INTRODUCTION
« La thérapeutique est la partie la plus changeante de la médecine. »
ARNOZAN
Durant notre internat à l'Hôpital Sadiki de Tunis, hôpital qui concentre la plus grande partie des malades indigènes de la Régence, nous nous sommes trouvés en contact avec une population musulmane dont les coutumes, le genre de vie, les idées, les mœurs sont complètement différents de ceux des malades que nous avions appris à soigner au cours de notre externat dans les hôpitaux de Paris.
La première difficulté qui se présente dans l’examen de ces malades est celle de l’interrogatoire,
l'immense majorité d’entre eux ne parlant pas le
français, et, par un fatalisme propre à leur race, incapables la plupart du temps de donner les renseignements les plus élémentaires relatifs à leur affection.
Cette question de l’interrogatoire est assez heureusement résolue par l’existence des « auxiliaires médicaux », au courant des termes médicaux français et qui servent d'intermédiaire entre le médecin et son malade.
Rappelons en passant que la création de ces auxiliaires médicaux est de date relativement récente, puisque ce n’est qu’en octobre 1903 qu'a paru un décret leur donnant une existence légale et accordant enfin la sanction officielle à l’école fonctionnant déjà de fait à l'hôpital sous l'habile direction du D: Brunswic Le Bihan, son promoteur.
Recrutés parmi les jeunes arabes pourvus du certificat d'étude primaire français, trois années de stage et d’études sanctionnés par un examen. final permettent à l'élève d'acquérir le diplôme d'infirmier. À
Ce n’est que plus tard, au bout de plusieurs années parfois, au fur et à mesure des vacances, qu’un concours est ouvert entre ces infirmiers titulaires pour l'obtention du grade d’auxiliaire médical.
Munis de ce dernier diplôme et selon les besoins du moment ils pourront, soit rester à l'Hôpital Sa-: diki, soit plutôt être nommés à l’intérieur, soit enfin faire partie d’une équipe volante, Mais dans tous les cas, l’auxiliaire médical est attaché à un médecin.
Bien que son bagage scientifique soit en général assez maigre, l’Auxiliaire, surtout s’il a été dressé comme il convient, peut rendre de grands services car il permet de diffuser au milieu des populations
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primitives et léthargiques les moyens propres à com: battre les fléaux qui les déciment, Malgré leur aide certains malades sont si frustes qu’on est obligé pour ainsi dire de faire sur eux de la médecine vétérinaire.
Si cette méthode a de gros inconvénients elle oblige par contre à faire un examen méthodique, rigoureux et généralisé de tout l'organisme, jusqu'à ce qu'on ait trouvé l'affection dont le malade est atteint.
En nous livrant à ces examens nous observions fréquemment sur le corps de nos malades des traces anciennes ou récentes de pointes de feu volumineuses, de scarifications, saignées, tatouages, pansements, en un mot, la trace de la thérapeutique externe qu'ils avaient employée de leur propre chef avant de se décider à entrer à l'hôpital. |
Nous avons eu la curiosité de rechercher quelle était leur pratique médicale,et c’estgrâce aux précieux conseils de M.le D' Broc, Médecin-Chef de l'Hôpital Sadiki, que nous devons d’avoir pu en faire le sujet de notre thèse, Qu'il nous permette de lui renouveler icinos vifs et sincères remerciements. Notre étude en effet aurait été bien pâle sans la collaboration qu'il a bien voulu si aimablement nous apporter et sans les précieuses observations de sa longue pratique médicale dont il nous a généreusement donné le résultat.
Nous lui en exprimons notre profonde reconnaissance : de même pour l’enseignement si instructif
que nous avons eu la chance de recevoir sous sa direction en qualité d’interne et dont nous retrouvons toujours les fruits au cours de notre carrière.
Nos remerciements iront aussi à M. le Dr Houdart, Oto-Rhino-Laryngologiste de l'Hôpital Sadiki dont nous avons été également l’interne, qui avec tant de bienveillance nous a fait profiler de son expérience clinique et chirurgicale. Nous lui exprimons notre pleine gratitude pour la confiance qu’il a bien voulu nous accorder.
A première vue la recherche de ces pratiques peut paraître inutile. Qu’en peut tirer de bon le médecin soit pour lui-même soit pour le malade. Rappelons nous toutefois que la thérapeutique est née de l’empirisme méthode basée sur l'observation pure appliquée à la connaissance des maladies et à l'action des remèdes. Les idées doctrinales sont venues ensuite, apportant avec elles leur part de vérité et leur part d'erreur.
Quel n'a pas été notre étonnement de retrouver chez des malades incultes, ne sachant même ni lire ni écrire leur propre langue, des modes de traitement, l'emploi de certains médicaments dont l'usage remonte à la plus haute antiquité ou qui ont été introduite dans la thérapeutique. à la faveur de théories aujourd’hui disparues : animisme, empirisme hippocratique, vitalisme, etc.
Sans doute chaque théorie renfermait une part de vérité quand elle était consécutive à des observations faites par des hommes de génie ou de grande valeur,
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et que le traitement qui en découlait était appliqué à bon escient.
Notre étude nous a donc permis de nous faire une idée personnelle de la valeur de certains procédés anciens un peu trop dédaignés aujourd’hui : révulsion, saignées, purgations, et nous a donné l’occasion de mieux connaître la mentalité de nos malades. Pour le bien soigner en effet il faut d’abord avoir sa confiance, connaître sa mentalité, lavoir comprise, savoir lui présenter les choses de telle façon qu'il les comprenne à son tour et exécute les prescriptions faites. En respectant des coutumes qui ne sont pas nuisibles onjarrive à faire accepter des médications essentielles qui autrement seraient négligées parce que le malade n’en comprend pas le mécanisme ni l'utilité.
Un de nos maîtres n’agissait-il pas ainsi, ayant l'habitude quand il prescrivait des bains pour broncho-prieumonie ou typhoïde, d’ordonner simultanément une potion des plus anodines à prendre immédiatement avant ou après le bain. Et comme nous lui demandions un jour à quoi rimait cette potion, et quelle importance il y avait à la faire prendre en concordance avec le bain, il nous répondit que son expérience lui avait démontré que les malades ou ses parents attachaient beaucoup plus de vertu à la potion qu'à la médication balnéaire. Que pour faire passer celte dernière thérapeutique qu'il jugeait essentielle il donnait un médicament, la seule chose importante aux yeux du public et dont la prise devant
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précéder ou suivre le bain empéchait d'oublier le principal traitement. |
Ainsi une indication qui répond à l’idée que les malades se font de leur maladie est acceptée et suivie par eux mieux que si elle choqué leur pathogénie.
Simplement à ce titre notre étude aura donc été utile ét pour le malade et pour nous-même en nous donnant un meilleur moyen de les soigner.
Nous avons essayé de classer méthodiquement les éléments recueillis en remontant chaque fois que nous l’avons pu à l’origine desmédications observées.
Nous étudierons successivement:
La thérapeutique de la syphilis ; « FQ
La thérapeutique de la blennorragie ;
La pratique de la révulsion;
Les tatouages ;
Les stations minérales et thermales tunisiennes.