DILUVIUM ALPIN SANS FOSSILES. — ALLUVION ANCIENNE, DE NECKER
Si par une belle journée d'été on monte à Superga, et qu’on jette un coup d’œil sur la plaine, on est frappé de la régularité du plan incliné qui descend des Alpes vers la colline de Turin. Un examen plus attentif montre que ce plan inclinéest dû à la réunion des cônes de déjection qui sortent des vallées. L’œil les distingue au débouché de celles de la Stura, de l’Orco et de la Dora-Riparia. La disposition en
* Entre Moncalieri et Trofarello, à Notre-Dame jointement avec le calcaire des conglomérats, pour la del Pilone, à Sassi, le lehm est exploité sur une grande ville de Turin, le même rôle à peu près que le calcaire échelle pour la fabrication dec briques. Il a joué con- grossier et le plâtre, pour celle de Brie
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éventail des cours d’eau qui vont en divergeant du point où la Stura entre dans la plaine, si bien figurée sur la carte de l’état-major piémontais, confirme le témoignage des sens. En effet, comme c’est l’ordinaire, la Stura coule dans un lit profondément creusé sur l’arête même qui sépare en deux parties la surface conique du lit ‘de déjection. Les ruisseaux, rigoles, canaux d'écoulement naturels ou artificiels s’'échappent des deux côtés. Ce qui est vrai d’un seul lit de déjection l’est aussi de tous les autres ; leur réunion forme la grande plaine qui s'étend au pied du versant méridional des Alpes, et l’inclinaison du sol, Jointe à l’abondance des eaux, a permis de réaliser sur la rive gauche du Pô un vaste système d’irrigations, qui fait de ce pays le Jardin de l'Italie.
Ce vaste plan incliné se termine, près de la colline, par une berge peu élevée, qui borde la rive gauche du fleuve. Gette berge, élevée de 8 à 10 mètres en moyenne, à Ré une petite falaise, montre sur une grande longueur la coupe du terrain diluvien. Le plan incliné formé par ceterrain repousse, pour ainsi dire, le Pô du pied des Alpes, et l’accule à la colline de Turin. Le fleuve n’ayant pu, comme le Tanaro, se frayer un passage à travers les collines de l’Astesan, contourne la colline de Turin, et la lenteur de son cours contraste avec la rapidité des torrents, tels que les Doires, la Stura, l’Orco et le Tessin, qui se précipitant sur la pente du plan incliné diluvien, lui apportent le tribut de leurs eaux. Quoique forcé de raser le pied de la colline, le Pô n’en a pas moins laissé intacts sur sa rive droite quelques lambeaux de diluvium qui occupent les anses et les smus de la montagne. Dans ces anses on rencontre souvent confondus, quelquefois distincts, les matériaux du diluvium alpin, les alluvions modernes du fleuve, et les atterrissements des ruisseaux qui descendent de la colline.
Le diluvium alpin se compose de cailloux roulés, dont la grosseur diminue à mesure qu’on s'éloigne des Alpes. Au pied de ces montagnes on en trouve qui mesurent souvent 40 à 50 centimètres de diamètre ; près de Turin ils ont rarement la grosseur de la tête. Ces cailloux sont mêlés d’autres plus petits, et même de graviers et de sable. L'ensemble de ces matériaux présente une stratification peu régulière, semblable à celle des torrents actuels. Tout démontre que ces cailloux roulés par des eaux rapides ont été entraînés d’autant plus loin que leur volume était plus petit. Des diorites, des serpentines, des amphibolites, des euphotides, des schistes chloriteux, des micaschistes, des gneiss et des quartz compacts, telles sont les roches dont se composent ces cailloux. Toutes se retrouvent dans les Alpes situées en face de la colline. Ges cailloux sont lisses, arrondis, jamais rayés, ni entremêlés de fragments ou de blocs anguleux. On n’y a pas rencontré de fossiles. Vainement nous avons multiplié nos recherches, consulté les livres, interrogé les géologues de Turin, et visité les galeries paléontologiques de cette ville. Aucun
reste d’être organisé n’a été découvert dans le diluvium alpin de la vallée du P6
comprise entre les Alpes et la colline.
