‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 281 sur 446 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Gradus ad Parnassum

Quand Nicholls demanda à Gray à quelle époque il avait senti naître en lui la poésie, Gray répondit « que c'était à Eton, en lisant Virgile pour son plaisir, en dehors des heures de classe »1, Il devinait un frère en celui chez qui « des chagrins de famille, le goût des champs, un amour-propre en souffrance et des passions non satisfaites s’unirent pour lui donner cette rêverie qui nous charme dans ses écrits » ?. Ses premiers essais se formèrent au sein de la « Quadruple Alliance ». Son inspiration s’épanouit dans la même atmosphère que ses sentiments.

La poésie unissait vraiment les quatre écoliers. Ashton lui-même s’efforçait de racheter le silence relatif de sa lyre en jouant au grand théoricien %. Peu inspiré, mais habitué à la « délicate nourriture du Parnasse », Walpole voulait affiner l’ Alma Mater rustique sous la domination romaine 4 De West vient l'affirmation péremptoire du splendide privilège; et le souvenir, toujours tendrement caressé, des allures bucoliques d’Eton mettait des vers au bout de sa plume, « Qui peut oublier la poésie? On la dit oisiveté, mais c’est sûrement la chose la plus enchanteresse du monde »5. Il suppliait Gray de ne pas la jeter «ainsi qu’une ivraie écœurante » 5, Gray faisait alors sien le grand vœu de Virgile :

Me vero primum dulces ante omnia Musae.….

Accipiant ! 7

Ce fut un échange de citations, de traductions, de pastiches, de centons qu'ils se dédiaient #. Ils se saluent d’un vers d'Horace, s’abordent avec des reproches comiquement rimés, se remercient d’un fragment alcaïque par une élégie pastorale, et répondent à une traduction de Tibulle par une traduction de Stace?. Gray craint d’avoir « brisé la tête » du poète 1, Certes, répond West; mais « ainsi qu'Apollon brisa celle d'Hyacinthe ». Il le félicite,

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