‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 144 sur 446 · M. Reynolds, p · texte numérisé non relu

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IJ-vi LA NATURE 157

aimait simplement son jardinet de Richmond et y semait des fleurs exotiques #7.

Directement la littérature se ressentit peu de ces activités. Rien ne correspond, en Angleterre, à l’œuvre de Buffon. Si Goldsmith donna à sa Nature animée le ton léger d’un « conte persan », il y compilait pour gagner du pain 8. Des poètes tels que John Philips, Christopher Smart et James Grainger osèrent, médiocrement %. Ennemie de la faune et de la flore littéraires, la science noie dans ses nomenclatures les guirlandes de la tradition. Le Jardin anglais, de Mason, porte la poésie didactique au comble de la platitude; quant à la « muse botanique » d’Erasmus Darwin, elle n'était déjà plus bien sérieuse %. Dans la poésie moderne, les Géorgiques n'avaient plus de place.

L'hostilité de principe s’identifie toutefois avec des résistances significatives. C’est dans le camp de Johnson que l’on flétrit le poète qui « compte les raies de la tulipe » °! Et qui saisira l’impalpable envahissement? Qui dira les conséquences littéraires profondes de l’observation attentive de la nature organisée? L'œuvre de Thomson ne tient-elle pas, en un sens, du calendrier? Les fleurs du jardin de Hervey, les fleurs et les animaux de Cowper ne sont plus les fleurs de la tombe de Lycidas, ni les animaux du Paradis . Au moment même où ces auteurs perçoivent dans la nature une âme « qui est Dieu » *%, une ambiance chargée de noms nouveaux et d’impératifs de précision les oblige à mieux regarder et à mieux voir. Et si les chemins sont obscurs par lesquels se propagent les écrits éphémères et les mots d'ordre de la mode, il faut songer que les universités envoient par centaines dans le pays des médecins et des prêtres. Nombre de ceux-ci se rappelaient dans leur village les promenades d’herborisation avec John Martyn ou les leçons de Stephen Hales. À ces demi-oisifs cultivés, et volontiers contemplatifs, Hales demandait de tenir un journal des événements de leur jardin. C’est pour eux que Daïines Barrington prépara son Calendrier du Naturaliste, garni de colonnes pour leurs observations 4 Jeur héros est Gilbert White, en qui l'âme nationale se reconnaît. Ils aimaient la Création. Ils se plaisaient à distinguer l’alouette et le chant du coucou; à compter les pétales de la petite chélidoine. C’est eux qui comprenaient vraiment,

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