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16 LE SOLITAIRE DE PEMBROKE I-ii
fenêtre. La peur du feu l’emporta sur la peur du ridicule. Sa vie à Peterhouse, déjà contrariée par sa mésentente avec les membres du Collège, devint intolérable du jour où quelques étudiants eurent imaginé la plaisanterie du baquet d’eau”. Il se sentit traqué par ces vauriens: exaspéré, obsédé par d’imaginaires terreurs, il ne trouva de paix que lorsqu'il eut déménagé 71. PE
Le feu, du reste, comme pour apporter à ses craintes la justification inconsciemment recherchée, semble le poursuivre. La sécheresse de l'été de 1739 alluma de nombreux incendies à Londres : «Il est étrange que nous tous ici couchions tous les soirs sur notre bûcher tout préparé, et nous disposions au repos, tandis que chaque valet ivre, chaque vieille femme assoupie a une chandelle prête pour l’allumer avant le matin »’? En 1768, il raconte encore, avec une émotion qui veut s'achever en plaisanterie, un incendie à Pembroke : « Moi et mes biens sommes saufs; mais les appartements d'en face, qu'on préparait pour Mason, sont détruits. A l'exception de ces dégâts, nous en sommes quittes pour la peur. Je vous assure que ce n’est pas drôle d’être réveillé entre deux et trois heures du matin, et de s'entendre dire : «Ne craignez rien Monsieur, tout le Collège brûle! » 73
Devant la mort, spectacle « mélancolique, que l’homme moyen ne peut supporter de contempler »’4 ïl se sentait défaillir : «La vue d’une mort lente n’est faite pour stimuler le courage d’aucun spectateur » 5. En vain cherche-t-il quelque assurance en apprenant d’'EÉpictète que seule la souffrance « rend la mort terrible »6. La souffrance est le plus cruel objet de ses angoisses. A la veille de son opération de 1764, il se forge mille frayeurs; éprouve ensuite un soulagement mêlé de honte en présence de leur inanité, et, par réaction, se donne une illusion de stoïcisme : « Le tort fut de trop retarder les choses. J'ai supporté l'épreuve avec courage; en vérité la douleur est beaucoup plus grande en imagination qu'en réalité, et maintenant je suis heureux de le savoir »77
Si la médecine actuelle rejette l’ancienne conception de diathèse neuro-arthritique; si les relations entre le cerveau et les fonctions de nutrition, bien que certaines, sont inconstantes, il reste vrai que les troubles physiques aggravent à la fois l’obsession, et mettent en évidence son mécanisme”. La menace directe et doulou-