieu voie clairement la parenté de l’espace et du temps, et leur courbure, mais pour nous, rivés avec toute notre raison à notre nature d'hommes, si nous voulons penser autre chose que des nombres sous les noms d’espace et de temps, nous devons renoncer à leur trouver une essence commune, nous ne pouvons leur attribuer une structure non euclidienne que sous la forme cayléenne d’une altération des repères matériels locaux, qui en est l’effet, Nous nous demanderons maintenant ce que deviennent ici les notions de temps et d’espace absolus, entendant par ces mots, au sens que nous avons déjà dit : s’il est possible de déterminer des coordonnées par rapport auxquelles les lois de la nature prennent une forme privilégiée, elles sont nommées absolues et il est naturel de supposer que leur existence révèle celle d’un milieu immobile et sous-Jacent à tous les événements, leur donnant un lieu et une date.
Il n’est pas douteux que le langage par lequel nous attribuons à l’espace et au temps une sorte d’action directrice sur les phénomènes nous inceline à leur conférer une sorte de réalité substantielle. La chose est d’ailleurs toute naturelle : l’espace-temps einsteinien hérite des propriétés anciennes du milieu électromagnétique (étudié longuement sous le nom d’éther) et du milieu gravifique (dont l’étude parallèle s'impose à partir du moment où l’on admet des ondes de gravitation), c’est une sorte de conducteur, de support mal défini dont tout ce que l’on peut affirmer, c’est qu’il existe et qu’il est immobile. Ce sont précisément les propriétés de l’espace absolu.
$S 2. — La valeur rationnelle de la théorie.