H. Taine, etc., t. IV, p
350 . “ESSAI SUR TAINE © vécu dans des temps moins troublés, et quwil eit trouvé, a ‘son entrée dans la vie réelle, une Université plus” libérale et plus hospitaliére. Né pour Venseignement et.
pour la philosophie abstraite, il eit sans doute beaucoup —
moins produit, et dans un ordre d’études plus uniforme. |
Ses recherches sur les sensations auraient abouti plus tot &
un traité de I’Intelligence, et il eat écrit un livre sur les Emotions et la Volonté; il est probable aussi qu’entre autres ouvrages de philosophie dogmatique ou historique, il nous eit donné une exposition critique de la doctrine de Hegel. Il aurait eu, certes, des admirateurs et des disciples ; mais il ne se serait, au total, adressé qu’a un cercle restreint de lecteurs. Et plus tard, en le rapprochant de Spencer ou de Stuart Mill, les philosophes de profession auraient décidé s'il était l'un de leurs pairs ou de leurs épigones...
La destinée a tiré un meilleur et plus large parti de cette forte et multiple nature. En contrariant ses gouts: apparents, en lui imposant une libre carriére d’écrivain qu'il n’ett pas choisie tout seul, étant par instinct personnel et par tradition familiale d’humeur peu aventu-—
reuse, elle l’a utilisé tout entier; elle l’a forcé 4 prendre
conscience de toutes ses facultés et & en trouver l’emploi ;
elle la mis en contact et aux prises avec le grand public; elle ’a mélé a la vie, et non pas seulement 4 la vie. abstraite, mais a la vie totale deson temps; bref, elle la
contraint 4 déployer toutes ses énergies et A donner toute sa mesure. Il s’en rendait parfois un peu compte: « Le i"
& fe
hasard fait plus que le calcul, écrivait-il, et si je réussis un .
jour, ce sera peul-étre parce que je serai sorti de /Université. » Le hasard et la persécution universitaire ont bien
fait les choses. De toute lceuvre de Taine, l’JIntelli-
gence est sans doute le seul livre qui ne lui ait pas été plus | ou moins inspiré par les circonstances: or, 1'Jntelli-
gence compte-t-clle autant dans histoire de la pensée
contemporaine-que. la Littérature anglaise, la Philosophie de PArt et les Origines réunies? Ce qui est stir, c’est que, les circonstances et le génie personnel aidant, Taine est) devenu rapidement l’écrivain le plus pleinement représentatif peut-étre de sa génération intellectuelle. Il s’orientait déja de lui-méme vers ce naturalisme de pensée et d’expression qui, peu 4 peu, aux environs de 1850, se dégageait du romantisme expirant, et qui, sous ses différents aspects, — religion de la science, impersonnalité dans l’art, culte des petits faits vrais, « littérature brutale », — allait, vingt ans durant, occuper tout le devant de la scéne. Il neut qu’a se laisser porter par son instinct et par le courant général pour exprimer ce nouvel état d’esprit avec une vigueur, une autorité, une fougue de dialectique, un éclat de style, une candeur de sincérité passionnée qui ‘ne pouvaient manquer d’emporter les derniéres résistances. En critique, en histoire littéraire, en esthétique, en. psychologie individuelle ou sociale, partout il transporta ses idées, sa méthode, et partout il les fit triompher. Jamais la joie de la pensée pure, livresse des cerlitudes ou des ambitions scientifiques, n’avaient, trouvé pours’exprimer de si fiers et si impérieux accents. Puis, ce furent
les heures sombres ou, sur le sol dela patrie violée, pillée,
meurtrie, tant de nobles esprits en vinrent a se darian dis si l'on n’avait pas fait fausse route, si la science est bien le tout de ! homme, et si, avant de savoir, il ne faut pas
dabord vivre et agir. A cette angoissante question collec-
tive, les Origines sont venues répondre a leur maniére. La premiére philosophie de Taine, toute spéculative, ne Vexprimait point tout entier, ou du moins ne |’exprimait
pas dans les parties les plus profondes et les plus élevées de sa nature. Ce sont ces parties-la que le Taine d’aprés
1870 aretrouvées, dégagées et mises en pleine lumitre.
Avec plus d’un de ses contemporains, il a cherché et
restauré les bases d’une philosophie de l’action que les
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r Bente Tiiwe Bee toute i: haute et symbolique eee ys de sa derniére attitude morale, et de nous faire voir | eet jamais il n’a été plus fidéle 4 lui-méme que dans ces oan années ou, ‘suivant un mot de sa jeunesse, un mot do nt ws 3 Eany "avait pas d’abord épuisé tout le sens, il nous donna , il nous rendait plutot le gout de « cette nourriture virile ; ree on » appelle la vérité. » eee
TABLE DES MATIERES
Pages.
Reece ta ae 62. Sow oh, Moet Sanh
Avertissement de la Deuxiéme Edition
A Menthon-Saint-Bernard. — A travers les inédits de Taine. — Documents nouyeaux utilisés dans cette seconde édition. — Taine.et Pascal. — Post-Scriptum. . . vit
Préface de la Premiere Edition
Une lettre de Taine. — Objections que peut soulever actuellement le dessein d’une monographie consacrée & Pauteur des Origines. —Iln’ya pas de monographie « définitive » des grands écrivains. — Méthode a suivre pour étudier Taine. — Documents dont nous manquons, et documents dont nous disposons : les ceuvres imprimées; — les variantes des différentes
éditions ; —- les Jettres ou articles dispersés dans les Revues ou journaux ; — les études antérieures : utilité ¢ de la critique. — Neécessité dappliquer 4 Taine la
; méthode qu’il appliquait aux autres, et modifications qu'on y peut apporter : souci plus grand de la chronologie, — préoccupation psychologique moins exclusive, — étude des questions d’influence. — Obligation qu’on ne saurait éluder de porter un jugement moral, philosophique et esthétique sur l’ceuvre qu’on étudie. — Raisons qui ont fait restreindre dans ce livre Ja part de l’élément critique. — La soumission a Vobjet est le premier devoir de l’historien, — Obligeantes collaborations auxquelles on aeu recours.. . | x!