‹ Essai sur quelques modes de thérapeutique d'un usage courant chez les indigènes de TunisieChapitre 9 sur 27 · LOTS PATATE · texte numérisé non relu

LOTS PATATE

contre l’usage immodéré de la médication mercurielle dont les accidents (stomatite, chute des dents, diarrhée dysentériforme) étaient recherchés par ses partisans dans le but d'éliminer plus complètement la maladie.

Le gaiac a été introduit dans la thérapeutique en 1508 par les Espagnols qui en ont fait connaître l'usage en Europe. A petites doses la résine produit la sécheresse de la bouche, la constipation ou la diarrhée. Elle active la circulation, surtout celle des organes sécréteurs. Mais ainsi que le fait remarquer Gubler, l’irritation sécrétoire atteint un appareil différent suivant les diverses conditions où se place le sujet, Si la température ambiante est basse, la diurèse se trouve activée. Si au contraire elle est élevée, si surtoütle sujet prend des boissons chaudes, on obtient une sueur profuse. Il semble donc que la substance réellement active dans ce cas soit l’eau froide ou chaude prise en quantité plus ou moins grande - (Rebuteau).

Le sassafras était considéré comme sudorifique et anti-syphilitique au xvi siècle. C’est un des quatre bois sudorifiques.

Trousseau et Pidoux considèrent ces quatre bois sudorifiques comme des excitants dont l’action se manifeste par une excitation spéciale d’une ou plusieurs fonctions, et donnent au chapitre des médicaments altérants un grand nombre de considérations applicables à ces bois, car « les bois dits sudorifiques sont aussi quelquefois utiles non pas en déterminant

une plus abondante exhalation cutanée, mais en modifiant la nutrition d'une manière lente et générale indépendamment de la production de toute évacuation par la peau ou par toute autre voie »,

À cette époque le traitement de la syphilis par la salsepareille et les bois sudorifiques était très complexe. Il consistait surtout dans un ensemble des pratiques embrassant l'hygiène du malade et contribuant plus que toutes ces drogues à produire une sudation éliminatrice : vêtements chauds, exercices en chambre close, régime alimentaire spécial, diète, abstinence de boissons alcooliques, bref une véritable cura famis dont voici d’ailleurs le traitement entier que nous explique le Dictionnaire encyclopédique. -

La manière la plus ordinaire de préparer les décoctions de gaiac était de faire infuser pendant vingtquatre heures dans un pot de terre neuf et dans huit à dix litres d’eau, une livre de ce bois coupé menu ou bien râpé. On faisait bouillir la décoction au bainmarie jusqu’à diminution du tiers ou du quart, ou de la moitié. Sur le bois qui restait on versait encore pareille quantité d'eau qu’on faisait bouilir jusqu’à diminution du quart. La première décoction était employée comme remède, La seconde sous ie nom de: « bochet » servait de boisson ordinaire.

Le malade était doucement purgé et tenu à une pourriture légère. On le renfermäit dans une chambre bien chaude. On lui donnait de grand matin dans le

lit un verre de la première décoction et on le faisait

ON

suer deux ou trois heures. Quatre heures environ après la première prise de la décoction on lui donnait deux ou trois onces de biscuit avec quelques raisins secs, des amandes, ou des pistaches. Quatre heures après, il prenait un autre verre de la première boisson. Il suait pendant trois heures, mangeait ses biscuits comme la première lois et buvait de la seconde décoction.

On suivait cette méthode pendant quinze jours en permettant aux sujets trop faibles un peu plus de pain, ou de raisins; ou de bouillon de poulet, ou même un quart ou la moitié du poulet. Après les premiers quinze jours on purgeait doucement le malade qui ne buvait le jour de la purgation que du bochet. On recommencçait ensuite le même traitement jusqu’au trentième ou quarantième jour. Enfin on le purgeait de nouveau ; et on lui permettait de sortir de la chambre. Il reprenait ensuite peu à peu son train de vie ordinaire, ne buvant durant un mois entier que du bochet.

Ce traitement par le gaiac paraît avoir guéri beaucoup de malades. Nicolas Poll en cite 3.000 et Ulrich de Hutien raconte qu’affecté lui-même d’une * syphilis invétérée qui avait résisté aux frictions mercurielles onze fois essayées, il ne dut son salut qu’à la décoction de gaiac.

On s'explique la faveur dont il a joui quand on sait qu’à la même époque le mercure était prescrit avec une largesse extraordinaire. Ce fut une réaction

contre son emploi abusif par les enthousiastes de la

méthode qui poussaient la médication jusqu'aux accidents précités, dans le but d'éliminer ainsi le mal par un flux salutaire.

Tous ces médicaments sont tombés dans l’oubli parce que les bois dits sudorifiques n’agissent que par l’eau qui leur sert de véhicule. Fonssagrines dit de la salsepareille que si l’on séparait son usage de l’abstinence et de la diète subie à laquelle on l’associe encore dans quelque pays;on serait bientôtédifiée sur son insignifiance comme médicament de la syphilis.

La méthode dite sudorifique du traitement des syphilitiques a dû son utilité au régime très rigoureux qui accompagnait l'emploi des bois dits sudorifiques. Demange cependant prétend que les sudations abondantes rendent parfois des services dans certains cas de syphilides tenaces. On sait, ajoute-t-il, que « dans les pays chauds ce moyen est communément employé et suffit avec la température élevée à guérir la syphilis ».

Si nous considérons maintenant les plantes qui composent la medbach de Korbous voici quelles en sont les iñdications thérapeutiques d’après Mocquin Taudon (Eléments de Botanique médicale, 1861).

La globulaire est purgative et tonique.

