III-ii LA RÉSURRECTION DU PASSÉ
que Pope et Addison affirmaient leur intérêt pour les chefsd œuvre du passé national, mille autres indices marquaient l'intention d'inventorier ce patrimoine. La collaboration de William Oldys à la Biographma Britannica, le rôle des périodiques dans la réimpression et la diffusion de poèmes oubliés, certaines des collections de Dodsley et les anthologies de la Bibliothèque des Muses, préparaient les Vies de Johnson, formule classique, et l'Histoire de Thomas Warton, formule moderne 155,
C'est immédiatement avant ces deux derniers ouvrages que se place la tentative de Gray.
Nul n'était mieux placé pour trouver et sonder les documents. Son information européenne lui apportait des stimulants du dehors. Il avait acheté le Polystor de Morhoff et les Jugemens d'Adrien Baïllet : le professeur de Kiel lui confirmait l'utilité de l'histoire littéraire; le bibliothécaire de Lamoignon lui inculquait le zèle biographique. Il demande beaucoup à nos érudits de la Renaissance, aux études sur les troubadours de Jean de Nostredame, au Recueil de Claude Fauchet, aux Recherches de la France du grand patriote Etienne Pasquier. Duclos et Lebeuf lui soumettaient leurs articles, dans les Mémoires de l’Académie des Inscriptions. I1 empruntait à la science crédule et paradoxale, mais prodigieusement active, de Daniel Huet. L'Italie lui fournissait les récents travaux de l’Aycadie, et, en particulier, l'Histoire de la Poésie populaire et les Commentaires de Mario Crescimbeni, qu’il utilisa abondamment 164,
Comme tous les autres, ce grand projet avorta. Que nous en apprennent les débris?
De son architecture, on peut juger, par une note succincte, que Gray rédigea plus tard pour Warton. Au plan de Pope, il doit l’idée de division en « écoles » 155, D'abord celle de Chaucer, qui « introduit la manière des Provençaux perfectionnée par les Italiens ». Une seconde école italienne, des imitateurs de l’Arioste et du Tasse, ouvre une renaissance avec Wyatt et Surrey. Spenser y occupe une place éminente : par son imagination « allégorique et romantique », il dérive des troubadours; par son style, de la seconde école italienne. Sa descendance se prolonge jusqu'à Milton. Une troisième école italienne, « pleine de préciosité », commence avec Donne et s’épanouit avec Cowley. Enfin, l’école française inaugurée par Waller s’est, grâce à Dryden, Addison, Prior et Pope, « continuée jusqu'à notre époque » 156, La poésie dramatique est volontairement éliminée. à