En Lombardie, la limite du diluvium alpin reste encore à déterminer, et lerdépôt doit s’amincir considérablement à mesure qu’on. s'éloigne des Alpes. Provisoirement on peut dire qu’en aval de Moncalieri, le Pô forme la limite du diluvium alpin; au-delà de Chivasso, le fleuve est maintenu au pied des collines par de plan incliné diluvien qui le repousse vers les Apennins. Plus loin on constate l’existence de ce terrain à la Cave, près de Pavie, jusqu’au point où la vallée, s’élaroissant de plus en plus, le fleuve entre dans la région alluviale moderne. En amont de Moncalieri, la vallée se rétrécissant beaucoup, et le Pô"recevant dans presque tout son pourtour des torrents qui descendent des Alpes occidentales et maritimes, la surface de la vallée est en grande partie formée par le diluvium alpin, recouvert de lehm.
La puissance de la nappe diluvienne est considérable au pied des Alpes comme à la base de la colline. Tous les torrents alpins se sont creusé un lit profond dans l'épaisseur de cette masse, et il est rare qu’ils atteignent les premières couches des sables pliocènes. Les différents niveaux des eaux sont quelquefois indiqués par ces terrasses ou banquettes dont la régularité a depuis longtemps frappé les géologues. Habituellement la plus élevée, qui se confond avec la surface de la plaine, est à 20 mètres au-dessus des eaux du torrent. Près de Borgo-Dalmazzo, nous avons mesuré barométriquement l’élévation exceptionnelle des terrasses de la Stura : la plus basse était à 6",4 au-dessus de la surface des eaux; c’est le niveau le plus élevé qu'elles atteignent actuellement. La seconde on moyenne était à 45 mètres ; la dernière enfin, à 63 mètres, se trouvait au niveau de la plaine.
Les formes géométriques de ces terrasses, leur horizontalité, leur hauteur, qui ne dépasse guère 60 mètres, ne permet pas de les confondre, même de loin, avec des moraines telles que la Serra et les collines de Rivoli, ou avec le diluvium recouvert de terrain glaciaire éparpillé, tel que la Bessa. Si l’on examine les deux formations de près, elles se distinguent alors par les nombreux caractères qui différencient les terrains créés par l’eau de ceux qui doivent leur origme à des glaciers.
La masse de diluvium n’est pas moins puissante sous la ville même de Turin : les fondations des plus grands édifices ne l’ont jamais traversée. L’épaisseur des lambeaux situés sur la rive droite du PÔô, au pied de la colline, est aussi trèsnotable : l’un de nous s’en est assuré en examinant les profondes excavations que nécessita la pose des fondations de l’hospice de la Mendicité, à moitié chemin entre le faubourg du Pô et Notre-Dame del Pilone; et en suivant les fouilles opérées dans le faubourg appelé le Rubatto. Tout fait ar que même les puits, dont la profondeur moyenne est, dans la ville, de 17 à 18 mètres, ne dépassent pas cette assise. En effet, au “où de la berge diluvienne qui forme la rive gauche du Pô, on voit, depuis ls Porte du Sangone Jusqu'à celle de la Riparia, un nombre considérable de sources qui s’échappent soit au niveau des eaux moyennes
du fleuve, soit au-dessous de ce niveau. La constance de leur débit, mème pendant les plus grandes sécheresses, celle de leur température, qui les fait paraître froides en été et chaudes en hiver, prouvent qu’elles viennent d’une assez grande profondeur. La source de Valentino est connue par la fraîcheur de ses eaux, et les nageurs qui se baignent dans le PG ne s’approchent pas de la rive gauche, sur certains points, de peur d’être saisis par la froideur glaciale des sources qui sourdent sur ces points dans le lit du fleuve. Il existe donc, à une certaine profondeur dans le diluvium, un intervalle où les eaux sont arrêtées par des bancs formés de cailloux qu'un suc calcaire a agglutinés en poudingue. À l’époque de l’étiage, on voit les têtes de ces bancs faire saillie dans le lit du Pô. Les puits de la ville aboutissent sans doute à cette nappe liquide.
