III-ii LA RÉSURRECTION DU PASSÉ
Dissertatio de Bardis, qu'Evans avait rédigée pour servir d’introduction à son livre. Disposé à patronner Evans, Barrington montra à Gray le travail, en même temps que des spécimens de poésie celtique traduite en latin ?%. Gray parut satisfait et ajouta au programme de ses propres traductions cinq pièces galloises 2%. Des Vieux Livres, il tirait quelques strophes attribuées à Taliessin et un morceau final du Gododin. Deux passages de Gwalchmai ab Meilir — dont un extrait du fameux Triomphe d'Owen Guwynedd — et l’ode de Gruffudd ab Vnad Coch sur la mort du roi Iiywelyn ïillustraient la poésie des douzième et treizième siècles 221,
Mais voici que d’Ecosse arrivent des documents plus sensationnels. Les cercles littéraires d’Edimbourg ont été mis en émoi par les prétendues découvertes de vieux poèmes erses par Macpherson. Un juge influent, Sir David Dalrymple, en envoie deux spécimens traduits à Horace Walpole, au mois de janvier 1760. Walpole s'empressa de les communiquer à Gray, qui s’enthousiasma ??. Si l’on considère ce qu’Ossian pouvait devoir au Barde, si l’on remarque les singulières ressemblances entre l’Elégie et la Mort de Morar, on conçoit que dans sa téméraire entreprise, et grâce à l'influence de Dalrymple, Macpherson ait voulu s'assurer l’approbation de Gray *%. En même temps s'explique l'admiration de Gray lui-même. Cette admiration acquise, il ressort d’un « Fragment », imprimé bientôt avec le sous-titre : « Dans le goût du célèbre Mr. Gray », que Macpherson voulut l’exploiter 24.
Gray ne tarda pas à se montrer critique dangereux plutôt qu’'allié: Devant des poèmes d’une « pareille beauté », il demanda les originaux « pour se faire quelque idée de la langue, des mètres et du rythme » #5. Sans plus de façons, il posa l’importune question : le précédent du poème d’Hardicanut « l'autorisait à demander si les pièces étaient certainement anciennes et authentiques. Je demande cela en ma qualité d’antiquaire, car je ne m’y intéresse
289. Voir sur ces faits Snyder, o. c. sup. I i n. 36, pp. 26-7. 290. CH 168. Ces pièces étaient traduites en prose latine dans le travail d’'Evans.
291. Jes morceaux que Gray traduisit effectivement ne correspondent pas tout à fait à ce programme. Ses Triomphes d'Owen, seule pièce qui fut publiée de son vivant (éd. de 1768, BN 52), est bien le poème de Gwalchmai ab Meilir, barde du XIIe Ss. (cf. Dottin, Laittérature celtique, o. c. sup. n. 216, p. 32). Les trois autres fragments, Mort de Hoel, Caradoc et Conan, proviennent du Gododin, poème relatant la bataïlle de Cattraeth, et quela tradition attribue à Aneurin, barde du VII s. (cf. DNB i, 411; Dottin, #bid. pp. 31-2).
292. Cf. TL, II 127-8; CT II 182-4; Snyder, o. c. sup. I i n. 36, pp. 60-3. Les circonstances de la publication des poèmes ossianiques ont fait l’objet d'innombrables études. Le lecteur français en trouvera un remarquable résumé dans P. Van Tieghem, Ossian en France, Paris, 1917, PP. 7-99. La biographie de Macpherson qui fait autorité est celle de J. S. Smart, Londres, 1905.
293. Cf. Snyder, p. 61. La Mort de Morar se trouve dans les Songs of Selma (Alpin). On remarquera que Gray l’avait adoptée pour son programme de traductions, en l’intitulant « KÉlégie » (cf. CH 168).