PREFACE DE LA PREMIERE, EDITION ~ XXVII
avant tout de m’oublier moi-méme, de m’effacer derriére l’écrivain dont je leur présente le portrait, c’est d’entrer assez intimement dans la familiarité de son ceuvre et de son génie pour leur en offrir une image épurée, plus nette et peut-étre plus claire que celle qu ils pourraient se former eux-mémes en lisant ses livres. Il ne faudrait pas que Taine revenant au monde ' put dire de son historien ce que Socrate, parait-il, disait de Platon: Que de choses me fait dire ce jeune homme auxquelles je n’ai jamais songé!
N’ayant pas les excuses que pouvait alléguer Platon, je me suis tenu le plus prés possible de mon modeéle. Le plus que j’ai pu, je l’ai laissé parler, se raconter et se peindre lui-méme. II fallait. 4 tout prix que le lec-. teur entendit sa voix, vit son geste, et reconnut son accent. Et puis, c’était sa méthode. Bt puis, qui sait sila critique, comme le voulait déja Sainte-Beuve, ne consiste pas essentiellement a savoir lire, et a conduire son public aux bons endroits des livres qu’on a lus? Au risque de me faire accuser d’érudition facile et méme de pédantisme, j’ai multiplié les citations, les notes et les références. La encore cependant, nos maitres nous ont donné l’exemple. Voit-on le Port-Royal, les Origines de la France contemporaine, sans notes au bas des pages? Ignore-t-on que ces notes} si succulentes et si précises, sont parfois plus instructives que le texte? Il y avait la, d’ailleurs, un moyen pour ceux qui me liront de vérifier mes dires et de pousser plus loin leur enquéte, et pour moi d’élargir quelque peu Vhorizon et le tadre de cette étude. J’aimerais que ce livre pit étre lu sans trop d’ennui du grand public, et en méme temps ptit servir d’instrument de travail aux
LES Os, GASP aa AES REY ne FAs eee
ie : : oR ‘
“XXVIII. ESSAL suR TAINE
chercheurs qui le pratiqueront. De 14 aussi tes appendices que j’ai joints au volume. « Le plus vif plaisir d’un esprit qui trayaille, a dit encore Taine, consiste dans la pensée du travail que les autres feront plus tard. :
Chague génération, disais-je tout a heure, se fait ide ses grands hommes une « monographie » a son usage. Je voudrais que cet essai, si imparfait, si provisoire qu'il put étre, présentat quelques-uns des traits qui ont gravé ’image de Taine dans l’esprit de « ceux qui avaient vingt ans en 1889 », et auxquels M. de Vogiié Beat une equen Preface quils n’ont pas oubliée.
Il n’est pas de livre si modeste qui n’ait besoin, pour étre mené a bonne fin, de la collaboration, parfois extrémement active, de bonnes volontés multiples et dévouées. Celui-ci ne fait pas exception a la régle et je
‘ne suis méme pas bien stir de rendre ici trés exactement a César tout ce qui appartient A César.
Cette étude doit beaucoup A l’Ecole normale, aux amitiés que j’y ai formées, aux maitres que j’y ai eus. Je souhaite que M. G. Lyon y reconnaisse l’esprit de
rf