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WM II 31-2. 265. WM II

236 L'ACTIVITÉ INTELLECTUELLE III-ii

de rime avant Guillaume de Poitiers et Wace ?f6. Or, l'influence gallo-normande en Angleterre va bousculer l’allitération, et la rime triomphe avec Chaucer, disciple des Provençaux quant à «la manière, au style et à la versification » #7. Rangeons-nous à l'opinion de Crescimbeni. Responsables de la diffusion de la rime dans la poésie anglaise, les Provençaux ne doivent celle-ci ni aux Francs, ni, comme le soutient Huet, aux Arabes, mais aux compositions de l'Eglise romaine répandues par les chants liturgiques et les épitaphes. Des poèmes polyglottes tels que le descort de Raimbaut de Vaqueyras ne prouvent-ils pas cette filiation ? ?58

La découverte d'actes de donation en vers rimés de l’époque d'Edouard le Confesseur vient ébranler de telles preuves. Weever signale même des épitaphes rimées plus anciennes à Saint-Austin de Canterbury. Sans conviction, Gray répond provisoirement par un argument d'archéologie historique : Saint-Austin fut restauré après la Conquête, et les épitaphes datent de cette restauration 2. Bientôt, cependant, l'étude détaillée de la métrique galloise sépare Gray de Crescimbeni.

Avant Grégoire le Grand, la rime latine constitue une exception, tandis que l’enseignement oral des Druides l'utilise toujours. La rime n’est pas naturelle aux Germains. Ces derniers l’ont empruntée aux Celtes : sur le Continent, les Francs la doivent aux Gaulois; en Grande-Bretagne, les Anglo-Saxons la doivent aux Bretons. Bien plus, la cynghanedd, postérieure au sixième siècle, résulte d’un échange entre la rime celtique et l’allitération germanique 2”.

Pourquoi la rime anglaise n’existe-t-elle pas avant la Conquête? Non seulement le fait n’est pas certain, mais il faudrait expliquer aussi pourquoi il n’y a pas de rime sur le Continent entre Otfrid et les textes romans; pourquoi il n’y a de rime ni en gothique, ni chez les Normands. Accusons le caprice des siècles qui a conservé ici certaines œuvres pour en détruire d’autres ailleurs. En dernière analyse, Gray propose cette remarquable hypothèse : la poésie rimée, distincte de la poésie savente, est peut-être née parmi le peuple. Elle a transmis oralement les adages, les chansons et les contes, tandis que dans la littérature écrite, la rime n’est devenue courante, en Angleterre, qu'au moment où l’école provençale, à l'apogée de sa réputation et à la faveur du mariage d'Henri II et d’Hléonore d’Aquiteine, lui imposa ses formes ?71.

Gray n’a pas osé affirmer que la rime ait pu naître indépendamment chez différents peuples. Il ignore le problème roman des per-

266. Gray se repose sur Fauchet et Crescimbeni, qui ignoraient les textes romans antérieurs.

267. WM II 36-8. 268.. WM II 40-3. 269. WM II 44-0. 270. CH 172-4, 170. Gray reviendra sur l'opinion que les Germains ignoraient la rime à la lecture de Mallet (CH 179, 181). Sur l'erreur de son hypothèse au sujet de la cynghanedd, cf. Loth, 0. c. sup. n. 213, XI, 264 et sq.

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