République, VI, p. 844 (éd. de
188. TP 28. Cf. R. Chauviré, Jean Bodin, Paris, 1914, p. 348. 189. TP 28, 29. Cf. Chauviré, pp. 348-509.
280 L'ACTIVITÉ INTELLECTUELLE III-iii
extérieures de la formation du génie artistique; chez Baudelot, qui tirait des récits de voyages la preuve de l'influence du climat sur la diversité des peuples 1%, De sorte qu’il pouvait paraître devancer, sur ce point, Montesquieu en traçant, dès 1748, le plan de son Alliance de l'Education et du Gouvernement.
Sollicité à la fois par le système platonicien qui, s'appliquant à la cité antique, ne visait qu’une oligarchie de sages, et dont il dénature, en outre, le fondement; par Locke qui lui proposait, d’une part, la formation pratique d’une élite, de l’autre, une explication d'ensemble de l'esprit; par un vaste mouvement d'idées qui tendait à l'application générale des doctrines, Gray se trouve dans une position fausse et quelque peu ambiguë. Il est net que la vertu se « construit sur le savoir »; que « l’homme est une créature incapable de cultiver son esprit en dehors de la société » 191. Si la vertu est le seul bien estimable, et si elle ne dépend que de l'éducation, la valeur ne saurait être un privilège de naissance. Est-elle pour cela à la portée de tous? Sans doute, Protagoras disait : « Le membre le plus médiocre d’une société, civilisé par quelque manière d'éducation, deviendra aimable en comparaison d’un sauvage sans culture »192, Mais Gray croit, comme Locke, aux dispositions naturelles. Il ne naît pas des hommes tous semblables, dont l'éducation peut faire de grands hommes. I1 naît, dans toutes les classes sociales, des esprits forts et des esprits faibles. Les esprits faibles resteront amorphes. Les esprits forts sans éducation ignoreront leur force; bien éduqués, ils feront des sages; mal éduqués, des méchants : « Les vertus extraordinaires et les vices extraordinaires sont également les produits des esprits vigoureux. Les petites âmes sont également incapables de l'un et /delautren 2:
Gray rêve, en somme, d’une aristocratie intellectuelle et vertueuse; celle dont la moindre « partie de palets avec Stace », au «fond de sa cellule », lui livrerait peut-être l’accès. Il n’a pas que le mépris des « ânes ». Pope ne regardait que vers le bas; lui regarde aussi vers le haut. Là s'ouvre le chemin pour fuir les calamités qui sont la vie méchante, et atteindre la vraie grandeur. Ce chemin est réservé aux forts.
Mais, quand on sait cela; quand on veut s'élever; que, de tout son orgueil d’universitaire pauvre et érudit, on a dédaigné l’ignorance et la foule vulgaire; qu’on a « regardé les riches et les tyrans
190. Du Bos, Réflexions critiques sur la peinture et la poésie, II, xiv. On a vu que Gray connaissait bien cet ouvrage (sup II v, pp. 126, 132). Sur Baudelot et son livre, De l’utiee des cu (1686), cf. G. Atkinson, Les relations de voyages du XVII® siècle, Paris, S. d., pp. 169-71.