‹ Essai sur quelques modes de thérapeutique d'un usage courant chez les indigènes de TunisieChapitre 23 sur 27 · LAS · texte numérisé non relu

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affluer et surtout n’aient songé un seul instant qu'il fût mort.

Pour les ablutions et les bains locaux les arabes ont toujours donné la préférence à Ain Sbia (source de la vierge).

Une légende locale explique la vénération dont elle est entourée et le nom qu'elle porte.

« Une jeune vierge était venue de fort loin pour soigner à Korbous une affection cutanée. Elle dési: rait dès le jour de son arrivée prendre un bain. Mais les dix cabines de l'Etablissement se trouvaient occupées chacune par un saint du paradis musulman. La pauvre vierge altendait vainement l’otca-

sion de se baigner. Elle ne pouvait se présenter à la porte d'aucune cabine ni démander qu'on lui fit place; elle savait combien les Saints musulmans sont sujet à caution. Elle s’en vint donc, désespérée, pleurer au bord dela mer invoquant Alah et lui demandant comment il pouvait se faire qu’une pauvre fille ne pût trouver où se baigner à Korbous.

& À l'endroit même où ses pleurs étaient tombés, jaillit une source, Elle put sé baigner ét guérit.»

Elle aurait été de nombreuses annéés plus tard ensevélie près dela fontaine miraculeuse qui depuis s'est appelée Ain Sbia : la source de la vierge.

Après son captage un bassin à été aménagé pour recevoir son effluent. L'eau de cette fontaine est copieusément utilisée intus et extra par les indigènes. Toutes les affections les plus diverses sont soumises: à son action, aussi peut-on voir à toute heure de la

journée des malades avoir recours à ses bons offices.

Ils lui dédient à titre d’ex:voto, de grands drapeaux de soie multicolore dont ils attachent la hampe aux balustrades et. qui flottent au vent de la mer,

Une tradition, qui elle aussi est aujourd’hui périmée, exige du malade au cours ou à la fin de son traitement un pèlerinage au tombeau deSidi Achour; Celui-ci est situé à mi-hauteur de la montagne. On y accède par un sentier extrêmement raide et rocheux. Le tombeau est entouré de petites pyramides de pierre, ex-votos des malades reconnaissants.

Nous venons de voir rapidement les façons dont les Arabes comprennent la cure d’eau minérale à Korbous. Il est bien entendu que nous avons voulu décrire les procédés employés par la clientèle indigène pauvre et primitive. Celle-ci est toujours restée très fidèle à Korbous. Cependant depuis l’essor considérable qu’a pris cette station où se rencontrent en grand nombre les éléments français, italiens, juifs et étrangers, il semble qu'elle la délaisse un peu pour se porter dans d’autres endroits moins fréquentés,où, à l’abri des regards indiscrets, et loin du mouvement de la vie moderne elle peut se livrer sans crainte aux pratiques qu'elle juge nécessaire,

En effet à côté du modeste établissement de bains dont elle a l’usage, existe un établissement thermal français très fréquenté et fort bien aménagé dans l’ancien palais d’Ahmed Bey.

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Un médecin y réside qui dirige la station. Les baigneurs européens sont nombreux pendant l'hiver, et beaucoup d’Arabes instruits viennent chercher à l'établissement de la compagnie des eaux thermales et du domaine de Korbous, le soulagement qu’elles devront apporter à leur maladie.

HAMMAM-LIF

Cette station est à peu près aussi ancienne que Korbous mais n’en a pas toujours connu la même prospérité. Elle est située au fond du golfe de Tunis à 15 kilomètres de celte ville au pied de la montagne Djehel Bou-Kornine (la montagne aux deux cornes) d’une altitude de 589 mètres. C’est dans deux des anfractuosités de cette montagne et à 8 mètres au-dessus du niveau de la mer qu’émergent les eaux thermales d’'Hammam-Lif.

