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222 L'ACTIVITÉ INTELLECTUELLE III-ii
Si l’on accepte son principe, on reconnaîtra la remarquable
clairvoyance de la classification, et son grand progrès sur le grouement arbitraire et confus de Pope. Dans son genre, il serait
difficile d'en trouver une plus juste sous une forme aussi simple. C’est la première interprétation réfléchie de l’enchaînement des périodes. Supprime-t-elle toute originalité nationale? Seul le développement l’eût montré. Gray se trompe-t-il sur sa propre génération? Il ne pouvait pas savoir.
Une introduction, que le plan de Pope ne suggérait même pas, devait traiter « de la Poésie des nations Galliques ou Celtiques, aussi loin que l’on peut remonter dans le passé; de celle des Goths, de sa venue dans ces îles avec les Saxons et les Danois, et de sa durée ». Entre cette introduction et Chaucer, une première partie examinerait l’école de Provence, son évolution en France et en Italie, et «l’état de la poésie en Angleterre » pendant la période anglo-normande 167.
« Aussi loin que l’on peut remonter dans le passé » : voilà le conseil de Locke et le désir d’ultime investigation. Dès ce premier pas, l’histoire littéraire anglaise concevait-elle faussement ses origines? Non, puisque Chaucer marquait le départ. Mason précise d’ailleurs que Gray voulait réunir « des spécimens non seulement de la poésie provençale, mais de celles des Scaides, des Bretons et des Saxons. Car de ces différentes sources réunies, la poésie anglaise est née, bien qu’on ne puisse guère l’appeler de ce nom avant l’époque de Chaucer, par qui... l’histoire elle-même devait commencer » 168.
Il n’y a pas de poésie anglaise avant Chaucer. Maïs il y a l’Angleterre, ses habitants successifs, un entrecroisement de races et de langues auquel le sol prête une unité de fait. Gray ne cherche pas les origines dans l’anglo-saxon, puisqu'il englobe aussi les éléments celtiques et norrois. Annaliste zélé, éveillé par un esprit nouveau et un afflux de découvertes récentes au sentiment des phases historiques, il veut préciser la nature et la portée des contacts et des héritages établis par les événements.
Son premier soin fut de dresser un « Catalogue de tous les poètes anglais ayant écrit avant l’an 1600 de notre ère. » On y voit cent soixante-huit noms et une trentaine de pièces anonymes. Chaque nom s'accompagne d’une courte notice. De toute évidence, le guide utilisé au début est la Bibhotheca de Tanner. Les Vies de Winstanley et les biographies des poètes écossais par George Mackenzie grossirent l'information. Un « Catalogue » supplémen-
taire fut établi plus tard avec le Parnasse anglais de Robert ALOCE 104