Ibid. 151-3 (cf. CH
IIl-ii LA RÉSURRECTION DU PASSÉ 219
tions, aux conflits religieux. I1 veut lire les annales de son pays comme celles de la Grèce ou des Etats italiens. Il veut comprendre l’administration primitive de l’heptarchie, le gouvernement des comtés, le rôle des aldermen et des sheriffs, l’organisation judiciaire 147, I] analyse patiemment la Grande Charte, fondement des libertés nationales 14, Curieuse entre toutes est son enquête sur le Iong Parlement. On le voit suivre les luttes entre les représentants, le roi et le dictateur; juxtaposer des fragments de Rapin- Thoiras et des extraits du Pouvoir législatif de Saint-Amand; dresser une liste des pairs sous Jacques Ier en compulsant Richard West, Lord Chancelier d'Irlande. Les Préliminaires de l’Oceana de Harrington viennent étayer son exposé de leur libéralisme et des idées républicaines que l'adversaire de Hobbes était allé cueillir à Venise même 14,
Aux yeux de qui veut les grouper, ces pièces composent une masse difficile à définir, tant elle est disparate et embryonnaire, mais dont le caractère général apparaît clairement. La vague qui entraînait Montesquieu vers l’histoire politique poussait Gray à suivre les conseils de Locke : « Un gentilhomme anglais devrait être versé dans l’histoire de l’Angleterre, en commençant aussi loin dans le passé qu’il existe des documents. Il y joindra, dans sa marche en avant, les lois faites aux différents âges, afin d’observer les changements d’état, et comment ils se sont produits» 150.
Ces études, que Gray mena sur un vaste champ, et qui contribuèrent à la cristallisation de ses idées maîtresses, n’en demeurent pas moins, quant aux résultats immédiats, à peine palpables. En 1751, cependant, la publication et l'immense succès de l’Elégie consacraient sa réputation de poète. Trois ans plus tard, il achevait sa première ode pindarique #51, I/œuvre enfermait à la fois un éloge de la poésie et, en raccourci, sur le plan de la légende, son histoire. Au même moment 152, il travaillait à une histoire de la poésie anglaise en prose, d’un tour scientifique et critique. Renonçant à ses préoccupations politiques, il abordait un épisode national de l’histoire de l'esprit humain. S’écartant de Montesquieu pour rejoindre Voltaire, il allait sculpter l’œil de Polyphème 155,
Les circonstances déterminantes d’une aussi précise résolution se devinent dans les paroles de Mason. Il faut se reporter aux années de contacts assidus entre les deux hommes 154, Un autre
147. CEEN TA. 148. Commonpl. BR. I, 154-5, 160 (cf. CH 139). 149. Ibid. 137, 148-9, 172-3 (CH 138).
150. O. c. sup. III i n.109, II, 500. 151. Cf. nf. IV ii, D. 331.
152. Voir CH 145 pour la place de ses travaux dans le Commonpl. Bk.
153. « [Literary history] being wanting, the history of the world appears like the statue of Polyphemus, without its eye. » Bacon, Advancement of Learning, XI, vi.