‹ Essai sur Taine, son uvre et son influenceChapitre 52 sur 85 · I, INFLUENCE Ï · texte numérisé non relu

I, INFLUENCE Ï

renie! Au fond, les deux adversaires sont peut-être plus près de s'entendre qu'ils ne l'ont cru eux-mêmes. Et si, après avoir lu Garo sur Taine, on lit M. Lachelicr1 et M. Ravaisson2, on se rend compte (pie l'éclectisme adésormais fait son temps, et que, en partie grâce à Taine, le vrai spiritualisme ne pourra maintenant reconquérir l'opinion publique qu'en séparant nettement sa cause de celle de l'éclectisme.

Et comme la philosophie, la littérature se renouvelait de proche en proche. Tout isolé qu'il fût, là-bas, sur son rocher de Jersey, et dans sa fastueuse ignorance, Hugo lisait des journaux, les recueils de vers des jeunes, et, par cette voie, quelques bruits du dehors parvenaient jusqu'à lui. « Nous ne sommes plus au temps, écrivait Taine en 1863, où les poètes, maudissant la société et niant la science, appelaient de leurs déclamations et de leurs vœux le magnifique avenir qui devait réparer tout ce que le siècle avait détruit. Nous ne voulons plus pour héros des solitaires désespérés ou des jeunes gens enthousiastes. Nous demandons qu'on nous montre des personnages moins rêveurs, moins chimériques, exempts des imaginations humanitaires, moins occupés à lever de grands bras vers l'absolu, plus prompts à comprendre le monde et à se comprendre eux-mêmes, bref, plus positifs el plus- critiques '. » A ces besoins nouveaux, que Taine exprimait d'autant mieux qu'il n'avait pas peu contribué à les faire naître, il était impossible, pour qui voulait écrire et se faire lire, de ne pas donner quelque satisfaction. Les représentants les plus autorisés du romantisme en eurent euxmêmes si bien conscience cpie, peut-être sans bien connaître Taine, ils s'appliquent de leur mieux à réaliser le pro-

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