‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 282 sur 446 · Chateaubriand, Le Génie du Christianisme, II, ii · texte numérisé non relu

Chateaubriand, Le Génie du Christianisme, II, ii

3. CUT 328-352. 4 CT 1/98, 116. SACTÉTIST, 075, TOE-2. (RCE MA és & LR 7. CTUII ro (Cf. Virgile, Géo., II, 475-7).

SIC ACL T 49:50. 9. CT I 15, 20, 184-7, 198-200, 115.

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286 LE POÈTE IV-i

admire le trait final, et va comparer l’imitation avec le modèle, aussi grave qu'un « digne fils d’Aristarque » . C'est à qui trouvera le souvenir le plus frappant, le passage le plus rare, la plus ingénieuse adaptation. West excellait à ce jeu. Imitera-t-il le Spectator? Claudien? Pope? Non, il se décide pour « un petit échantillon » de son cru 2, Certaines de ses lettres ne sont qu’un jaillissement de boutades cadencées, de rogatons, de lambeaux lyriques. « Tenez, voilà une autre bouchée de ma poésie ! » 1% Sa souplesse déconcerte : « Je viens d’écrire une lettre sérieuse à Ashton; je veux donc être très spirituel dans la vôtre. » Il jette aussitôt quelques vers légers, humoristiques, très « à la française. Me direz-vous pourquoi? Maintenant, je vais vous en offrir à la mode anglaise. » Suivent douze distiques pompeux. Que n’a-t-il le temps ! Il pillerait encore Pétrarque, et « les œuvres des poètes castillans.… A propos; j'ai devant moi une ode d'Horace que j'ai traduite il y a trois mois. La voici,. » 14 Gray n’approuvait pas toutes ces exubérances. Mais, sachant West « amateur de curiosités » 15, il polissait pour lui ses pièces les plus fines, échafaudait ses plus ambitieuses entreprises, et lui cueillait partout des fleurs; « l’expression inimitable » d’'Anacréon décrivant une chevelure, où « ce passage sur une fossette :

Sigilla in mento impressa Amoris digitulo Vestigio demonstrant mollitudinem » 16.

Il y avait aussi les vers latins officiels, les morceaux de concours qui lui valaient de flatteuses désignations et une place en vue parmi les poètes naïissants 17.

Qu'était donc la poésie? Les anciens d’abord, sans aucun doute; car un long passé, des pléiades de traducteurs, leur rendent cet hommage, et deux siècles de critique, dût-on n’y pas entièrement souscrire, les proclament détenteurs éternels du secret. Le Gradus enseignait la même leçon, pliant de force les moins destinés, en plaçant de rares sur le chemin glorieux. Peu à peu les mètres latins et grecs devinrent pour Gray une harmonie vivante, s’insérèrent dans la fresque des temps que ses autres lectures coloraient. Il se. persuadait pour toujours que des lettres anciennes dérivaient tous les arts 18; et les textes, soigneusement retenus, lui devenaient un monde d'exemples et une façon de dire les choses.

Le style les préoccupe. Ils cultivent la prouesse verbale avec un raffinement d’Alexandrins. Ils envient l’inimitable Horace de la

TL NCTEE 74. 12. CTI TrO-2. 13. CTr1#240, 14. CT I 146-0. LS .NCTN EEE TOR CTI AT T7ACLNTE}S TT, 133-1.

18. Il voulait encore dire aux étudiants, dans son projet de leçon inaugurale (Cf. CH 119): « ..nisi € Græcarum Romanarumque literarum fontibus tot artium elementa. hauseritis. » (Mss. Mitford, o. c. sup. III ïi n. 427, fol. 171)

curiosa felicitas que prônait Dryden 1; Ovide qui, de tous les poêtes, avait le mieux rempli sa tâche « d’imiter la nature » *; Martial, habile à tourner en épigramme le sourire adulateur ou le plus prosaïque objet de la vie; Claudien, modèle des faiseurs d’éloges ?1, Ils se pliaient d'enthousiasme à la discipline de la ligne nette et ferme, à l’expression achevée, au juste équilibre du mètre. Et, avec l’artifice de vouloir rivaliser d'adresse, se gravait en eux le privilège de façonner dignement tout sujet.

Quant au fond, deux attraits bien différents. La dimension épique, l’héroïsme, la patrie; les dissensions olympiennes, le choc des armes, l’académique volubilité des soldats valeureux et des larmoyantes captives : une sorte d'histoire pompeuse, auréolée. D'autre part, la chanson morale du souverain bien. Dans l’abstrait, l’éloge de la raison, de la soumission à son humble sort. Dans le concret, l’arbre au bord du ruisseau, loin de la ville: le Mincius et Tibur, les brebis et les ombres qui s’allongent au déclin du soleil. On se peut faire une médiocrité dorée à force de rhétorique. Mais on est encore avec les anciens si on recherche simplement la paix. Une sincérité résolue conduit la raison vers le renoncement au pied de l’arbre ?. West ne partageait pas l'intégrale admiration des théoriciens pour Ovide, et lui préférait Tibulle, «plus naturel » #. Lorsque Gray s’en allait dans la forêt de Burnham seul avec son Virgile et sa langueur, il retrouvait la réalité des arbres et la réalité de Virgile 24 Quant à Horace, il apparaissait aux jeunes gens, dans le séjour des bois où dansent les nymphes légères, comme le « poète lyrique divin » #5. Horace leur proposait l’ode, réalisation facile, combien galvaudée, mais combien accueillante et prometteuse! Horace voulait élever l’orgueilleux jusqu'aux étoiles.

Ils n’ignorent pas les étrangers. La France, théoricienne de la raison et du goût, sans régner absolument, avait imposé des lois. Ils ne lisent que le Grand Siècle : théorie, satire et théâtre. Ils en parlent peu. West invoque le dogmatisme de d’Aubignac et de Le Bossu ?f. Ils savent assez leur Boileau pour citer le Luirin de

Fr CR IE70. Ci Drydens-v 10 sup. LEvnr, Ip. 267; Il=D: 151.

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