Voyage en Italie, t. I. p
2. Comme aussi le litre général de Philosophie de l'art qui, en i>v2, dans l'édition définitive, ,i été transporté de la première partie du cours à l'ensemble des cinq parties.
lui emprunter la rigueur de sa méthode et l'objectivité de ses affirmations. Bien mieux, grâce à la théorie de la « bienfaisance du caractère » conçue comme étant l'un des principes essentiels « qui assignent à chaque œuvre son rang dans l'échelle », voilà toute la morale qui rentre dans l'esthétique. « Toutes choses égales d'ailleurs, l'œuvre qui exprime un caractère bienfaisant est supérieure à l'œuvre qui exprime un caractère malfaisant : » etdonc, Polyeucte est supérieur à Macbeth, et Andromaque à Phèdre. Et le principe est si contestable que des esprits, peu suspects cependant d'épicurisme esthétique et de dilettantisme moral, — on le leur a assez reproché, — en ont été comme scandalisés. Mais, en revanche, quel jour singulier cette conception, plus cligne assurément de la Critique de la raison pratique que de la Critique du jugement1, jette sur le fond de la pensée de Taine à cette date, sur la nature de ses dispositions intimes ! Et comme nous voilà loin, semble-t-il, du jour où il se disait « qu'un palais « est beau, même lorsqu'il brûle », et qui sait ? peut-être « surtout lorsqu'il brûle » !
Mais on ne se défait pas en un jour des idées ou des prédilections que, dans l'enthousiasme de la vingtième année, on s'imagine volontiers être le pur écho de la vérité pure. Assurément, on peut extraire des ouvrages exotériques de Taine, surtout du Voyage en Italie, certaines pages qu'il n'eût probablement pas écrites quelques années auparavant. Mais à côté de celles-là, combien d'autres qui font sans doute moins d'honneur à son intelligence pénétrante des besoins de la vie morale, qu'à ses dons mer-
1. On sait que, par une de ces ironies dont l'histoire des idées est coutumière, le philosophe qui, dans les temps modernes, a peut-être placé le plus haut, je veux dire sur les sommets les plus inaccessibles, l'idéal moral, est aussi celui dont l'esthétique est le plus capable de légitimer la doctrine, si justement suspecte aux moralistes, de « l'art pour l'art >>. Il est curieux de voir Taine plus soucieux que Kant de sauvegarder dans l'art les droits de la conscience morale.