Tous ces faits réunis nous permettent d’affimer que sous la ville de Turin l’épaisseur du diluvium alpin ne saurait être moindre que 20 mètres. La position de ce diluvium, relativement aux terrains glaciaires et aux couches pliocènes marines, ne peut faire l’objet d’un doute. Il est inférieur aux premiers, supérieur aux secondes. À Alpignano, à Pianezza près de la moraine de Rivoli, on reconnaît que les nombreux canaux d'irrigation qui partent de ces points sont creusés dans le diluvium alpin, surmonté de moraines ou de terrain glaciaire éparpillé, caractérisés tous deux par des blocs erratiques gigantesques.
La Chiusella. Tourbière de San-Giovanni. Tourbière.
3 Terrain morainique.
2 Diluvium alpin.
: 4 Sables pliocènes marins.
Coupe de la moraine frontale d’Ivrée passant par le lit de la Chiusella, la tourbière de San-Giovanni et la madonna d’Aglié.
Aux environs d’Ivrée le torrent de la Chiusella coupe la moraine latérale droite après la magnifique cascade de Strambinello. Entamé sur une hauteur de 50 à 60 mètres, le terrain de transport permet d’apercevoir, entre San-Giovanni et San-Martino, en procédant de bas en haut : 1° 10 à 12 mètres de sables pliocènes marins contenant les fossiles propres à ce terrain ; 2° une couche de diluvlium alpin d'épaisseur variable, savoir : 10 à 12 mètres au-dessous de San-Giovanni ; 20 à 30 mètres dans les ravins de la Boriana. Cette assise diluvienne est assez bién stratifiée. On y voit des couches de sable, de gravier et de cailloux Asses ne dépassant pas 40 à 50 centimètres de ant : ce sont, comme ceux de la Bessa, des micachistes, diorites et quartz compacts. À sa partie supérieure ce dilu-
(389 vium enveloppe de véritables blocs erratiques, et prend tous les caractères d’une moraine profonde ; 3° enfin le terrain morainique, composé de lehm, de sable, de cailloux rayés et de blocs anguleux énormes, occupe la partie supérieure de la coupe. |
La base de la Serra est formée de diluvium alpin, et le terrain glaciaire éparpillé de la Bessa repose sur une surface de diluvium qui doit être assez sensiblement horizontale; c’est dans ce diluvium que se faisaient des lavages d’or qui remontent à une très-haute antiquité, et sont totalement abandonnés aujourd’hui.
La Bessa est remarquable sous plusieurs rapports : elle se présente comme un champ immense de cailloux et de blocs qui s'étend de Mongrando aux environs de Saluzzola, entre la rive droite de l’Elvo et les premières collines de la Serra. Sa surfac est en grande partie couverte de monticules coniques, allongés, curvilignes, formes de cailloux arrondis, parmi lesquels on rencontre des blocs erratiques gigantesques. Vue d’une distance qui ne permette pas de distinguer la forme des matériauxqui la composent, la Bessa, et particulièrement la zône qui est au contact de la Serra, semble un chaos rocailleux dont l'aspect rappelle celui des grandes coulées de lave de l'Auvergne. Cependant on remarque de prime abord plusieurs monticules en forme de grands remblais allongés et dirigés perpendiculairement au cours de l’Elvo. |
Les cailloux qui forment la Bessa ont un volume qui varie entre la grosseur d’un œuf et celle d’un gros potiron; 1ls sont presque tous lisses et arrondis; rarement on y trouve des cailloux rayés, ou des blocs erratiques. Ces matériaux ne sont pas liés entre eux par du limon, du sable, du gravier, comme dans les atterrissements des torrents, mais ils sont amoncelés au hasard, et s’ébranlent ou s’écroulent sous les pieds du passant. ;
La tradition et l’histoire ont fait intervenir la main de l’homme dans la formation de ces monticules; une étude minutieuse des lieux confirme cette opinion. La route de Zubiena à Mongrando a mis à découvert plusieurs murs de pierres sèches alignés suivant des directions différentes, et qui paraissent bâtis pour soutenir les remblais de cailloux qu’ils supportent. En parcourant le dédale de ces monticules, on remarque de petites chaussées bordées de remblais très-élevés de cailloux, épaulés par des murs à sec, qui, après avoir marché quelque temps parallèlement entre eux, se réunissent à leur extrémité en formant une impasse au fond de laquelle sont des ouvertures de galeries flanquées elles-mêmes de murs à sec. Ces petites chaussées aboutissent d’un côté à ces ouvertures, et de l’autre à des accumulations de cailloux placés en face des galeries. On trouve des chaussées semblables sur les remblais qui sont perpendiculaires au cours de l’Elvo. 4 Guidé par M. Garisio de Netro, l’un de nous pénétra dans les galeries Souter-
raines : elles sont ouvertes dans un diluvium composé d’argile, de sable, de gravier
et de cailloux tellement identiques à ceux qui composent les monticules, qu’on ne saurait douter que ces derniers n'aient été extraits de ces galeries. Les alluvions de lV’Elvo, les berges qui lui servent de rivage sont aurifères ; la profession de laveur d’or est encore aujourd’hui exercée par quelques habitants des environs.
