H. Taine, etc., t. Il, p
a. Id., ibid., p. 263-263.
- : f . a : APPENDICE Iv * 7 339
que cet élément essentiel du probléme religieux contem-
porain lui ait complétement échappé.
C’est donc uniquement du cété du protestantisme quil aperceyait, « dans le lointain », entre « ces deux collaboratrices, la foi éclairée et Ia science respectueuse », un accord possible et souhaitable ; et cette idée, qui depuis
longtemps, on I’a vu, lui tenait au cceur, est, on le sait,
trés nettement exprimée dans les Origines : ells en forme, si Yon peut dire, la conclusion philosophique et morale. Peu de mois aprés la publication de ses articles sur PEglise, il écrivait encore: « Pour la religion, ce qui me semble incompatible avec la science moderne, ce nest pas le christianisme, mais le catholicisme actuel et romain; - au contraire, avec le protestantisme large et libéral, la conciliation est possible‘. » Et l’on sait quel commentaire pratique ila, par ses funérailles protestantes, fourni & cette conception. Mais, d’autre part, il se rendait bien compte que le protestantisme, comme il l’avait dit, « est
contre la nature du Francais » ; et, pour tout concilier,
ses exigences philosophiques, ses aspirations morales et ses observations d’historien réaliste et patriote, il ett été heureux de pouvoir dire du catholicisme ce qu’il disait du protestantisme. Il me semble que ce sentiment perce a plus d’une reprise dans la derniére partie des Origines?. En 1887, il écrivait asa femme: « Lisez dans le Scientific Monthly, un article du Révérend Freemantle sur la conci- - ation du christianisme avec la science ; plita Dieu quun prétre catholique francais piit écrire de pareils articles! Nous n’aurions pas les discours de M. Madier de Montjau et
om 12! H. Taine, ete., t. TV, p, 333.
a. Cf., entre autres passages, ces lignes qui terminent et résument le livre de l’Eglise: « Au demeurant, en France, le christianisme inté- mieur, par le double effet de son enveloppe catholique et francaise, s'est réchauffé dans le clergé, surtout dans le clergé régulier, mais il s'est
refroidi dans le monde, et c’est dans le monde surtoul que sa chaleur est
; nécessaire. » (T. XI, p: 188.)
Peer
3ho, 4.) HSSAL“SUR. TAINE
‘autres de la derniére séance!. » Mais les préventions de sa ; philosophie ne lui permettaient pas de s’attarder a ces regrets, et, en remettant la question a |’ étude, de Jes con-— vertir en espérances. Le pas qu'il n’avait pas franchi, \quelques-uns de ses disciples plus complttement informés © et moins prévenus, devaient le franchir aprés lui. Pour — Jui, il se débattait parmi ces douloureuses « antinomies » sans parvenir a les résoudre. Il n’est pas douteux que la vision trés nette qu’il en avait n’ait fortement contribué a renforcer son pessimisme croissant des derniéres an- ~nées. Ce pessimisme, qui se répand avec une si large -impartialité sur les diverses parties des Origines, s’exhale, — plus acre encore et plus direct, dans les lettres de la méme — époque. « Dégotité de ses droles », — les Jacobins, — « regrettant le temps ou, écrivant sur la littérature, il n’avait & décrire que de beaux talents et des sentiments > fins? », il se reprenait parfois, mais bien timidement, & Vespoir, en lisant, par exemple, les speeches de Macaulay: « Cela donne confiance en la raison humaine, — disait-il a Emile Boutmy, — en l’influence de cette raison sur les masses ; et vous savez si j'ai besoin d’y croire! Toute l époque que j’étudie me pousse dans le sens contraire, il mesemble
felt toujours que je vis dans une maison de fous*. » Mais’
bientot, il retombait 4 ses sombres pronostics. « Je suis” dune génération qui finit, — écrivait-il & M. E.-M. de Vogiié, — remplacez-nous; en fait de politique et d’affaires publiques, vous n’aurez pas de peine 4 mieux faire ou a moins mal faire. Ce finale du siécle en France est la-
mentable, et je ne parviens pas & m’y résigner...* » Et a
Gaston Paris : « Probablementj’ai eu tort, il ¥ a vingt ans,
, 1. Vie et correspondance, t. IV, p. 244-245. — Cf. aussi p. 154, dense une lettre 4 M. Charles Ritter, ses objections pratiques contre les illusions, ou les espérances, du protestantisme libéral. H, Lathe, tetc., too LV, ps tit.
3, Id., ibid, p- 28. ; 4, Id., ibid., p. 275.
@entreprendre cette série de recherches ; elles assombris- sent ma vieillesse, et je sens de plus en plus qu’au point fe - de vue pratique, elles ne serviront & rien’. » Et enfin & = - Emile Boutmy, dans l’avant-derniére lettre qu’on nous) — ait conservée de lui: « Je suis de votre avis sur M. N.; \ NR ses croyances, sa vertu, son bonheur, etc. Il est possible at que la vérité scientifique soit au fond malsaine pourlani- . mal humain tel qu’il est fait: de méme tel organe singu- lier, anormal, une ouie ou vue monstrueuse, excessive, = non raccordée avec le reste, dans une baleine ou un éléphant. La seule conclusion que j’en tire, c’est que la vérité scientifique n'est supportable que pour quelques-uns; wvau- drait mieux qu’on ne put Vécrire qu’en lalin®. » Mais la vérité « pour quelques-uns », la vérité « malsaine » est-elle ° hien Ja vérité? Taine ne semble point s’étre posé la ques- , ~ ‘tion. Mais que nous sommes loin ici des longs espoirs, des vastes ambitions et des fiéres intransigeances des Philo- . sophes classiques ou de Varticle sur Jean Reynaud ! aa
On yoit toutes les précisions nouvelles que nous apporte Ja Correspondance pour l'étude de la psychologiede Taine et pour l’histoire de sa pensée. Elle nous en apporte aussi, et de fort précieuses, pour I’histoire tout intérieure de son ey -eeuvre. Nos livres assurément sont ce qu’ils sont, une fois détachés de nous, et nous avons toujours mauvaise grace -anous plaindre de voir méconnues les intentions qui nous les ont dictés et que nous avions cru y mettre. En yenant s’encadrer dans la série historique, ils y prennent ce une signification que souvent nous n’avions pas prévue, et rf