Des couches de grès calcaires forment les assises de la montagne dans le voisinage des sources. Cellesci sourdent de poudingues (qua‘ernaires anciens) reposant eux-mêmes sur un système de calcaire siliceux, et de marnes néo-comiennes schistifères et fortement teintées, appartenant au crétacé inférieur.

De nombreuses ruines éparses dans le voisinage des sources thermales et sur les flancs du Bou-Kornine attestent qu'Hammam-Lif a été habité pendant l'occupation romaine. Peut-être faut-il y voir là l’emplacement de l’ancienne Maxula.

Un manuscrit de 1306 nous atteste l’ancienneté de la connaissance des vertus thérapeutiques de ces

eaux,

DT

Le cheikh el Tidjani savant jurisconsulte qui servait en qualité de secrétaire auprès du sultan Hafside Abou Yahia Zakaria el Lebiani a fait une description géographique et historique des états de son maître, et s'exprime ainsi sur les eaux d'Hammam-Lif.

« Ces eaux sont d’un degré de chaleur extrême, et elles sont renommées pour les maladies graves. Ceux qui en sont atteints viennent en toute confiance s’y baigner. Avant l'époque où nous écrivons l'accès de ces bains était interdit par la construction d'un mur qui les entourait de loute part. Plus tard ils furent accessibles à tous. Cette construction formant autrefois l'enceinte dont il vient d’être parlé existe encore aujourd'hui (1)».

Les eaux d'Hammanm-Lif appartiennent au groupe des eaux chlorurées sodiques fortes. Elles cffrent deux éléments thérapeutiques, leur minéralisation et leur température. Elles sont claires, limpides, ne donnant aucune odeur, laissant déposer parfois et en assez grandes quantité une matière brun foncé. Leur saveur est franchement et fortement salée, Abandonnées à l'air elles se recouvrent bientôt d’une couche blanchâtre due aux affinités et combinaison de l’ HR phosphorique.

Conservées en vase clos, où abandonnées à l’air libre, ces eaux minérales donnènt une odeur nauséabonde rappelant l'hydrogène sulfuré.

1. Voyage du Cheikh el Tidjani. Traduit de l'arabe par Alphonse Paisseau. Paris, Imprimerie Nationale, 1853.

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Les eaux d'Hammam-Lif proviennent de deux sources : Ain el Bey et Ain el Ain el Ariane.

Ain el Bey, 43 degrés, exclusivement réservé au palais du Bey et à ses dépendances, alimente six piscines dont deux sont réservées à l’usage de la famille beylicale. Une troisième est utilisée par sa suite. Quant aux trois autres piscines destinées aux indigènes elles sont construites dans un établissement spécial, ancienne dépendance du palais, dont nous allons essayer de tenter la description.

Accolé au palais du bey, se trouve cet établissement créé anciennement par le gouvernement tunisien, aujourd'hui propriété de S. A. le Bey qui le loue au public. On l’appelle le Foudouk ou lOukala. Qu'on se figure un vaste carré de 30 mètres de côté environ. Tout autour une haute galerie couverte donne accès sur une série dechambres de dimensions variables. Au premier étage même disposition. Au total trente-huit chambres ou plutôt réduits que viennent occuper les baigneurs et leur famille.

Du patio central, immense, la vue de cet édifice serait assez belle, si les immondices de toutes sortes ne venaient jeter leur note discordante sur la blancheur du marbre et des murs crépis à la chaux. Mais ce que l'architecture perd en beauté elle le gagne en pitioresque. Une foule grouille aux nippes sordides et chaudement colorées, cohabitant pêle-mêre avec poules, coqs, lapins qu'elle surveille jalousement contre les incursions d’un rusé voisin ou d’un troupeau de chats faméliques.

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Au milieu du patio, la petite fontaine giît à moitié brisée, lamentable, et sa vasque gracieuse n’est plus guère qu’un ignoble évier où les gens les plus propres viennent jeter leurs eaux sales dont le dépôt putride aitire d'innombrables mouches que ne dérangent même plus les allées el venues continuelles.

