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de tous les documents imprimés ou manuscrits, connusou s inédits qui peuvent rentrer dans son enquéte, trésattentif — aussi 4 l’impression que produisent’ ses jugements sur les. —
esprits sérieux et informés, trés préoccupé, quand il rencontrait devant lui des critiques courtois et avisés, de leur faire mieux entendre sa pensée, de défendre et de
leur faire accepter ses conclusions. Les écrivains d’autrefois
publiaient souvent des « défenses » de leurs grands ouvrages : tels Montesquieu et Chateaubriand. La Défense des Origines est dispersée dans les lettres des vingt derniéres
années de la vie de Taine. Toutes ces lettres sont du plus»
grand intérét psychologigue et historique, et font le plus.
grand honneur a la loyauté, & la conscience scrupuleuse, ©
a la modestie aussi de l’historien philosophe. Qu’on en
juge par ce fragment de lettre & M. Jules Lemaitre, en
réponse a son article sur le Napoléon.
.-. sur le manque de progrés et de développement dans mon portrait, je croyais avoir suivi les étapes successives de sa concep-
tion de l'homme et de la société humaine, depuis sa premiére en-
fance, & travers ses retours en Corse, puis en France, au ro aodt
et en.vendémiaire, puis en Italie, en Ezypte et encore en France —
depuis le Consulat. Mais, la-dessus, je dois avoir tort, jai manqué mon effet, puisque je ne le produis pas sur le lecteur ; yous étes. devant la toile et vous pouvez juger; moi je suis derriére, comme un ouvrier des Gobelins ; je ne puis que conjecturer, et
non vérifier les tons et les valeurs respectives de mes divers fils. -
Je vous remercie particulitrement de votre finale. Effectivement, j'ai un criterium pour l’histoire de la société ; j’en avais et
jen ai d’autres pour Vhistoire de l'art et de la science. Il y aune-
mesure pour évaluer les philosophes, les savants, une mesure différente pour éyaluer les écrivains, les pottes, les peintres, les artistes. I] y a une troisitme mesure pour évaluer les politiques et tous les hommes d’action pratique: l’homme qu’on examine a-t-il voulu et su diminuer, ou du moins ne pas augmenter, la somme totale, actuelle et fulure, de la souffrance humaine? A mon gre, telle est & son endroit, la question fondamentale : c’est ce que j’ai fait pour l’Ancien Régime dans le chapitre du Peuple, et pour la Révolution dans le chapitre des Gouvernés. Je yous dis cela, parce que vous étes du métier et un mattre ; je ne dirai jamais cela au public ; la sensibilité affichée est ma béte noire ; comme nous le
“APPENDICE, 1" % iz 19 .
Palicait le pauvre Gautier, « il ne faut j jamais geindre », au moins ‘tout haut et devant des lecteurs!. — >
4 Je ne sais si Taine ett écritces lignes al’é Epoque del Histoire de la littérature anglaise, et je n’examine pas si, dans les Origines, il n’aurait pas appliqué ce secret critérium avec quelque exces d’intransigeance. Mais il edt été re-— -grettable qu’a défaut de lui, personne, en son nom, n’eut Byamais dit cela au public.
On se rappelle, dans les Philosophes classiques, les pages ‘ -pleines d’humour et de verve, ot le jeune écrivain, re- composant par la pensée, les circonstances que |’impré-
“yoyante « Nature » avait imposées aux coryphées de ]’éclectisme, imaginait pour eux une destinée plus conforme a leurs iat et a leur talent. Il y aurait quelque impertinence & essayer de faire pour Taine ce qu’il a si } spirituellement fait lui-méme pour Cousin et pour Jouffroy. Et cependant, quand on vient de fermer le dernier volume dela Correspondance, il y a une pensée qui s'est présentée a plus d’une reprise au cours de la Jecture, et qui finit par $’ im poser al: esprit avec une sorte d obsession peu commune. On vient d’assister 4 la genése d@ une ceuvre singuli¢rement puissante et variée, Al’éclosion et 4 l’épanouissement d’une pens¢e vigoureuse, hardie, riche et subtile entre toutes; on a vu se dérouler agent ; soi une vie tres noblement.usée et trés activement remplie ; en un mot, on s’est donné le spectacle vivant, et passionnani pour un « amateur d’ames », d’une haute, originale et complexe personnalité, comme il en apparait deux ou “trois, tout au plus, dans une méme génération littéraire.- Et l’on se demande ce qu’il serait advenu de cette indiyvidualité st rare dans des circonstances de vie et de milieu toutes différentes. Supposons par exemple que Taine ett