WM II
234. Voir sur ce point Farley, 0. c. sup. n. 192, pp. 190 éé sq. On sait qu'aujourd'hui c’est une théorie voisine de celle de Saxo qui est confirmée par les découvertes des savants. Cf.T. E. Karsten, Les Anciens Germaïins, trad. F. Mossé, Paris, 1931, pp. 26 et sq. Il est curieux de voir l’antiquaire Francis Wise résumer les trois mêmes théories dans ses Enquiries concerning the First Inhabitants… of Europe, 1758. L'essai de Gray est antérieur à cet ouvrage, mais — et cela démontre avec quel soin il se tenait au courant — il est probable qu’il a ajouté sa note (WM II 104, n. 1) après la lecture de Wise.
235. WM IL 106-10. Cf. CH 145 et n. 16. Ce travail utilise comme base le Thesaurus de Hickes, dont Gray possédait un exemplaire, ainsi qu’en témoigne le Commonpl. Bk. Comparer, par exemple, les runes des pp. 106-9 et le Thesaurus, partie IIT (Grammaire irlandaise de Runolf Jonsson), tableau I. De même les comparaisons de mots sont faites avec les lexiques contenus dans cet ouvrage.
232 L'ACTIVITÉ INTELLECTUELLE III-ii
noms ne lui sont peut-être connus que par l'intermédiaire de RCE
L'essai celtique #7 témoigne de recherches plus poussées. Après une entrée en matière où il interroge Camden, Carte, David Powell, Gérald et les Mémoires de l’Académie des Inscriptions, Gray examine les compositions « druidiques » en puisant à trois sources principales : la contribution de Lewis Morris au premier volume de Carte, la Descriphio Cambriæ de Gérald et, surtout, la Grammaire &e John David Rhys *.
Ces auteurs lui révèlent le « Secret des Poètes », l’art merveilleux et hermétique du lyrisme gallois. Rhys lui en expose méthodiquement les préceptes. Il note la variété des genres : prophétique, religieux, historique, généalogique, élégiaque, moral et scientifique **. Dans l’indéchiffrable suite des mots étranges, il veut saisir « l'harmonie cachée » que communique au vers le subtil entrelacement de la cynghanedd ?4. I1 copie lettre par lettre les exemples de Rhys, sans en discerner le sens ni l’âge, et en prenant pour l'excellence suprême de « maîtres consommés » le gorchest y beirdd, « tour de force métrique destiné à éblouir les naïfs » 241. I1 décompose à tâtons les formules techniques, cherche les équivalents de la cywydd llosgyrniog dans les strophes couées de Sir Thopas, chez Guillaume de Poitiers, ou dans les inscriptions tombales de l’abbaye de Waltham ?#.
Cependant d'importantes vérités se font jour. Artificiellement codifiée par les eisteddfodau à une époque relativement moderne, cette poésie représente une tradition très ancienne. Elle émane d'un peuple illettré. La complexité de son annomination répond à la nécessité d’un « engrenage » mnémotechnique 243 : « Si on se rappelle une ligne quelconque d’une strophe, tout le reste doit revenir à l'esprit » 2. Eminemment rythmique, elle adresse à la sensibilité un appel puissant. Par un « retour régulier de lettres ou syllabes semblables », elle charme « les oreilles habituées à sa cadence ». Elle « s’adapte à la musique. Tous les mots sont harmo-
236. 1/Ode de Lodbrog était bien connue depuis William Temple (Essays, Of Heroic Virtue); l’'Hervarar Saga se trouvait longuement citée dans Hickes, partie I, pp. 193-5, dialogue d’Hervor et d’Angantyr).