‹ Essai sur Taine, son uvre et son influenceChapitre 29 sur 85 · Voyage en Italie, t. I, p. 38g · texte numérisé non relu

Voyage en Italie, t. I, p. 38g

vestiges d'anciens préjugés, l'idée qui devait s'épanouir et prendre corps dans les derniers chapitres des Origines? Et de même qu'il ne craint pas d'infliger un démenti à « son cher et vénéré » Spinoza, de même Taine ose argumenter contre Stendhal, ce « grand admirateur » des Italiens qu'il « admire tant » lui-même : « ^ ous louez leur énergie, leur bon sens, leur génie ; vous dites avec Alfieri que la plante homme naît en Italie plus forte qu'ailleurs, vous vous en tenez là... C'est prendre l'homme isolément, à la manière des artistes et des naturalistes, pour voir en lui un bel animal puissant et redoutable, une pose expressive et franche. L'homme pris tout entier est l'homme en société et qui se développe... ' » Tenir un pareil langage, ce n'est plus de la « contemplation » : c'est presque de « l'action ». L'écho de ces préoccupations nouvelles ne pouvait manquer de se retrouver dans la Philosophie de l'art : V «ordre» esthétique entretient des rapports trop étroits avec 1' « ordre » moral pour qu'il en fût autrement. On sait que des cinq petits volumes où Taine a condensé la substance de son cours d'esthétique, l'un, publié en 1867, a pour titre : De l'Idéal dans l'art. Titre significatif, inspiré d'ailleurs de Hegel2, mais titre un peu inattendu de la part du « naturaliste » que Taine croit fermement être resté. Et pourtant, comme nous aurions tort de l'en croire sur parole ! Car si nous ouvrons le livre, qu'v trouvons-nous ? Au lieu de cette critique purement « contemplative », explicative et descriptive que nous serions en droit d'attendre, nous découvrons une critique très préoccupée de « classer » et de « juger », de fonder sur autre chose que sur de simples impressions personnelles les arrêts qu'elle édicté, et qui ne s'appuie sur la science positive que pour

Page 1