‹ Essai sur quelques modes de thérapeutique d'un usage courant chez les indigènes de TunisieChapitre 8 sur 27 · AT, 1 NOR · texte numérisé non relu

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jour, l'iodure de potassium amène assez rapidement la cicatrisation des lésions tertiaires cutanées, arrête l’évolution des gommes à l’état de crudité, fait disparaître les lésions osseuses. Son action justifie sa dissémination rapide dans le public et sä renommée, et cet exemple nous permet de penser que dans toute croyance médicale populaire il y a une part de vérité, un point de départ justifié, une base scientifique ou pratique qu’il est bon de rechercher avant de la rejeter définitivement dans l’oubli ou de la combattre comme un préjugé ridicule ou une supersütion dont l'application serait plus nuisible qu’utile.

La date d'introduction de l’iodure de potassium dans la thérapeutique anti-syphilitique nous étant connue, il nous faut savoir maintenant à quelle époque cette maladie a pu être introduite sur le sol tunisien et quels traitements lui ont été appliqués après son apparition.

Très vraisemblablement son origine est ancienne. Peut-être pourrait-on en déterminer la date par les écrits des médecins arabes célèbres ayant exercé dans ce pays. Nous n’avons malheureusement pu pratiquer des recherches dans ce sens, mais nous avons lu que d’après Jean de Lion (Description de l'Afrique. Traduction de Jean Floranus), le nom même de cette maladie était inconnu aux Africains avant que Ferdinand V, roi d'Aragon et de Castille, 1452-1516 eût chassé d’Espagne tous les Juifs et les Mahométans. « Ceux-ci s’étant retirés en Afrique, des nègres

eurent commerce avec leurs femmes et de cette façon A, Chérouvrier è

la contagion se répandit dans tous le pays. Presque aucune famille n’en fut exempte. On ne doute point que cette maladie vint d'Espagne. C'est pourquoi elle fut appelée mal espagnol. »

Pourquoi à Tunis l’a-t-on appelé le mal français, ainsi qu'en Egypte et en Syrie, la dernière croisade datant de 1290, donc antérieure à l'apparition de la maladie, alors qu’au contraire le proteclorat espagnol imposé au pays par Charles-Quint est de 1555 ?

Quoi qu'il en soit cette note nous permet de penser que c’est probablement par les Espagnols que le traitement de la syphilis par le gaiac et la salsepareille à été introduit en Tunisie où il jouissait avant l'ère de l’iodure de potassium d'un très grand crédit que l’usage du médicament précité et des novarsenobenzols tend à faire disparaître. Il persiste encore et bien des malades ont fait un traitement par la achba ou la mabrouka avant de recourir aux soins du médecin. à

Nous avons pu recueillir auprès d’un malade la formule de la tisane appelée el achba qui sert encore communé:ïent au traitement de la syphilis :

Racine de salsepareille .......... 30 gr.

Gaiacrâpé....:.. nette Te ROUE OSDTS OQUINE M EC Ne re 10 gr.

DASSATEAS LS RE CESR 10 gr

Faire bouillir dans quatre litres d’eau.

Certains malades ajoutent à cette tisane un certain régime. Ils font la mabrouka.

Pendant quarante jours ils boivent une grande quantité de cette tisane, mangent peu salé, prennent très peu de viande, évitant celle du bœuf « très chaude », ne prennent pas non plus de légumes crus, rejettent les citrons, absorbent beaucoup de persil, d'oignons, du lait de chèvre, moins fort que le lait de vache. Pour rendre l’action de la achba plus efficace, paraît-il, le malade ne doit pendant ee laps de temps préparer et consommer sa nourriture que dans de la vaisselle neuve.

Certains d'entre eux, un très grand nombre d'ailleurs, ajoutent à cela une cure de repos ou un traitement thermal. C’est ainsi qu'à Korbous, station réputée chez les Indigènes pour les affections syphilitiques, les Arabes prennent des bains, et boivent une infusion fameuse,la medbach, dont le Dr Geslin dans sa thèse donne la composition suivante :

Globularia atypum, en arabe Zriga. Globulaire, Thé des Arabes.

