‹ Essai sur Théophile GautierChapitre 10 sur 10 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Tant de titres défendent assez la mémoire de Gautier contre l'oubli. Ceux qui, à travers les âges, chercherontsa pensée dans les feuillets jaunis du livre ou du journal se sentiront bien vite en sympathie avec cette noble nature. Il n'a jamais compris le mal, et pas une figure sinistre ne traverse son œuvre ; à la vérité, il ne faisait à la perversité ni au crime l'honneur de les envisager comme des éléments essentiels, des tares permanentes de l'humanité. Tout au plus y eût-il vu quelque souillure passagère, comme ces taches dues à certains agents chimiques, que la lumière fait disparaître.

La facilité un peu relâchée de ses mœurs a effarouché quelques personnes, et la boutade cruelle d'Edmond Schérer, si elle accuse surtout, entre ces deux hommes, d'irréductibles répulsions de génie, visait peut-être, sans qu'il en eût conscience, les incorrec-

ESSAI SLR TUEOPniLE GAUTIER

tions de tenue de Gautier, à travers rindéniable pénurie spéculative de ses ouvrages. La fréquentation exclusive des artistes, une communauté de haine pour les contraintes hypocrites et aussi, il faut le dire, pour les inévitables conventions sociales, le jetèrent dans un engrenage de situations irréguliéres. Il eut du moins le mérite de les accepter sans réserve, avecleurs charges qui ne laissaient pas d'être lourdes, et leurs conséquences où on doit ranger, sans doute, son exclusion de tous emplois officiels, quelques rares aptitudes qu'on lui reconnût à plusieurs d'entre eux.

Sa vie, au demeurant, fut une très belle vie, toute pleine d'aspirations élevées et de créations solides, qui honore presque autant l'Humanité que les lettres françaises. Pour ce qui est de son œuvre, il n'est pas à croire que la postérité réforme le jugement de ses contemporains; peut-être même s'y montrera-t-elle plus favorable encore. On appréciera mieux en eflét, à distance, l'unité de sa carrière et l'originalité de ses écrits; les parties caduques, par leur disparition, dégageront les parties durables, et rallégement de son bagage n'est pas pour le desservir auprès de lecteurs rebutés par l'encombrement des bibliothèques, anxieux de la brièveté des heures, et pour qui, de

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plus en plus, un sonnet sans défaut vaudra tout un poème.

Et si ceux-là qui;, en ce monde, ont gardé les yeux attachés sur un idéal de perfection, et réussi à en faire passer si peu que ce fût dans leurs œuvres, sont les véritables fils d'adoption du Temps, n'y a-t-il pas autant un pressentiment qu'un axiome dans ce quatrain di' Émaux et Camées :

Les dieux eux-mêmes meurent, Mais les vers souverains w Demeurent

Plus forts que les airains.

SAI.NT-DENIS. — iMP. H. BOUILLANT. 20, RUE DE PARIS. — 14619

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