Tous ces faits, que nous nous proposons de détailler dans une note à part, confirment le témoignage des historiens qui placent dans la Bessa un ancien lavage d’or. Le sol de la Bessa est donc composé de diluvium, sur lequel vient se placer du terrain glaciaire éparpillé, aujourd’hui masqué en partie par les accumulations de cailloux dues aux travaux d’exploitation. Le fait seul que la Bessa a été un champ de lavages aurifères démontre qu’elle n’est pas partie constituante de la Serra. Tout le monde sait qu’un terrain n’est susceptible d’être lavé, dans le but d’en extraire un minéral quelconque, que dans le cas où ila été d’abord remanié par les eaux courantes, qui font un premier triage des matériaux. La Serra n’étant pas de formation aqueuse, ne saurait donner lieu à de semblables exploitations ; cependant elle se compose des mêmes roches alpines que la Bessa, mais elles ont été déposées confusément par l’ancien glacier de la vallée d'Aoste. Du reste, pour se faire une idée précise de la structure de la Bessa, telle qu’on la voit aujourd’hui, supposons un instant que le diluvium des environs de Pianezza, qui supporte le terrain glaclaire éparpillé, soit aurifère ; supposons, en outre, qu’on y ait ouvert des galeries pour l'extraction du sable: si par des causes locales on était obligé d’amonceler sur le sol les matériaux tirés des galeries creusées au-dessous de sa surface, on aurait aux environs de Pianezza une répétition exacte de la Bessa.
Nous avons cru devoir prolonger au-dessous de la Serra la couche diluvienne dans laquelle sont creusées les galeries de la Bessa ; on voit la tête de cette couche paraître au pied du versant opposé, aux environs de Viverone et de Bolengo. C’est ici la reproduction de ce qu’on remarque sur les bords de la Chiusella, audessous de San-Giovanni (voyez la coupe page 32), et à Pianezza, sur les bords de la Riparia, où le diluvium sert de base au terrain morainique.
Quelle est l’origine du diluvium alpin ? Formé par des eaux torrentielles qui ont coulé pendant une longue période de temps, rien n’empêche de lui assigner une origine purement aqueuse, semblable à celle des diluviums de la Seine et de la Loire, qui se sont déposés dans les vallées où jamais les glaciers ne sont parvenus, même à l’époque de leur plus grande extension. Le diluvium alpin, étant antérieur à la période glaciaire, n’a peut-être pas de rapport direct avec elle. On peut admettre sur ce sujet l'explication très-plausible de M. H. Lecoq ? : suivant ce géologue une longue époque de brouillards généraux et de pluies abondantes aurait précédé et préparé celle de l’extension des glaciers. Le diluvium alpin
1 Voyez l'/storia Vercellese de Jacopo Durando, déjà citée ci-dessus. 2 Des glaciers et des climats ou des causes atmosphériques en géologie. —1841.