Lavendula staechas — Halhal. Lavande

Myrtus communis — Rihhan. Myrte

Thymus numidicus — Zatar. Thym

Cistus monspeliensis — Melhia. Cyste

Rosmarinus officinalis — Klil. Romarin

Ruta bracteosa — Fedjel. Rue

Juniperus phoenica — Araar. Genévrier

Periploca lavigata — Azouk el Haleb, Periploca

Cette dernière plante de la famille des Asclépiadés, très commune à Sidi-Reiss près Korbous était autrefois toujours employée par les Arabes. Elle n'entre

plus maintenant dans la composition de la medbach depuis que le D' Malinas, ancien médecin de la station thermale, l’en a proscrite à la suite de quelques accidents plus ou moins graves d’intoxication.

Les Arabes ajoutent parfois l’absinthe blanche(artemisia arborescens), la bruyère blanche (erica mulliflora) el une autre plante qu'ils appellent « sejrent myriam» ou arbre de Marie.

Ces plantes sont entassées dans une gargoulette de sept litres environ. Celle-ci remplie ensuite d’eau de la fontaine chaude Ain Kebira est plongée jusqu’au eol dans un bassin qui se trouve en amont de l’établissement indigène. Le mélange est donc.soumis à une température de 57 degrés. On l'y laisse quarantehuit heures.

Au bout de ce temps les plantes macérées sont ordinairement enlevées. On obtient ainsi une tisane de couleur brun foncé que le malade absorbe le matin à jeun!à raison d'un seul haleb (500 gr. environ) par jour ; et cela durant sept jours au bout desquels la cruche est vide,

La medbach est purgative. « La medbach, disent Schoull et Remlinger, macération très répugnante à boire de par sa couleur et sa consistance légèrement sirupeuse; au bout de deux à trois jours déjà présente une odeur d’un geût aromatique très accusé. Son amertume; très franche tout d’abord: s’atténue assez rapidement et est suivie d’un goût légèrement sucré. Elle produit un effet laxatif plus rapide et plus accusé que l’eau des sources. Elle

possède en outre une valeur apéritive véritable, excitant l'appétit, favorisant les fonctions de l’estomac et réveillant sa tonicité.» < + Etudions donc séparément chacune de ces plantes, et essayons de remonter aux raisons qui présidèrent à leur choix dans le traitement de la syphilis.

De toutes celles employées dans la achba c’est la mabrouka ou salsepareille qui est la plus connue et la plus usitée.

La squine n’est qu’une variété de smilax.

La réputation de la salsépareille comme anti-syphilitique date de fort loin. Elle était déjà préconisée en 1556 par un médecin français de Toulouse, Auguste Ferrier. Elle entrait, avec le bois de gaiac râpé, les racines de sassafras et de réglisse, dans les préparations de l’apozème sudorifique du Codex (1).

Plus tard elle fut un élément du fameux Rob de Boyneau Laffecteur et du sirop de cuisinier.

Sa réelle efficacité explique le succès retentissant de ces Robs (extraits préparés au moyen de sucs de fruits) actuellement tombés dans l’oubli, dont le secret de fabrication se transmettait de famille en famille; et qui ; d’après teurs inventeurs guérissaient la syphilis sans mercure. Leur vogue fut d'autant plus grande qu’on était à cette époque en pleine réaction

1. Apozème : Solution obtenue par l’action de l'eau sur diverses substances médicamenteuses ayant une grande analogie avecles tisanes. Mais tandis que ces dernières constituent la boisson habituelle des malades et sont ordinairement peu chargées, les apozèmes constituent des solutions riches en matières solubles et des médicaments actifs qui ne peuvent être ingérés que par doses relativement faibles et toujours fixées dans l’ordonnance.

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