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L'action physiologique de ces eaux, tout en présentant les caractères d’excitation communes à toutes les eaux chlorurées sodiques, varie cependant avec leur composition chimique. 11 en résulte une action et des effets thérapeutiques variables, mais pour les Arabes les eaux ne paraissent guère avoir de spécialisation. Dans tous leurs établissements en effet on retrouve les mêmes procédés de cure qu’ils appliquent sans aucun discernement dans n'importe quelle maladie, d
On trouve peu de choses dans la littérature médicale des Arabes au sujet des eaux minérales et thermales, si ce n’est un ouvrage datant de 17953, très estimé encore aujourd'hui, du au savantissime Mohammed ben Hassin Beïram, tunisien (que la miséricorde divine soit sur lui) d’après les enseigne-
. ments de Joseph Guir médecin chrétien ayant exercé plus de quarante ans à Tunis et converti au.
‘Judaisme.
Il comporte cinq chapitres précédés d’une dédicace au Bey et à la « gloire de celui qui a fait jaillir les sources de la sagesse des cœurs des montagnes de science éminente », et d'un avant-propos « relatif à l'entrée aux bains en général » pris aux ouvrages des médecins de l’Islam.
Les cinq chapitres se répartissent ainsi :
Chapitre premier : Les établissements thermaux, et désignation de ceux qui ont inventé l'usage de la consommation des eaux minérales.
. Chapitre déuxième : Sur les minéraux que tra- A, Chérouiier 5
LAB" versent les eaux et sur la cause de leur thermalité.
Chapitre troisième : Au sujet de Korhous spécialement, et des éléments que traversent ces eaux.
Chapitre quatrième : Bienfaits et inconvénients de ces eaux en boisson et en bains.
Chapitre cinquième : Mode d’emploi de ces eaux, en boissons et en bains.
Les deux derniers chapitres sont les plus intéressants. | L Le quatrième traite des indications et dénote chez Joseph Guir un don d'observation clinique certain et une intuition parfois extraordinaire pour l'époque où il exerçait et où il enseignait.
Nous citerons quelques extraits du chapitre V qui fixe la technique de la cure telle qu’elle était praliquée au xviu-siècle par les Tunisiens.
«Avant de se rendre aux bains on commence d’abord par se faire pratiquer une saignée qui est” plus indiquée aux sanguins et aux pituiteux qu'aux auires tempéraments.
Le but de cette saignée est de faciliter la cireulation du sang, activée par l'ingestion de l’eau minérale, jusqu'aux régions obstruées et les parties les plus profondes du corps.
Deux ou trois jours après la saignée on doit prendre une purge légère composée par exemple de deux onces de manne, d’un dirrham de rhubarbe mélangés dans six onces d’eau pure ou d’eau de fleur d'oranger, ou bien la moitié d’une once de séné
OT dépourvu de ses tiges et un demi dirrham de sal: pêtre.
Après la saignée et la purgé précitées on se rend alors aux thermes.
La quantité d’eau qu’on doit boire ne peut être déterminée car elle dépend du tempérament de chacun.
Ainsi le fort boit beaucoup plus que le faible, et cerlaines maladies demandent un temps assez long pour être guéries, tandis que d’autres ne demandent qu'un temps relativement court. Voici toutefois des indications sur la quantité d’eau approximative, à prendre.
On commence d’abord par boire deux livres d’eau le matin à jeun et on ne mange que cinq heures après environ. On prend cette eau en quatre prises d’une demi-livre chacune et le tout dans une demi-heure ou une heure. Le deuxième jour. on boit trois livres de. la même manière. Le troisième jour on absorbe quatre livres, ét le quatrième jour cinq livres, qui représentent la quantité la plus grande qu’on puisse absorbér.. Et on continue à prendre cetle même quantité pendant les trois jours suivants qui forment le complément de la semaine, ainsi, le nombre de jours pendant lesquels on boit cinq livres chaque jour est dé quatre.
Après cette semaine on 8e repose deux jours, et si l’on peut préndre des bains pendant ces deux Jours on le fait, sinon on s’en dispense. Ceux auxquels convient l'emploi des bains sont ceux quisont atteints,
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d'hémiplégie, de faiblesse des nerfs, d’abcès apparent, d’incontinence d'urine, de dilatation d'estomac, de ptose utérine et de stérilité, ainsi que ceux qui
ont des douleurs dans l’épine dorsate.
Ensuite on recommence l’ingestion des eaux pendant une deuxième semaine suivant les indications précitées. Puis on prend des bains pendant deux jours ou bien on se repose ainsi qu'il a été dit.