La lavande excitante, sudorifique, et anli-spasmodique. Cadeau et Meunier (in Leclerc, Précis de Phytothérapie) ont démontré que son essence se comporte à la façon d’un narcotique assez actif, qu’elle émousse la sensibilité et abaisse légèrement la tem-

pérature. Elle possède une action diurétique mani-

ao NE

feste. Morpurgo a démontré que l’infusion de fleurs de lavande à 10 0/0 exerçait des effets uropoiïétiques incontestables (Revue tunisienne des sciences médicales, 1914).

La myrte est tonique et stimulante.

Le thym et le romarin, aromatiques.

Le ciste dont on recueillait une résine, le ladanum, se récoltait surtout dans l’lle de Crète et de Candie. Cette résine était employée à l’intérieur comme astringente, fortifiante et stomachique.

La rue était conseillée contre le scorbut et contre les vers.

Le juniperus est tonique et stomachique. Les baies de génévrier sont un des diurétiques les plus ancienhement connus.

Le périploca était donné comme succédané de la salsepareille.

Si nous en rapprochons les propriétés que la tradition locale attribue à ces plantes (d’après le D'.Geslin) nous voyons que la globulaire est considérée comme anli-syphilitique.

La lavande guérit les douleurs des membres, calme les inflammations de l'estomac et la fièvre.

La myrthe « déniche » le pus. :

Le thym et le romarin sont bons pour lestomac.

Le juniperus tue les petits vers.

Nous constatons en outre que cette tradition attribue aux plantes employées à peu près les mêmes vertus que celles données par les anciens théra-

peutes, et que celles qui sont purgatives semblent jouir d'une propriété anti-syphilitique je forte que les autres (globularia).

Deux autres médicaments sont employés par le populaire pour le traitement dela syphilis : {a coloquinte et l’ecballum elaterium. Ë

Voici comment un malade nous a dit s’en être servi. je

Le fruit de la coloquinte est mis à macérer dans du lait et dans un vase en cuivre pendant toute une nuit au clair de lune. Le matin à jeun absorber le lait. Le cucumis coloquintis est un purgatif violent et diastique. Notons'en passant que la coloquinte a été autrefois préconisée contre la syphilis constitutionnelle qui serait même d’après Schraeder l’affection où elle aurait le plus de succès.

L’echallum elaterium, de la même famille, qu’on voit vendre dans les rues de Tunis sous le nom de doua meta sultane, élait très usité dans la thérapeutique antique. Hippocrate le mentionne à chaque instant dans ses livres, le recommandant comme purgatif, ou bien pour purifier cerlains organes malades. Leclerc dit que l'emploi de ce médicament remonte à l'aurore de la médecine. Comme le précédent c'est un purgatif violent assez toxique et actuelle ment abandonné

Tout ce que nous avonsdit au sujet des bois sudorifiques est applicable à ces deux derniers médica-

Ps Grp

ments, mais ici les vertus purgatives l’emportent sur les vertus sudorifiques.

Elles ont dans l'esprit populaire les mêmes eflets purificateurs.

Enfin à côté de cette thérapeutique purement végétale signalons deux autres moyens de guérir la syphilis que, pour notre part, nous n'avons jamais vu employer par aucun de nos malades.

Le premier consiste à boire tout chaud le sang d’un renard récemment saigné.

Le second, peut-être plus répandu, serait curatif et préventif. On fait manger aumalade de la viande de chien rôtie et agrémentée de beaucoup d'épices.

Sur quoi repose cette coutume des Arabes de traiter la syphilis par des médicaments sudorifiques ? Peut-être sur l’observation des crises sudorales spontanées terminant certaines maladies. Peut-être aussi sur la théorie ancienne que dans certaines affections diasthésiques il faut chercher à éliminer de l'organisme un principe morbide en provoquant des sueurs abondantes, Les anciens auteurs reconnaissaient à la médication diaphorétique une action tantôt excitante ou stimulante dérivative ou révulsive, spoliatrice ou éliminatrice..

Physiologiquement la fonction sudorale est synergique de fonctions rénales, hépatiques et pulmeonaires. La sueur à l’état normal élimine avec l’eau,

des sels contenus dans le sérum sanguin avec prédo-

AL Cia

minance du chlorure de sodium, des matières azotées, de l’urée, et accidentellement les médicaments introduits dans l'organisme, en particulier l’iodure de potassium. Peut-être repose-t-elle tout simplement sur la constatation de certaines guérisons apparentes, les blanchiements obtenus par ce traitement conjointement avec les bains de Korkous, guérisons qui étaient peut-être plus fréquentes autrefois, parce que la cure devait être faite avec l’ensemble des prescriptions établies par les Espagnols.

{l est indéniable qu’on voit des malades revenir de Korkous avec des plaies syphilitiques cicatrisées. Ces exemples ont beaucoup plus de retentissement que les échecs, cependant plus nombreux, qui passent inaperçus. Cette tendance de l'esprit humain à ne voir que les cas favorables est une tendance d’ordre général qu’on pourrait retrouver à l’origine de bien des théories médicales et dans bien d’autres branches de l’activité humaine.

L'identité si profonde des moyens employés pour lutter contre la syphilis par les écoles européennes au xvI° et par nos contemporains indigènes, nous a fait mettre en exergue de notre introduction la boutade du professeur Arnozan, contre la médecine moderne. N’y voyons cependant aucun reproche envers les thérapeutes. Au contraire félicitons Îles d’être sans cesse à la recherche du mieux qui assurera la stérilisation définitive du tenace tréponème., Il est néanmoins curieux de constater sur la terre africaine la persistance des modes de thérapeutique

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