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CT II

268 L'ACTIVITÉ INTELLECTUELLE JII-iii

Dieu : pardonnons, pour que nos offenses nous soient pardonnées. Ainsi, Pope redevenait chrétien en écrivant sa Prière umiverselle. Dans toute cette casuistique, que reste-t-il de l’ami? Sans doute «un humble compagnon de la meilleure sorte », comme Gray le pensait en lisant Ennius 7. L'amitié, c’est « la bande de pourpre dans la tunique de laine »®#; c’est l’amour de sa personne en ce qu’elle a de meilleur, projetée sur autrui pour qu’on la contemple. On choisit un homme digne de soi et qui vous ménage. Cette double précaution prise, on vérifie en commun son éloignement du vulgaire.

Car si ce n’est là, à vrai dire, qu'un reflet de la sagesse, la sagesse elle-même consiste à renoncer au monde. Ardemment, Gray s’est appliqué à doubler sa fragile protection de cette cuirasse d’emprunt. Sénèque appuyait ici Platon, et sur aucun point les Lettres à Lucilius n’ont eu plus d'autorité à ses yeux. Il y a cherché tout ce qui peut donner le calme; cette « grande chose, le mépris de la vie »; cet art de « rassembler chaque jour de nouvelles ressources contre la pauvreté, la mort et les autres fléaux »; le dédain des biens matériels 5. Fuyons la foule et abjurons la gloire : ce parti comporte des regrets; des inconvénients même, dit Quintilien °°. Mais la retraite du sage est inexpugnable, et ses maximes sont souveraines. Méprisons les richesses, constant symbole des vaines grandeurs. « La pauvreté contente est une chose honorable »°1. Comme il la répétait, cette formule ! Il en variait les termes : « Personne n’a de motif d’être orgueilleux que le pauvre; partout ailleurs, c’est un signe de folie » *?. Il la développait : « C’est pour le superflu que l’homme s’épuise. Le nécessaire est à notre portée. » I1 la renversait, au point de la rendre équivoque : « Res est sacra miser; mais je dis que c’est l’homme heureux qui est la chose sacrée » 95.

Ses classiques renforçaient son courage par un vaste commentaire de la parole de l’Ecclésiaste. Ils l’exhortaient à « se satisfaire de son sort ». Des Erinyes harcèlent notre existence, jalouses des droits de la nature. Mais personne, s’il connaissait les maux d’autrui, ne les voudrait échanger contre les siens : lisez-le dans Hérodote et dans Horace, et voyez comme Addison « illustre bien cette vérité »%, Ecoutez Socrate : « Il vaut mieux recevoir que faire une offense »; Epictète : « Supporte, et abstiens-toi » *5. Les rémi-

87. Commonpl. Bk. I, 113 (Ennius, Annales, vii). 88. Dugas, o. c. sup. n. 83, p. 138. 89. À Luc. II.

à sn 149-50; Commonpl. Bk. I, 264. Cf. Sénèque, À Luc., VII; Quintilien, Inst. rat. I, ii.

91. Commonpl. Bk. I, 260; TL, III 124, 251. Cf. Sénèque, À Luc., II. 92.. TI, I 242.

93. Commonpl. BR. I, 260 (cf. Sénèque, À Luc., IV); TL III 95 (cf. Sénèque, À Luc., XI):

94. Commonpl. Bk. I, 80 (cf. Hérodote, VII, clii; Horace, Satires, I, i; Addison, Spectator, n% 558, 559).

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