Dans la troisième semaine on boit le premier jour quatre livres,le deuxième jour trois livres, et le reste de la semaine qui est cinq jours, on boit deux livres chaque jour. Après cette semaine quand bien même il le désirerait le malade ne doit pas prendre de bains.
« Chaque prise d’eau et le repas qui suit doivent être espacés de cinq heures.
« Au point de vue de l’alimentation, le régime à suivre pendant les jours où on boit l’eau de ces sources est le suivant : On ne doit pas trop se rassasier eton doit éviter de manger les mets trop salés, le fromage, la viande et le poisson conservés, ou les féculents tels que les pois chiches, haricots, lentilles, fèves et tout ce qui produit la ventosité dé l'estomac : les mets acides, les sauces au vinaigre, le lait caillé et tout autre aliment produisant l’eau de fromage ie lée miss (petit lait).
«On doit se préserver du vent froid et ne pas dor-
mir après l'absorption de l’eau de la source ni après être sorti du bain, ni après avoir mangé.
«Après avoir bu l’eau il faut éxécuter des mouvements susceptibles de favoriser l’action purgative, éviter la colère, les inquiétudes, et l’irritation.
« Sachez que la plus grande utilité de ces eaux réside dans les gaz qu’elle renferme. C’est pour cela qu’on doit les prendre chaudes et qu’on ne doit pas les transporter à un autre endroit, fût-ce dans un récipient hermétiquement clos.
« Le moment le plus favorable pour prendre un bain est une heure après le lever du soleil. On ne doit y entrer ni à jeun ni rassasié, ou bien on y pénètre le soir cinq heures après avoir déjeuné. Si la température de l’eau est moyenne on y reste une heure, si au contraire elle est chaude on y reste une demi-heure.
« Employées suivant la méthode précitée qui a réuni les suffrages de tous les médecins modernes,ces eaux constituent un remède efficace contre les maladies chroniques, qui ne peut être remplacé par. aucun autre médicament. On doit alors rendre grâce à Dieu des bienfaits précieux qu'on en tire. »
Telle était la théorie et la technique hydropathique de Joseph Guir, Nous verrons comment la tradition les a déformées et ce qu’elle en a retenu.
Il y a néanmoins plus de deux siècles que les Arabes font usage des eaux thermales. Mais alors que
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les Romains s’en servaient tant pour leurs soins d'hygiène (et avec quel raffinement) que pour le traitement des maladies, ces derniers ne mettent à pro: fit que les seules vertus thérapeutiques. Ils ont d’ailleurs une tendance, excusable vu leur ignorance profonde, à s’en servir dans tous les cas où Îles les moyens ordinaires et simplistes de leur arsenal médicamenteux ont échoué. Le côté hygiène et propreté corporelles est d'emblée écarté.
En général l’Arabe a coutume de se rendre aux eaux en famille. Son installation sommaire lui permet d’emporter avec lui son mobilier. [l trouve toujours sur place des locaux suffisants pour s’abriter lui et les siens, quitte à s’entasset tous dans le même réduit si besoin en est. N'oublions pa que nous avons affaire, en général, à des gens pauvres, absolument ignorants du confort le plus élémentaire etle plus souvent nomades. |
Avant de commencer le traitement on fait un sa-
crifice, et on adresse des prières et des dons au marabout de l'endroit. Les offrandes varient avec la fortune du malade, depuis l’humble petite bougie jusqu'au bœuf qu’on immolera.
Partout le traitement est le même avec quelques variantes préconisées par le marabout, ou des vieillards du lieu, réputés guérisseurs. Le genre d’affection importe peu. Les bains, l’ingestion de l’eau, la prise de medbach, la feront disparaître.
Ce qui a fait la grande vogue de certaines stations, ce sont les résultats réellement bons qu’en
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ont obtenu certains malades qui les avaient fréquentées à bon escient, sans pour cela qu'ii y ait eu le . moindre raisonnement de leur part. Les guérisons multiples se sont répandues de bled en bled, proclamant l’heureuse efficacité du traitement thermal. Une foule de gens est accourue pour soulager sa misère, Dans le nombre, beaucoup s’en sont retournés plus gravement atteints qu'ils ne l'étaient, mais conservant quand même une foi inébranlable dans, le traitement. D’autres sont morts sur piace dont les : organes ne pouvaient subir sans défaillance la dure épreuve de l’étuve ou du bain chaud. Mektoub ; leur âme tranquille repose à côté du tombeau du marabout qui veille sur le village, et pour certains le voyage n'avait pas d’autre but.