appartiendrait alors à cette ère géologique. Cependant nous ne saurions le considérer comme synchronique de celui de la France occidentale, car il estsans fossiles, et celui de nos bassins en contient. Nous puisons un autre motif d’hésitation dans l'étude des phénomènes auxquels donne lieu la fusion des glaciers actuels, phénomènes qui nous fournissent une explication assez satisfaisante de ceux du diluvium alpin, mais ne sauraient s'appliquer à la France occidentale, qui n’a Jamais été couverte de glaciers. Ces phénomènes, les voici :
En été, quand un glacier fond, le torrent qui sort de son escarpement terminal entraîne avec lui des fragments empruntés aux moraines ; il les roule, les arrondit, et les dépose à une distance plus ou moins grande du glacier. Le torrent ne s’échappant pas chaque année du même point de l’escarpement terminal, la vallée se trouve parcourue successivement dans toute sa largeur par des torrents qui la couvrent de cailloux. Ces matériaux sont entraînés plus ou moins loin, suivant leur grosseur, et forment un amas de caïlloux et de sable accumulés par les eaux résultant de la fusion du glacier, et provenant des moraines qu’il a formées. On voit très-bien ce diluvium devant le glacier de l’Aar, jusqu’au point où des roches moutonnées rétrécissent la vallée. Devant ceux de Grindelwald, le diluvium glaciaire, transporté par la Lutschine, et Joint à celui du torrent de la vallée de Lauterbrunnen, a formé entre les deux lacs de Thun et de Brienz l’isthme sur lequel Interlachen est bâti. Nous pourrions multiplier ces exemples ; ils montreraiïent tous qu'un glacier est, pour ainsi dire, précédé d’un diluvium qui lui doit son origine. Quand le glacier est en voie de progression, quand il avance, c’est sur ce diluvium qu'il édifie ses nouvelles moraines. Tout le monde a pu le constater au glacier inférieur de Grindelwald et à celui de l’Aar, qui tous deux depuis ane années sont en voie de progrès. Ainsi donc, dans les glacier$ actuels comme dans les anciens glaciers, les moraines reposent sur un diluvium. Quand le glacier fond et se retire, c'est sur le diluvium qu’il laisse sa moraine profonde unie à la moraine supénféelles ce qui constitue le terrain erratique éparpillé.
Toutefois l’étude des anciennes moraines d’Ivrée et de Rivoli nous présente une difficulté que nous n’avons pas su résoudre, et que nous nous empressons de signaler à l'attention des géologues. La quantité de diluvium accumulée devant être évidemment proportionnelle à la fusion du glacier, c’est pendant sa période de fusion ou de retrait qu’il doit donner lieu à la plus grande masse de diluvium. Imaginons donc les glaciers des vallées de Suse ou d'Aoste en voie de retraite, ils devaient produire par leur fusion un diluvium énorme, qui se serait accumulé contre les moraines que le glacier a laissées devant lui, et les aurait enterrées en partie. Or.c’est ce qui n’a pas eu lieu, nulle part les moraines ne sont flanquées par des accumulations de diluvium. Partout le niveau du diluvium est inférieur à celui de la base du terrain glaciaire. Il semblerait donc que les glaciers ont donné lieu à une moindre masse de diluvium en se retirant qu’en avançant, ce qui est
contraire à l'expérience et au raisonnement. Le retrait lent des glaciers, démontré d’ailleurs par tant d’autres faits, peut sinon résoudre, du moins atténuer la difficulté. En effet, ce retrait s'étant opéré avec une grande lenteur, la fusion annuelle n’était pas considérable, le diluvium a pu être entrainé au-delà des moraines actuelles par des torrents dont ceux que nous voyons sont les faibles représentants. Malgré cette considération, la difficulté subsiste, et nous la signalons à ceux qui à étudieront après nous les anciennes moraines piémontaises. Quant à l’énorme puissance de diluvium alpin, elle ne saurait nous étonner, car elle est l’œuvre du temps. Les millions de blocs semés entre les Alpes et la colline de Turin, la hauteur des moraines d’Ivrée et de Rivoli, nous prouvent que les glaciers ont séjourné dans cette plaine pendant des milliers d’années.: ils ont donc, pendant cette longue période de temps, accumulé des masses énormes de diluvium alpin. Sous ce point de vue, il y a concordance parfaite ; la longue durée de l’un des phénomènes est liée à celle de l’autre. Ajoutons que ces glaciers ont dû, comme ceux d’auJourd’hui, osciller, c’est-à-dire, avancer et reculer par suite du manque d’uniformité de la température : de [à, pour ainsi dire, une série de petits déluges locaux qui ajoutaient chaque fois une nouvelle couche à la masse que nous avons décrite. En définitive, notre opinion sur l’origine de cette puissante formation se résume par un doute, et nous appelons sur ce point comme sur les autres l'attention et la critique des géologues voyageurs.