L'aspect des chambres est aussi écœurant. Dans une pièce obscure et basse toute la famille est entassée. Des matelas de chiffons ou de simples lambeaux d’étoffe servent de lit, quand ce n'est pas la dalle elle-même, tout simplement.

Des femmes, des enfants, restent parqués dans ce taudis, cachés au visage de l’homme par un bout de tenture crasseuse qui forme la porte.

Des cris, des chants, des bruits de dispute retentissent. NN

Ailleurs c’est le martellement du mortier qu’une main remue pour piler les aliments.

Au premier étage la galerie est étroite et il faut frôler de près les habitants que notre visite vient surprendre.

Une population cosmopolite habite-là, où domine nettement l'élément juif. Des Arabes pauvres, quelques italiens sont en moins grand nombre.

Les prix de location varient entre deux et quatre francs par jour.

Les piscines sont de grandes chambres noires, voûtées, en lourde maçonnerie, auxquelles on arrive par une porte basse et dérobée. Elles sont placées à l’intérieur du fondouk presque côte à côte au pied

de la montagne. Elles ont une capacité d'environ 2 mètres cube d’eau et ne sont précédées d’aucun

sudatorium. Leur propreté paraît suffisante, du moins c'est l’impression que le faible éclairage d’une bou-

gie permet d'en avoir. On descend dans l’eau par un escalier. Dans un coin de la pièce, un siège

pour se reposer après le bain,

Le séjour dans cette atmosphère lourde, obscure, chaude, et jamais ventilée est forcément court, ne durant guère qu’une demi-heure au plus.

Le bain, le massage des parties malades sont les seuls moyens de thérapeutique employés par les malades qu’animent le désir de se voir guéris. Ils ne boivent pas l’eau d’Ain-el-Bey mais au contraire celle d’Ain el Ariane, la seconde source dont nous allons maintenant parler.

L'eau de cette source est légèrement plus chaude que la précédente. Elle sert uniquement à alimenrter l'établissement thermal français, petite mais coquette construction ou Européens et Arabes instruits, hommes et femmes viennent en grand nombre. Il comprent huit baignoires de marbre contenues chacune dans une cabine fort bien aménagée, et une piscine réservée l'après-midi aux femmes musulmanes. La clientèle qui s’y rend avec empressement tant par propreté naturelle que par souci thérapeutique montre assez l'estime qu'elle a pour ces eaux.

Loin d'en faire une panacée comme c’est la tendance naturelle des indigènes, on doit reconnaitre que dans les affections rhumatismales chroniques,

les paralysies, les gommes syphilitiques ulcérées, les cals douloureux des fractures, les engorgements chroniques ganglionnaires, leur action se montre résolument efficace.

HAMMAM DJIDIDI

Cette station de solide réputation parmi les indigènes est située à mi-chemin entre Hammamet et Sainte-Marie-du-Zit. Elle est très fréquentée toute l’année,

L'établissement arabe se compose d’un groupe de

deux maisons. Chacune est ainsi formée : patio central sur lequel viennent donner trois pièces d’habitation, la quatrième contient la piscine.

On accède à ce dernier endroit par un couloir bas et obscur. Dans la salle de bain la température est suffocante et une légère odeur d’anhydride sulfureux prend à la gorge. |

Quand les yeux se sont un peu habitués à l’obscurité on aperçoit la baignoire en ciment, installée au ras de terre et de vaste dimensions. Un hublot de faible diamètre, percé au sommet de la voûte, éclaire timidement la pièce. Le long du mur court à ciel ouvert la canalisation d’eau. Un torchonsale l’obture.

A côté un lit de repos en maçonnerie, permet au malade de se reposer après son bain, et de respirer les vapeurs.

L'eau de Hammam Djididi est claire, chlornrée s0-

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