D'autres enfin justifiables de la cure sont partis guéris ou très améliorés. Parmi eux se trouvent les lymphatiques, les atones, les rhumatisants, et surtout les syphilitiques. D'ailleurs, comme l’a écrit le Dr Gobert, il semble permis de penser que les Arabes peuvent tirer bénéfice des cures thermales dans la plupart de leurs affections (principalement à Korbous) si l’on tient compte de leur tempérament collectif.
« L’Arabe est peu muselé, ses tissus sont lâches, sa sangle abdominale insuffisante. [a hernie, et surtout la hernie épigastrique, est d’une fréquence extraordinaire chez les mâles, et pour ainsi dire constante chez les femmes nomades.
« La position de l'attente chez l’Arabe est la position accroupie. La station debout ou assise lui est
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pénible, et il ne la garde que contraint. Dès que sa marche est interrompue, il s’affaisse. Ses sécrétions sont pauvres et ses organes paresseux. Son estomac réclame l'excitation bi-journalière du piment et d’assaisonnements insupporlables pour nous. Ses
selles sont souvent peu colorées et semblent traduire
une manière d'insuffisance hépatique qui pourrait bien expliquer encore, comme je l’ai déjà suggéré, la pratique fréquente de la géophagie. Il est possible - qu'il y ait une relation entre leur alimentation très végétale, le grand rôle qu'y joue l'huile, et leur atonie gastrique et intestinale.
« Les hyperplasies (sauf celles du tissu conjonctif), l'obésité, le cancer sont moins répandus chez les Arabes que chez les Européens. Même riche, l’Arabe ne connaît pas cette surabondance de vie, cette richesse du sang, des sécrétions et des appétits, la pléthore qui est si commune parmi nous. Ce sont des voies différentes qui le mènent à la sclérose artério-rénale (intoxications digestives, syphilis). Son obésité quand elle existe n’est pas floride.
«Il est souvent pâle, il est souvent lent, il craint l'effort, il refuse de prévoir et s’en remet à Dieu. Son mépris est plus puissant que sa haine. S'il a su se révolter et se battre généreusement, sa grande arme et son arme préférée est restée l’inertie, l’attente et le retrait sur soi.
& L’Islam n’exige aucun renoncement, il n’apporte aucun idéal surhumain, ni l'obligation chré-
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tienne de se surpasser soi-même. Le musulman ignore et redoute la lutte intérieure, il aspire à la paix. Les pratiques de son mysticisme poursuivent la destruction du vouloir et l'anéantissement divin. |
€ Il semble donc que les Arabes aient une grande propension à la vie passive. {e sont des atones. Le therme d’asthénique ne leur convient pas, qui sousentend toujours une certaine instabilité.
«Leur pathologie conjonctive se distingue par des réactions exubérantes et spéciales : éléplantiasis, flegmon ligneux.
« Par contre l’immunité relative du tissu le plus noble, de celui qui commande toutes les fonctions de relation et de cérébration, du tissu nerveux, a été notée par l’unanimité des observateurs.
« Le tabes et la paralysie générale sont des raretés exceptionnelles ches les Arabes. Il est très logique de chercher un rapport étroitentre l’atténuation de leur dynamisme nerveux et ce fait si caractérisé, et si
caractéristique.
« En bloc il semble permis de dire que ce qui distingue l’Arabe et constitue le fond de son tempérament c’est une certaine hypotonie intéressant à peu
près tous les compartiments de l'être. »
Ainsi peut s'expliquer la grande faveur dans
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laquelle sont tenues les sources thermo- minérales, auprès des indigènes de la Tunisie. Nous allons
maintenant passer en revue quelques-unes de leurs stations.
KORBOUS
Cette station thermale semble avoir été fondée par Jules César sous le nom d’Aquae Carpitanae.
Ses eaux ont toujours été en faveur auprès des Romains et des Carthaginois et les indigènes de Tunisie paraissent connaître et utiliser ses utiles vertus thérapeutiques depuis fort longtemps.
D’aucuns même prétendent que ce fut un Arabe, Sidi Amara venu de la région de Herkla Maouine qui, il y a deux cent cinquante ans fonda Korbous.
Son rôle pourtant a été plus modeste, se bornant à réparer et à utiliser les piscines romaines, mais il a donné un regain de vitalité à une station qui avait été un peu délaissée au cours des siècles.
Plus tard, au début du xrx°, Mohammed Lasram, aurait entrepris les constructions de cabines voutées. En réalité les piscines et les étuves aujourd’hui utilisées par les Arabes sont d’origine antique et nous paraissent pauvres et rudimentaires auprès des thermes somptueux qui devaient exister sous la domination romaine, et dont les ruines désagrégées par le temps et les hommes ont servi à édifier le village d'aujourd'hui.