III-ii LA RÉSURRECTION DU PASSÉ
ment. L'article Cambri semble terminé. L'article Saxones fut abandonné au bout de quelques lignes ?%°,
On remarquera le premier titre : Gothi, confirmé dès la première phrase : « ..… nos ancêtres les Goths » #1, C’est la concéption de Hickes. Ce savant distinguait bien les langues de la première mutation de celles de la seconde. Mais tandis qu’il appelait mésogothique le gothique proprement dit, il supposait un gothique primitif commun *#?. Dans l'esprit de Gray, comme dans l'esprit de Hickes, l'appellation de « gothique », si inconsidérément employée par le siècle, signifie exactement germanique.
Gray poursuivit son enquête, il faut le souligner, en historien et en philologue. D'où viennent ces « ancêtres »? Saxo et Grotius pensent que les Goths ont habité la Scandinavie depuis la plus haute antiquité, et se sont répandus ensuite vers le sud; Bayer les identifie avec les Gètes venus de Thrace; une troisième théorie voit en eux une colonie tartare établie sur la Baltique 23. Cette dernière explication (d’après laquelle les Germains seraient des jaunes!) séduit Gray par son air faussement scientifique, car il en croit pouvoir tirer la preuve de textes scandinaves soidisant en accord avec les historiens arabes : c’est le mythe des migrations d’'Odin ?34,
Le reste de l’article relève de la grammaire. Gray examine les runes, l'alphabet d'Ulphilas et l'alphabet anglo-saxon. Il compare des vocables, dresse un tableau des pronoms en gothique, en anglosaxon, en anglais moderne, en francique et en islandais 2%. Sa connaissance des littératures germaniques, qu’il eût sans doute abordées s'il avait continué son étude, n'apparaît que dans de rapides allusions. Il sait l’existence de l’Hervarar Saga et de l’'Ode de Lodbrog, et parle des Eddas. I1 adopte certaines notions empruntées à Wcrmius et à Verelius: il cite les noms de Resenius et de Peringskjold. Ses notions demeurent très imprécises et bien des
530 CE. CES Tr45; 231. WM II 104.
232. Qu'il faisait remonter, d’ailleurs, à la tour de Babel (cf. 0. c. sup. n. 209, dédicace; p. 2). Hickes distinguait d’une part l’anglo-saxon, le méso-gothique, l’islandais et le danois; d'autre part le francique-tudesque.